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Des homosexuels s'embrassent devant le Colysée, Rome © Reuters Photographer / Reuters
Des homosexuels s'embrassent devant le Colysée, Rome © Reuters Photographer / Reuters

La liberté sexuelle, un sujet chaud au Maroc

Le débat autour de la liberté sexuelle fait rage au Maroc, sur fond de persécutions et de menaces de mort.

Le paquebot de croisière néerlandais El Nieuw Amsterdam, transportant quelques 1.564 passagers, dont 95% d'hommes, s'est vu refuser l’accostage au port de Casablanca. Les autorités marocaines en ont décidé ainsi parce que ces passagers étaient tous gays.

Les touristes prévoyaient de visiter la grande mosquée Hassan II de Casablanca, ouverte aux non-musulmans en dehors des heures de culte. Mais l’information avait été relayée par la presse locale, créant un début de polémique.

Embarrassé, Lahcen Haddad, le ministre marocain du Tourisme, a démenti toute discrimination à l'encontre des homosexuels.

«Nous n'avons interdit aucun bateau et nous ne demandons pas à nos touristes leurs préférences sexuelles», a-t-il assuré à l’AFP.

Evidemment, l’ordre est venu d’ailleurs et le ministre tente ainsi de sauver les meubles, lui qui espère attirer 20 millions de touristes à l’horizon 2020.

La chasse aux homos

Au Maroc, comme dans la plupart des pays musulmans, l'homosexualité est un crime. L'article 489 du Code pénal marocain prévoit ainsi des peines allant de trois mois et trois ans de prison et des amendes de 120 à 1.200 dirhams (de 11 à 111 euros) pour qui s'en rend coupable.

«L'homosexualité est tolérée au Maroc, mais on demande aux gays de ne pas se mettre en avant», note Khadija Riyadi, présidente de l'Association marocaine des droits humains (AMDH).

La réalité est que la situation est souvent plus dramatique qu'il n'y paraît. En témoignent les affaires d’Al Hoceima ou de Ksar El Kébir où, chauffés par la presse conservatrice, les autorités avaient sévi contre les homos.

Constamment pourchassés, ces derniers souffrent de déprime et de persécutions, à l’instar de l’écrivain Abdallah Taïa, censuré à l’université.

Kif-Kif, la seule association gay du Maroc est en exil à Madrid et Mithly, la première revue des LGBT marocaine au tirage confidentiel, se distribue sous le manteau et ne survit que sur la Toile.

On le sait, la société marocaine est homophobe. En 2008, l'AMDH a lancé, en collaboration avec l'ONG de défense des droits humains Human Rights Watch, une pétition pour abroger la loi qui punit l’homosexualité. Or elle n'a pas dépassé les 800 signatures.

«Il s'agit autant d'une question de mentalités que de lois, explique Khadija Riyadi. La tolérance vis-à-vis de l'autre n'est pas enseignée aux plus jeunes, et les mosquées continuent à être utilisées pour la décrier»

Premier appel au meurtre

La victoire des islamistes aux dernières législatives a ramené le débat sur la place publique. Fin mars, Mustapha Ramid, le nouveau ministre marocain de la Justice et des Libertés, avait suscité une autre polémique en déclarant que les vacanciers étrangers se rendaient à Marrakech pour «passer beaucoup de temps à commettre des péchés et s'éloigner de Dieu».

Le fait qu’il ait déclaré cela dans l’enceinte d’une école coranique dirigée par un prédicateur salafiste a donné des ailes à des prêcheurs de tout poil.

Abdallah Nahari, un prédicateur d’Oujda connu pour ses violentes diatribes a dépassé les bornes.

Dans une vidéo postée sur Youtube, le religieux a clairement appelé au meurtre d’un journaliste qui défendait le principe de liberté sexuelle sur les ondes d’une télévision panarabe et dans les colonnes d’un quotidien casablancais connu pour sa farouche opposition aux islamistes.

Une première au Maroc. Une enquête judiciaire a d'ailleurs été ouverte. En effet, les déclarations de l’imam «sont susceptibles de conduire à des actes criminels, des incitations à la violence via les prêches», a indiqué dans un communiqué le Procureur de la cour d’Appel d’Oujda.

Le corps, un sujet encore tabou

Cette affaire intervient alors que la société civile est montée au créneau pour dénoncer un arsenal juridique inadapté à la réalité sociale du pays, même si le corps demeure toujours un sujet tabou, comme le décrypte le magazine TelQuel.

Les progressistes demandent une abrogation pure et simple de l'article 490 du code pénal, qui prévoit une peine de prison allant d'un mois à un an pour toute relation sexuelle en dehors du mariage entre deux adultes.

Mais pour le parti islamiste au pouvoir, le Parti de la justice et du développement (PJD), il n'est pas question d'annuler une telle loi car tout acte sexuel en dehors du mariage est une «débauche», un «crime».

Durant sa campagne électorale, le Premier ministre Abdelilah Benkirane avait donné le ton:

«La liberté sexuelle est néfaste pour notre identité (…) C’est une perversion qui existe déjà, mais qu’on veut briser comme tabou. Ces gens qui la défendent et se disent laïcs, veulent juste corrompre ceux qui ont la foi. Elu, je m’y opposerai, par la grâce de Dieu.»

Ali Amar

 

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Ali Amar

Ali Amar. Journaliste marocain, il a dirigé la rédaction du Journal hebdomadaire. Auteur de "Mohammed VI, le grand malentendu". Calmann-Lévy, 2009. Ouvrage interdit au Maroc.

Ses derniers articles: Patrick Ramaël, ce juge qui agace la Françafrique  Ce que Mohammed VI doit au maréchal Lyautey  Maroc: Le «jour du disparu», une fausse bonne idée 

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