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La main de la justice par Vectorportal via Flickr CC
La main de la justice par Vectorportal via Flickr CC

Tribune: Il faut des jurés populaires au Cameroun

Pour l’écrivain camerounais Eric Essono Tsimi, la force de la justice ne peut venir que des jurés populaires, un système encore inexistant au Cameroun.

C’est par ajustements et réajustements successifs que les bonnes formules seront trouvées dans la lutte contre la corruption.

Par ces temps pour le moins incertains, aucun Camerounais ne détient la vérité ni le commencement d’une solution définitive. Les options qui sont prises seront toujours contestées.

Soit parce qu’elles ne conviennent pas à l’idée que certains se font d’une bonne administration de la justice. Soit parce que leurs limites sont établies à l’épreuve du réel.

Le Cameroun n’est pas «Le meilleur des mondes» d’Aldous Huxley et n’en prend d’ailleurs pas le chemin. Alors, pour «remettre cet Etat à neuf», pour en faire une nation idéale, il faudrait des institutions fortes.

C’est-à-dire à la base un Etat fort. Un pouvoir qui ne transige pas par lâcheté, ne louvoie pas par crainte d’un soulèvement populaire ou d’un isolement international…

Un tel système serait évidemment un système quasi-totalitaire. Plus de progrès, ne nous en déplaise, signifie irrémédiablement plus d’autorité, dans un pays qui est plus dans l’état d’anarchie et de laxisme que de dictature et de répression.

Il y a comme une culture de la pauvreté, une ingénierie du sous-développement, en lesquelles nous avons acquis une expertise…

Le poids des traditions

Les pesanteurs sociologiques sont réelles et les minimiser, c’est mentir aux Camerounais. L’autoritarisme dans certaines familles, dans les entreprises, dans les chefferies et dans le commerce quotidien est autrement plus grave que ce dont on se scandalise au sujet du pouvoir en place, quand exceptionnellement il fait arrêter des étudiants très volontaires, des journalistes trop engagés, catégories très sensibles mais guère au-dessus des lois.

Pour réussir au moins provisoirement, à charge pour les générations qui suivront de tout remettre à plat ou de bonifier un héritage historique dont on perçoit à l’avance la lourdeur du passif, il faut se la jouer collectif.

Yaoundé doit placer le peuple au centre de ses attentions. Dans le cas du Tribunal criminel spécial (une juridiction créée par une loi de décembre 2011), ne peut-on pas expérimenter l’utilisation de «citoyens-assesseurs»?

Depuis l’acquittement sans élargissement de monsieur Atangana Mebara (ancien secrétaire général de la présidence arrêté dans le cadre de l'opération de lutte contre la corruption, Epervier), le pouvoir des juges est questionné, après que leur indépendance a déjà fait l’objet de critiques vives et justifiées.

Le ministère public rafistole d’autorité ses fautes et manquements. Le président Paul Biya leur donne-t-il des présumés coupables? Nos procureurs en font des présumés persécutés.

La présomption de culpabilité est réelle et frappe toutes les «créatures du système», la présomption d’innocence est d’application légale, la présomption de règlements de comptes est d’évidence le postulat politique le mieux partagé au pays des grosses crevettes blanches.

Pour une justice plus juste

Aux Etats-Unis, cela fait partie de leur culture. En France, c’est d’instauration postrévolutionnaire et tend à se généraliser (malgré le gel de son introduction en correctionnelle).

Au Cameroun, impliquer le peuple au nom duquel la justice proclame être rendue n’est pas qu’une idée, mais une urgence et même une nécessité.

Le «tribunal criminel», au moins par sa dénomination, ne va pas sans évoquer la justice qui a été à l’œuvre en France, au lendemain de la révolution. C’est à cette occasion justement que l’on avait vu pour la première fois des citoyens décider de la culpabilité des accusés.

Dans une justice impopulaire, des jurys populaires ne seraient pas pour déplaire à quiconque. Dans la société du soupçon qu’est la société camerounaise aujourd’hui, la désignation de jurés fera sûrement l’objet de palabres interminables, mais si l’on s’accorde sur le principe, le reste suivra comme de juste.

Et cela participera d’une optique nouvelle, par un régime qui est dans une logique défensive de réactivité et d’anticipation, lors que ce faisant elle serait dans une stratégie offensive d’opportunisme salutaire. Le recours au peuple, comme loi suprême en temps d’incertitudes.

S’il fallait encore en convaincre le régime, comme je le suis déjà, de la pertinence d’une telle démarche, je préciserais que le jury populaire ne serait pas un simple accessoire pour ces dames, il serait un authentique mode de gouvernance juridique, pris comme outil sinon de pilotage, à tout le moins de contrôle et d’accompagnement de la bonne administration de la justice.

Eric Essono Tsimi

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Eric Essono Tsimi

Eric Essono Tsimi est un dramaturge camerounais. Il est l'auteur de l'ouvrage Le jeu de la Vengeance (éd.Sopecam, 2004), et publie régulièrement des tribunes dans les quotidiens Mutations et Le Messager au Cameroun.

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