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Niger, le «lion» débarque au palais présidentiel

Mahamadou Issoufou a remporté l'élection présidentielle du 12 mars au Niger. Surnommé le «lion», il est connu pour son franc parler. Portrait.

Le nouveau président démocratiquement élu de la République du Niger, Mahamadou Issoufou, n’est pas un inconnu de la vie sociopolitique nationale. Opposant historique depuis 20 ans et leader du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya), «l’homme au bonnet rouge», encore surnommé «Zaki» (lion, en langue haoussa), connaît par coeur les arcanes de la politique nigérienne.

Né à Dandadji en 1952, ce fils de la Région de Tahoua est issu de l’ethnie Haoussa. Rien de surprenant à ce qu’il affectionne les grands boubous traditionnels africains et le bonnet rouge qui ne quitte sa tête que lorsqu’il est en costume occidental —ce qui, du reste, est devenu rare ces dernières années.

Ingénieur civil sorti de l’Ecole nationale supérieure des mines de Saint-Etienne en France, Mahamadou Issoufou commence sa carrière dans la fonction publique nigérienne. Il occupe plusieurs fonctions, notamment celle de directeur des Mines au ministère des Mines et de l’Industrie de 1980 à 1985, avant de s’engager résolument en politique en créant son parti en décembre 1990.

A la faveur de la Conférence nationale souveraine du Niger à laquelle il participe du 29 juillet au 3 novembre 1991, il se fait une notoriété politique et se positionne comme une nouvelle alternative.

Les législatives de 1993 consécutives à l’ouverture au pluralisme démocratique le consacrent député à l’Assemblée nationale, car il réussit à se faire élire dans la circonscription de Tahoua, sa région d’origine. Mais il n’a pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin. C’est ainsi qu’il se présente à la présidentielle du 27 février 1993 et arrive en troisième position, avec 15,9% des suffrages.

Dès lors, il devient un abonné permanent de l’hémicycle nigérien. Entre temps, il est nommé au poste de Premier ministre et chef du gouvernement en 1993 sous la présidence de Mahamane Ousmane. Ce «lion» que certains de ses compatriotes qualifient d’assez courtois et ouvert, sait néanmoins être très ferme quand il le faut. Comme par exemple lorsqu’il démissionne de son poste de Premier ministre, pour cause de divergences politiques.

«Derrière les apparences d’un homme calme et mou, se cache en vérité un fauve politique qui ne recule devant rien pour atteindre son objectif. Seulement, sa discrétion fait qu’il est toujours difficile de savoir à l’avance là où il veut en venir. Il n’a pas volé son surnom, le "lion". Cela dit, il faut reconnaître qu’il est vraiment courtois, fidèle à ses amitiés aussi bien dans la vie civile que politique. Au fond, c’est un homme froid, politiquement parlant, et qui sait qu’en la matière, c’est la fin qui justifie les moyens», disait de lui Mallam Yaro, un de ses proches.

En 1995, Mahamadou Issoufou est réélu député, puis devient le président de l’Assemblée nationale. Mais les querelles politiques vont entraîner le coup d’Etat du 27 janvier 1996, dirigé par le colonel Ibrahim Baré Maïnassara. Malgré le régime d’exception, l’homme au bonnet rouge dénonce les violations des droits de l’Homme et la mise en veille des acquis fondamentaux de la démocratie. Ce qui le conduit avec d’autres formations politiques à créer le Front pour la restauration et la défense de la démocratie (FRDD), qui lui vaut d’être placé en résidence surveillée.

«Quand il était en résidence surveillée, je lui ai rendu visite et je l’ai trouvé complètement décontracté, comme si de rien n’était, alors que je m’attendais au contraire. Et comme je m’en suis étonné, il m’a répondu par une métaphore, disant qu’un seul doigt ne saurait cacher le soleil. Et que par ailleurs le régime lui rendait plus service que le contraire en le plaçant en résidence surveillée. "Le pouvoir me fait ainsi l’économie d’une grande campagne de communication", m'a-t-il en rigolant», confie un ancien camarade.

A la suite du coup d’Etat de 1999 qui a coûté la vie au président Ibrahim Baré Maïnassara, le Conseil de réconciliation nationale (CRN), dirigé par le commandant Daouda Mallam Wanké qui lui succède, met en place un processus de transition. Il aboutit à la présidentielle de 1999 au cours de laquelle Mahamadou Issoufou arrive en deuxième position, avec 22,79% des voix.

Mamadou Tandja, du Mouvement national pour la société de développement (MNSD-Nassara) accède au pouvoir. Mais après deux mandats consécutifs, ce dernier révise la Constitution pour se maintenir au pouvoir, provoquant une grave crise sociopolitique.

Dans ce contexte particulièrement tendu, le régime Tandja lance un mandat d’arrêt contre Mahamadou Issoufou pendant que celui-ci se trouve à l’extérieur. Contre toute attente, il décide de rentrer et de se mettre à la disposition de la justice de son pays. Il est accueilli par une foule de militants et sympathisants enthousiastes à l’aéroport de Niamey.

Face à la crise, les militaires font irruption sur la scène politique et renversent le régime Tandja. Le chef de la junte militaire, le colonel Salou Djibo, devenu général par la suite, promet une transition et obtient la mise en place d’un régime civil démocratiquement élu.

Mahamadou Issoufou est encore en lice et arrive cette fois-ci en tête du premier tour du 31 janvier 2011, avec 36,06%. Face à son challenger du second tour, l’ex-Premier ministre Seïni Oumarou, il est enfin élu à l’issue du scrutin du 12 mars avec 57,95% des suffrages.

«Mahamdou Issoufou a conquis une bonne partie de son électorat grâce à son talent d’orateur en langue haoussa notamment. Il en maîtrise les subtilités, les formules et les proverbes. Il est de surcroît intarissable en plaisanteries. Cela compte beaucoup dans un pays en majorité analphabète et rural comme le Niger», rapporte Zakari Abdouramane, un militant de son parti.

Lors d’un meeting dans sa région d’origine, dans le cadre du second tour de la présidentielle qu’il vient de remporter, il a déclaré que cela faisait vingt ans qu’ils creusaient ensemble leur puits, et que dans quatre jours, ils allaient atteindre enfin l’eau. Déclenchant du coup les ovations de la foule.

Son élection au Niger couronne à la fois le parcours politique d’un homme et d’un parti, ainsi que l’engagement des militaires au respect des principes démocratiques, que les acteurs politiques doivent être les premiers à faire leur également.

Un exemple à la fois pour les politiques mais aussi pour les militaires africains. Et Issoufou, dont l’ouverture est louée par ses compatriotes, a un grand défi à relever: faire en sorte que l’armée n’interfère plus dans le jeu politique au Niger. Ou que le fameux bonnet rouge ne lui manque pas sur la tête.

Marcus Boni Teiga

Marcus Boni Teiga

Ancien directeur de l'hebdomadaire Le Bénin Aujourd'hui, Marcus Boni Teiga a été grand reporter à La Gazette du Golfe à Cotonou et travaille actuellement en freelance. Il a publié de nombreux ouvrages. Il est co-auteur du blog Echos du Bénin sur Slate Afrique.

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