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Manifestation d'étudiants à Alger le 5 mai 2011. AFP/FAROUK BATICHE
Manifestation d'étudiants à Alger le 5 mai 2011. AFP/FAROUK BATICHE

Algérien cherche indépendance désespérément

Que faire en ce 5 juillet 2012? Les Algériens fêtent le cinquantenaire de l'indépendance, souvent avec amertume. A l'exception du régime.

Tous les Algériens sont appelés à participer aux festivités du cinquantième anniversaire de l’indépendance algérienne, ce 5 juillet 2012. Mais pour le journaliste et écrivain Kamel Daoud, l'exercice lui paraît personnellement «difficile».

Dans une chronique, il confie le rapport ambigu et complexe qu’il entretient avec cette journée de commémoration.

«Comment à la fois parler de l’indépendance, tout en en expliquant qu’elle est en train de se dissoudre, qu’elle n’est plus, que c’est juste une banderole, mais sans tomber dans l’excès, en disant qu’elle n’a jamais eu lieu, qu’elle ne sert à rien, que c’est une perte de sept ans de guerre et de mille ans d’attente?»

L'heure est à la fête!

Depuis la veille, les fanfares accordent leurs instruments, les multiples feux d’artifices sont réglés à la seconde près.

L'ouverture des festivités officielles organisées par le pouvoir algérien jusqu’en juillet 2013 a été lancée.

Tous les ministères, auxquels ont été alloués des budgets «énormes» sont sur le pied de guerre pour commémorer, comme il se doit, la naissance de l’Algérie indépendante, lit-on dans le journal arabophone El-Khabar.  

Leur confrère du Soir d’Algérie se remémore l’euphorie d’antan. La vraie. Celle de l’Algérie indépendante, le 5 juillet 1962. L’Algérie devenait alors, estime le quotidien, le héraut de la lutte indépendantiste contre le joug colonial dont elle était prisonnière depuis les conquêtes de 1830.

«On chantait à tue-tête, on dansait jusqu’à la limite de la résistance humaine et on réapprit à rire à gorge déployée, après des décennies marquées par la tristesse et le chagrin, les souffrances et le deuil. On revivait enfin car le rêve caressé par les dizaines de générations, le rêve de la liberté retrouvée, s’était enfin réalisé.»

A cette époque, les Algériens avaient foi en l’avenir, en leur capacité à soulever des montagnes et à surmonter les défis économiques et politiques de l’époque, ajoute encore Le Soir d'Algérie. 

Ce 5 juillet 2012, c’est cette victoire qui est célébrée à travers un pays qui fait quatre fois la superficie de la France.

 «Chaque ville, chaque village prend part aux célébrations», renchérit  le Temps d’Algérie

Cinquante ans après son indépendance, l’Algérie aurait-elle atteint son «âge de raison» comme l’atteste le quotidien algérien La Tribune?

Une indépendance confisquée

Qui dit âge de raison, dit espérance en l’avenir, parfois bonheur et souvent certitudes. Or, l’Algérie de 2012, dont 50% de la population a moins de trente ans, doute sur son avenir. L’horizon est à peine visible pour des milliers de jeunes au chômage, tenant un mur qui ne les retiendra pas très longtemps.

Et si le citoyen n’avait pas été libéré le 5 juillet 1962?

Une question soulevée par le célèbre caricaturiste algérien Aïnouche dans l’un de ses derniers dessins.

A gauche, la période 1830-1962 où l’Algérie est colonisée par la France. A droite, la période allant de 1962 à nos jours, où les Algériens survivent sous le joug du Front de libération nationale (FLN), le parti de l’actuel président Abdelaziz Bouteflika.

«Il y a eu libération du pays, mais pas liberté du citoyen. Ce dernier n'a toujours pas la liberté de choisir lui-même les candidats à même de le représenter dans les différentes institutions, parce que les nababs ont décidé de lui imposer leurs hommes au moyen de manipulations électorales qui sont devenues, hélas, proverbiales.»

«L'orphelin n'est pas celui qui a perdu son père et sa mère. Le vrai orphelin est celui qui a perdu l'espoir.»

Une  sagesse africaine rappelée par Le Quotidien d’Oran.

Pour le quotidien oranais, la révolution a été confisquée le jour où l’Algérie l’a emportée. L’Algérie combattante s’est rapidement transformée en une Algérie défaillante, malgré les espoirs suscités par la lutte pour l’indépendance.

«Dès le 5 juillet1962, l'indépendance avait pris un mauvais tournant. Par conséquent, le train de l'Histoire avait dangereusement déraillé. La vraie famille révolutionnaire s'est tapie dans un mutisme de mort», note avec une pointe d’ amertume le quotidien d’Oran.

Et d’ajouter: 

«la Révolution algérienne a placé la barre trop haut en matière de sacrifice, d'abnégation, de détermination. Elle a aussi créé trop d'attentes, trop d'espoirs.»

Un demi siècle plus tard, des Algériens ont donc le sentiment de ne pas s’être libérés d’une guerre de libération, dont ils attendaient plus. Ils aimeraient que l’Algérie des vieux cède la place aux jeunes. Autrement dit que l’Algérie cesse de regarder dans son rétroviseur.

Algérie-France: «je t'aime, moi non plus»

Cette guerre pour l’autodétermination de l’Algérie marque également les relations avec l’ancienne puissance coloniale, à laquelle l’Algérie demande «repentance».

Pour l’occasion de cinquantième anniversaire, le FLN a publié une déclaration soulignant la nécessité de continuer à lutter pour reconnaître les crimes odieux contre le peuple algérien et réclame des excuses de la part de l’ancien colon français, rapporte El-Khabar.

L’histoire de cette guerre continue à s'écrire, notamment avec l’ouverture des archives françaises. Celles-ci permettront, peut-être, de sortir du diktat des mémoires sur l’Histoire. La promesse d’un apaisement avenir entre les deux pays.

Depuis quelques mois, la relation entre les deux pays est aussi déterminée par la crise au Sahel, notamment au Nord-Mali.

A plusieurs reprises, les autorités françaises ont confié leur désir de voir l’Algérie jouer un rôle de médiation plus important au Mali. L’Algérie peut-elle rester un îlot dans une région en pleine mutation?

«L'Algérie fête aujourd'hui le 50e anniversaire de son accession à l'indépendance entourée d'une ceinture de feu», note l’Expression.

Mais c’est sans compter la crainte du régime algérien de voir arriver des soldats américains et français à ses frontières. 50 ans après son indépendance, le régime veille à ses frontières et rejette toute ingérence de l'ancienne colonie française.

Nadéra Bouazza 

 

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Nadéra Bouazza. Journaliste à Slate Afrique

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