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Théâtre sur cour familiale aux Recréatrâles de Ouagadougou

"Nous voulons remercier la famille Bationo pour leur accueil et leur hospitalité", affirme la metteuse en scène et comédienne camerounaise Hermine Yollo à la fin de la représentation de la pièce "Das Dong" dans le cadre de la 10e édition des Recréatrales (26 octobre-3 novembre) à Ouagadougou. 

Particularité de ce festival biennal: les pièces de théâtre sont créées puis jouées par des artistes en résidence dans des cours familiales du quartier populaire de Bougsentemga. 

"C'est très bien que le théâtre se déplace vers les populations. Le festival rapproche le théâtre des gens", explique Harouna Dakissaga, bijoutier, qui avoue avoir découvert cet art grâce aux Recréatrales, qu'il estime "peu chères" (500 francs CFA, soit 75 centimes d'euros la place) et "facile d'accès".

Seize pièces jouées, 350 artistes de 20 nationalités sur un demi-kilomètre dans les cours des maisons d'une rue en terre qui se transforme le temps d'une semaine en centre culturel avec des sculptures, des concerts, une "bibliothèque nomade", des spectacles pour enfants, des débats, des ateliers mais aussi des maquis, bars et buvettes! 

"Les cours familiales en Afrique, c'est là où on discute des problèmes, on se réjouit, on fait le deuil, on pleure, on gère les conflits... C'est le lieu naturel pour le théâtre", explique le comédien et metteur en scène Etienne Minoungou, fondateur du festival en 2002, qui a su tisser des liens avec les habitants du quartier pour transformer une expérience théâtrale en un événement panafricain dans la capitale burkinabè.

- Toujours de l'ambiance -

La famille Bationo "n'a pas hésité", assure Aicha Bationo, la patronne de la cour et surnommée affectueusement la +vieille+. "Le Burkina c'est le pays des Hommes intègres et c'est une tradition d'accueillir les gens", ajoute-elle. 

"Le début est compliqué mais après on devient comme une famille. Et en Afrique dans les cours, il y a toujours de l'ambiance , du bruit", précise Aichatou Sana, étudiante, habitante de la cour : "C'est un plaisir".  La plupart des pièces sont engagées politiquement. Une raconte la répression dans un système dictatorial (Général fou), une autre une "charge contre l'ère du numérique dont les technologies sont couteuses en vie d'enfants congolais (Musika)"...

Chaque année, le festival choisit un thème: cette édition, le leitmotiv est "tresser le courage" en faveur de l'action politique mais aussi face à la crise économique et aux attaques jihadistes qui endeuillent le Burkina, durement touché ces dernières années, explique M. Minoungou. 

La manifestation bénéficie d'un important dispositif sécuritaire de l'armée et la gendarmerie pour sécuriser l'atmosphère. "La beauté est un premier rempart", estime M. Minoungou. 

Dans la cour des Bationo, une centaine de spectateurs sur des gradins en bois montés pour l'occasion regardent cinq acteurs sur la scène: une petite terrasse en béton de l'entrée de la maison.

Une table, des casiers de bière vide, constamment redisposés avec ingéniosité constituent les uniques éléments de décor.

- "Le pire est le silence" -   

Jouée par des Guinéens, Ivoiriens et Camerounais, la pièce, ovationnée par l'assistance, tourne autour de l'assassinat du journaliste burkinabè Norbert Zongo en 1998, de la démocratie et des régimes autocratiques en Afrique. Sa phrase "Le pire n'est pas la méchanceté des gens mauvais mais le silence des gens biens" est la 4e de couverture du programme du festival.

"C'est l'histoire de tous les pays africains qui se battent pour s'en sortir face au néo-colonialisme, la mauvaise gouvernance... Je ne peux pas me permettre de faire du théâtre sans toucher à la question politique. Et, l'avantage au Burkina, c'est que c'est un peuple qui a une très forte conscience politique", explique Hermine Yollo, ravie aussi de pouvoir créer et jouer dans les cours.

"On touche plus de gens et c'est plus convivial. C'est stimulant. On ressort de l'énergie grâce à la famille. On n'est pas qu'entre nous. Ça casse les codes: +Je suis en train de créer dans un théâtre, une salle fermée entre nous+. Là c'est ouvert. Il y a des gens qui entrent, qui sortent, des étrangers qui viennent rendre visite, qui s'asseyent pendant deux heures, qui écoutent, rigolent et qui parlent. C'est génial!".

AFP

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