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Ces touristes qui privent les populations locales d'eau potable

Dans certaines zones d’Afrique, la guerre de l’eau est attisée par le tourisme.

Les vacanciers prenant leur quartier dans les îles Zanzibar (Tanzanie) et en Gambie peuvent consommer jusqu’à 16 fois plus d’eau que la population locale. L’étude, menée par l’œuvre de bienfaisance Tourism Concern a été reprise par le Guardian de Londres.

«Alors que les hôtels ont les moyens de s’assurer que leurs hôtes profitent de plusieurs douches par jour, de piscines et de luxueux  jardins; les ménages, petites entreprises et agriculteurs du coin subissent de sévères sécheresses», dénonce le rapport.

La situation prend des proportions préoccupantes, parfois dramatiques.

En 2010, une éruption de choléra, dans la station balnéaire de Jambiani, en Tanzanie, avait tué trois habitants du village.

En cause, la contamination des sols par les eaux usées des complexes hôteliers, en grande majorité.

Les inégalités, criantes, favorisent des épisodes de violence. Alors que les habitants utilisent 93,2 litres d’eau par jour, les clients des hôtels cinq étoiles en gaspillent 3.195 litres. Ce décalage suscite la colère des populations.

Les luxueux complexes hôteliers de Zanzibar ont dû recruter des gardiens pour assurer la sécurité de l’hôtel. Les canalisations d’eau font l’objet d’attaques récurrentes. 

«Les hôteliers pompent beaucoup d’eau et la population a décidé de manifester et de détruire le système d’eau des hôtels», explique un habitant de Nungwi, station balnéaire de l’archipel à Tourism Concern.

L’association lance un appel d’urgence à l’industrie du tourisme.

«Les gouvernements doivent établir une régulation de l’eau qui mettent d’abord en avant le droit à l’eau des populations locales», explique au Guardian Rachel Noble, chargée de recherche pour Tourism Concern.

Et d'ajouter:

«si les pays veulent vraiment réduire la pauvreté en s’appuyant sur le tourisme, les personnes qui supportent le fardeau de la sécheresse doivent participer aux décisions. Il est temps que le secteur du tourisme prenne ses responsabilités.»

L’étude concerne d’autres pays, dont l’Inde et l’Indonésie. Et rappelle que dans le monde, 2,5 milliards de personnes n’ont pas accès à une installation sanitaire. Pire, 2.000 enfants meurent chaque jour d’avoir consommé une eau non potable.

Lu sur The Guardian

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