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Une vue de la forêt ougandaise de Bundibugyo, août 2006 © REUTERS/James Akena
Une vue de la forêt ougandaise de Bundibugyo, août 2006 © REUTERS/James Akena

La forêt est l'avenir de l'Afrique

Dans les pays en développement, la forêt doit être gérée de façon durable, pour continuer à être une source de revenus et un acteur écologique essentiel. Une forte implication du secteur privé peut favoriser sa préservation.

Recouvrant le tiers des terres émergées du globe, avec près de la moitié de sa surface sous les tropiques, la forêt représente des enjeux importants pour les pays en développement.

Elle est en effet la principale source de revenus pour 80% des personnes les plus pauvres et près de 60 millions de personnes en dépendent exclusivement, principalement en Afrique.

L’Amérique du Sud et l’Afrique sont les deux régions du monde où la contribution de la filière forestière au PIB est la plus importante, et ce malgré un potentiel très largement inexploité (seulement 10% du bois exploité est valorisé commercialement en Afrique).

Par ailleurs, les enjeux environnementaux sont cruciaux. La forêt est à la fois le principal refuge de la biodiversité terrestre et un régulateur clé des cycles du carbone et de l’eau.

Vulnérables aux chocs climatiques et fortement dépendants des ressources agricoles, les pays en développement sont très exposés aux modifications des équilibres écologiques.

Or, c’est précisément dans ces régions, en particulier dans les bassins forestiers du Congo, de l’Amazonie et d’Asie du Sud-est, que la déforestation est la plus importante.

Vers une gestion durable des ressources

Conserver la forêt, tout en valorisant les ressources forestières, est cependant une tâche difficile, tant celle-ci est à la confluence de nombreux intérêts —Etats, communautés locales, exploitants, bailleurs de fonds, société civile, chercheurs—, parfois antagonistes.

C’est pour répondre à ce défi que les plans d’aménagement forestiers se sont progressivement imposés à partir des années 1990 suivis, dix ans après, des processus de certification.

Alors que les premiers répondaient surtout au besoin de pérennisation de ressources, les seconds visaient à mieux prendre en compte les aspects sociaux et environnementaux dans l’exploitation forestière.

Parallèlement, de nombreux projets de gestion communautaire se sont développés pour permettre aux communautés locales de participer à la valorisation des ressources de la forêt.

Les retours d’expérience dans le bassin du Congo montrent que cette évolution des pratiques a globalement permis une exploitation plus saine, plus durable, plus transparente, mieux planifiée et plus lucrative (au moins pour les Etats et les communautés locales), tout en améliorant les perspectives de conservation.

Si les exploitants n’en ont pas tiré de bénéfices financiers directs, ces pratiques leur ont permis de pérenniser leurs ressources, d’améliorer leur image auprès de la société civile et des communautés locales, et par là-même, de sécuriser des marchés.

Cependant, si les plans d’aménagement —souvent imposés par la réglementation— sont aujourd’hui la norme et concernent la majorité des exploitations légales, les exploitants qui s’engagent dans des processus de certification —toujours volontaires— restent l’exception.

Seulement 7% des surfaces forestières en milieu tropical sont certifiés gestion durable. Le coût et la complexité des processus de certification les restreignent, de fait, aux opérateurs ayant une taille critique.

Un actif attractif pour le secteur privé

La mise en œuvre de ces programmes, et de manière générale la filière forestière, restent confrontées à des difficultés de financement.

Si le secteur a jusqu’ici été largement soutenu par l’investissement public et les bailleurs de fonds, l’investissement privé dans les pays en développement s’est montré relativement limité.

Outre les risques, non spécifiques au secteur forestier, que représentent ces pays pour le secteur privé, la forte exposition de la filière aux problématiques environnementales et sociales, sa grande dépendance aux environnements institutionnels locaux, ainsi que les longs délais de retour sur investissement constituent autant d’obstacles à l’investissement.

Pourtant, les actifs forestiers sont plus rentables que n’importe quelle autre classe d’actifs, et leurs cours offrent l’avantage d’être assez stables, prévisibles et peu corrélés aux marchés.

De plus, les coûts d’exploitation sont relativement faibles dans les pays en développement, les taux de croissance des arbres y sont excellents, la disponibilité foncière est importante (notamment en Afrique) et la biomasse peut aisément être valorisée localement.

Avec une demande mondiale tirée par les pays émergents et des ressources qui se tarissent dans les pays développés, les cours du bois devraient continuer de croître et le secteur pourrait offrir un débouché intéressant pour les investisseurs et une source de revenus supplémentaires pour les pays en développement.

Julien Lefilleur est rédacteur en chef de la revue Secteur Privé & Développement de Proparco.

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