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Enfants somaliens dans un camp de Mogadiscio, juin 2012. © 	REUTERS/Goran Tomasevic
Enfants somaliens dans un camp de Mogadiscio, juin 2012. © REUTERS/Goran Tomasevic

Le Puntland, un Etat qui fait du bien à la Somalie

Le président de l’Etat du Puntland, dans le nord-est de la Somalie, soutient que pour vaincre les menaces mondiales que représentent la piraterie, le terrorisme et l’anarchie, le monde doit penser à l’échelle locale.

De récents gros titres sur des attentats terroristes à la bombe des shebabs au Kenya et la découverte des menaces terroristes d’origine somalienne aux Pays-Bas ont accentué la façon habituelle dont est perçue la Somalie.

Un pays déchiré par la guerre, qui n’a pas de gouvernement efficace et qui est infesté d’extrémistes et de pirates —un point de vue que l’on retrouve dans le classement de Foreign Policy 2012 des pays les plus dangereux, qui place, une fois de plus, la Somalie comme le pays le plus instable au monde.

Ce point de vue n’est pas tout à fait faux. Mais l’on comprend moins que plusieurs régions en Somalie —particulièrement la région du Puntland— ont des gouvernements efficaces qui ont pris des mesures concrètes pour s’attaquer au terrorisme, à la fragmentation politique, et à la piraterie qui sévissent dans l’ensemble du pays.

L'option du fédéralisme

Si la communauté internationale veut vraiment aider la Somalie —et combattre les dangereux groupes internationaux qui s’y sont réfugiés— elle doit intensifier son soutien aux gouvernements des régions, comme le Puntland, et s’engager en faveur d’une Somalie fédéraliste.

Le gouvernement du territoire autonome du Puntland, situé dans le nord-est de la Somalie, sur le golfe d'Aden, a été formé en 1998. L’objectif du Puntland n’est pas l’indépendance vis-à-vis de la Somalie, mais un système fédéral de gouvernements régionaux habilités —la seule solution politique viable face à la crise politique du pays.

Seule une Constitution fédérale légitime peut réunifier une Somalie fragmentée par plus de trente années de guerre civile et d’anarchie. Une telle Constitution permettrait de résoudre la méfiance chronique des communautés somaliennes, d’abolir l’anarchie et d’assurer une distribution clairement définie du pouvoir, des ressources, et des fonctions gouvernementales.

Le peuple somalien a droit à la paix et la stabilité, et depuis sa création, le Puntland a fait des progrès constants vers ces objectifs. Le Puntland a tenu trois élections présidentielles pacifiques et réussies et a joué un rôle de premier plan dans l’établissement de la feuille de route en accueillant deux conférences constitutionnelles nationales.

Cependant, nous sommes toujours confrontés à des tâches redoutables, lorsque nous parlons des deux plus grandes menaces à la sécurité et la stabilité de la Somalie: la piraterie et le terrorisme.

Ces menaces ne sont pas confinées à la seule Somalie, comme l’ont montré les récents événements au Kenya et en Europe.

Le Puntland, un exemple à suivre

Le Puntland est situé à l’extrémité de la Corne de l’Afrique. Chaque année, environ un tiers du commerce maritime mondial passe par les eaux qui bordent nos côtes.

Malgré tous les efforts de la communauté internationale, incluant une flotte de navires de guerre de l’OTAN et de l’Union européenne, et de meilleures pratiques instituées par l’industrie maritime commerciale, les pirates somaliens continuent à prélever une taxe significative sur l’économie mondiale d’environ sept milliards de dollars par an.

Les actes de violences perpétrés par ces pirates —des criminels de droit commun qui détournent des navires et demandent d’énormes rançons— mettent en péril la sécurité des marins et trop souvent entraînent des pertes humaines.  

La piraterie n’alimente pas seulement l’instabilité et la criminalité, il existe en plus des indications inquiétantes de liens entre les pirates et des groupes terroristes comme les shebab, la branche basée en Somalie d’al-Qaida, qui menace le Puntland chaque jour.

En plus de s’attaquer à nos propres institutions en visant et assassinant des membres du gouvernement, des érudits religieux, des journalistes, et des dirigeants de communauté, entre autre, les shebabs ont utilisé la Somalie comme une base à partir de laquelle ils attaquent d’autres pays en Afrique de l’Est.

Cela aussi a empêché des organisations humanitaires d’opérer dans des zones sous leur contrôle, ce qui a aggravé la famine sévissant en Somalie.

Aucune pitié pour les pirates

A de nombreuses occasions, les Nations unies ont demandé aux autorités somaliennes de mettre en place de solides institutions pour renforcer la loi et la sécurité, afin de s’attaquer à la menace constituée par la piraterie et le terrorisme, tout en maintenant le respect des droits humains et la primauté du droit.

Bien que les progrès aient été lents au niveau national, au Puntland, nous avons pris au sérieux ces appels à l’action.

En 2010, avec l’approbation du gouvernement fédéral de transition somalien, nous avons créé la Force de Police maritime du Puntland (PMPF), une force de police maritime professionnelle qui s’occupe de la piraterie et des activités de pêche illégale dans les eaux somaliennes.

Cette force de police maritime —qui a été coordonnée de près et chaleureusement accueillie par de nombreux intervenants internationaux, dont les Nations unies— a commencé ses patrouilles et a réussi à chasser des pirates hors de plusieurs lieux de refuge et de villes dans notre région. 

En mai, la PMPF a arrêté 11 pirates, dont certains sont suspectés du kidnapping d’une famille danoise en 2011. La PMPF se consacre exclusivement à sa mission contre la piraterie et cette force ne s’engage pas dans des différents frontaliers internes ou dans la prospection pétrolière.

Les forces de sécurité du Puntland ont aussi réussi à démanteler des cellules terroristes, notamment avec la capture d’un expert en explosifs lié aux shebabs, et elles ont coopéré avec des unités de contre-terrorisme opérant dans la région.

Plus d'efforts de la communauté internationale

Si nous voulons maintenir notre paix et notre stabilité, durement gagnées, nous avons besoin d’une aide supplémentaire de la communauté internationale.

Plus précisément, nous avons besoin de renforcer l’application de la loi, de formation au contre-terrorisme pour les forces locales de la police somalienne comme la PMPF, de développer le système judiciaire pour que les pirates et autres criminels soient obligés de rendre des comptes et soient déférés en justice, d’entretenir les prisons et d’aide pour agrandir ces prisons afin que chaque personne condamnée puisse être détenue localement, dans des conditions appropriées.

Nous avons aussi, et toujours, besoin d’aide au développement économique pour aider nos communautés à avancer, et pour fournir des alternatives à la piraterie.

Depuis l’effondrement de l’Etat somalien dans les années 1990, l’aide internationale à ce pays avait d’abord pour objectif de rétablir un gouvernement central solide à Mogadiscio.

Même si nous soutenons aussi la reconstruction des institutions nationales de la Somalie, nous sommes confrontés à des crises trop graves pour pouvoir attendre. Un soutien accru aux autorités régionales de la Somalie —les seules institutions actuellement capables d’établir la sécurité et le respect de la loi— est une priorité absolue.

Je ne doute pas que nous puissions restaurer la dignité de notre pays en tant que membre respecté d’une communauté de nations, et que nous puissions neutraliser les menaces de la piraterie et de l’extrémisme. Mais nous avons besoin de l’aide du monde.

Abdirahman Mohamed Mohamud Farole (Foreign Policy)

Abdirahman Mohamed Mohamud Farole est le président de l’Etat du Puntland en Somalie.

Traduit par Sandrine Kuhn

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