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Un partisan de Laurent Gbagbo durant la campagne électorale, Abidjan,  26 novembre 2010, REUTERS/Luc Gnago
Un partisan de Laurent Gbagbo durant la campagne électorale, Abidjan, 26 novembre 2010, REUTERS/Luc Gnago

Côte d'Ivoire: comment les pro-Gbagbo peuvent reconquérir le pouvoir

La famille politique de l’ancien président ivoirien s’est discréditée durant sa décennie de règne, provoquant sa propre chute. Il lui est possible de se reconstruire.

Cette question, ainsi posée, peut paraître provocatrice, impertinente, voire même cynique. Et pourtant, elle demeure fondamentale dans un Etat qui se veut démocratique, où l’alternance politique, le suffrage universel et le débat constructif sur les intérêts de la nation doivent être le socle de notre jeune démocratie en devenir.

Après d’âpres luttes pour l’indépendance de la Côte d’Ivoire, le PDCI-RDA (parti du premier président Félix Houphouët-Boigny, longtemps unique), a régné pendant trente ans de manière absolue sur toutes les instances du pouvoir du pays, et cela, sans aucune possibilité d’opposition, ni d’alternance.

Des décennies d’opposition

Cette pratique, aujourd’hui inimaginable, n’était pas propre à ce parti. Elle était le produit d’un système politique partout en Afrique. L’heure n’était pas à la polémique, à l’affrontement politique et à la manipulation des populations pour la conquête du pouvoir.

Ce qui ne veut pas dire que tout était parfait. En dépit du climat général festif et de liberté dû au sentiment d’indépendance, le pouvoir en place veillait à ce que les voix discordantes ne troublent pas trop ces moments de grâce. C’était dit-on, une forme de «démocratie à l’africaine», où le chef était à la fois vénéré et craint.

A partir de 1990, sous la contrainte, tous ces Etats dirigés par des partis uniques se sont reconvertis au multipartisme, la mort dans l’âme. C’était la fin d’une époque et le début d’une autre. Celle de l’affrontement politique ouvert et de la défiance à l’image du «père» tout puissant et vénéré.

C’était l’époque des fauves politiques, galvanisés par trente années de frustration et de combats politiques clandestins pour l’instauration d’une autre forme de démocratie. Ainsi, à la faveur de ce fameux sommet de La Baule en 1990, qui a vu l’émergence du multipartisme en Afrique, plusieurs partis politiques ont vu le jour de manière officielle.

Pouvoir conquis, espoirs déçus

Dix ans après, le FPI (Front populaire Ivoirien, parti de Laurent Gbagbo) accède enfin au pouvoir, après tant d’années de luttes et de combats politiques. Malheureusement, il a donné l’impression d’être encore dans l’opposition et de vouloir toujours conquérir le pouvoir. Dans l’opposition, son ambition était d’instaurer une démocratie en Côte d’Ivoire. Mieux encore, établir les droits de l’Homme ainsi que les libertés individuelles et collectives.

Rien de tout cela n’a été fait au grand désespoir des populations. Il a préféré s’engouffrer dans la brèche ouverte identitaire, sur fond de xénophobie, au lieu de proposer des solutions de développement économique, social et culturel qui auraient pu s’inscrire dans la continuité de développement de ses prédécesseurs, notamment du président Houphouët.

Entre 2000 et 2002, avant la rébellion du nord, l’ancien régime avait largement le temps et les pouvoirs pour mener une politique de rassemblement des ivoiriens et de développement économique et social.

Il avait les pleins pouvoirs dans le pays. Il détenait la Présidence de la République, la Primature, la totalité des postes du gouvernement, l’Assemblée Nationale, le Conseil Economique et Social, la Cour Suprême et toutes les autres administrations et secteurs clés du pays.

En deux ans, ce pouvoir pouvait au moins donner des signes positifs. Malheureusement toutes ces années de combats politiques pour accéder au pouvoir se sont terminées en enrichissement personnel démesuré.

Se reconstruire à l’ombre du nouveau pouvoir

Aujourd’hui, un autre pouvoir est en place avec de nombreux défis à relever après plusieurs années également de difficiles et douloureux combats politiques. Les chantiers sont énormes. Tout est à refaire, en cinq années, au mieux en dix ans, si la population ivoirienne est satisfaite du travail réalisé par cette alliance des Houphouëtistes au pouvoir.

En cinq ou dix ans, le FPI peut donc se reconstruire, se réorganiser, avec un nouveau projet de société et un programme de gouvernement en phase avec les attentes de la population, en tirant les leçons du passé.

Il y a un espace politique à exploiter, parce que tout régime est confronté un jour ou l’autre à l’usure du pouvoir et au besoin de changement imposé par la logique de l’alternance politique.

Il lui faut se doter aussi d’un nouveau leader, qui ne soit plus prisonnier des religieux et cadres politiques qui ne pensent qu’à s’enrichir sur le dos de nos pauvres paysans et autres entrepreneurs privés qui produisent la richesse de notre pays.

Macaire Dagry

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Macaire Dagry

Macaire Dagry. Journaliste ivoirien.

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