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Des sympathisants arborant une effigie de l'ex-président Mobutu, Kinshasa, 2006. © Luc Gnago/Reuters
Des sympathisants arborant une effigie de l'ex-président Mobutu, Kinshasa, 2006. © Luc Gnago/Reuters

RDC: Certains regrettent Mobutu

Le Congo démocratique célèbre les 52 ans de son indépendance, à un moment où l’est du pays est secoué par une forte rébellion. L’ex-président Mobutu avait aussi connu de nombreuses rébellions, qu’il avait su réprimer. Ce qui, chez certains, suscite quelque nostagie.

Mise à jour du 9 septembre: Quinze ans après la mort du président Mobutu Sese Seko, une messe du souvenir a été organisée dans l'intimité le 7 septembre par ses proches à la cathédrale de Rabat, la capitale marocaine où il est décédé. Pendant près de deux heures, les enfants et les petits-enfants du maréchal se sont succédé pour des lectures et des chansons religieuses émouvantes, rapporte Jeune Afrique. Pour le clan Mobutu réuni, "l'attachement au mobutisme est palpable" en RDC.

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30 juin 1960, 30 juin 2012. En 52 ans d’indépendance, le bilan de la RDC est mitigé pour certains et chaotique, pour d’autres. «Le bilan en mon sens est largement négatif», juge Rolain Mena, président de l’Alliance des patriotes pour la refondation du Congo en Europe, un mouvement des résistants congolais initié par Honoré Ngbanda, ancien conseiller spécial du maréchal Mobutu Sese Séko, deuxième président du pays.

Tout en reconnaissant le régime tyrannique et dictatorial de Mobutu, Rolain Mena estime qu’il y a de bonnes raisons de regretter Mobutu:

«A l’époque, on pouvait circuler d’un coin à l’autre du Zaïre (actuel République démocratique du Congo), sans être inquiété. A l’époque de Mobutu on n’a pas connu de massacres des populations civiles de l’ampleur de ce qui se passe à l’est du Congo, aujourd’hui. C’est un génocide qui s’y passe, parce que, aujourd’hui, les experts sérieux parlent de plus de 10 millions de morts. Malgré la dictature de Mobutu, on n’a pas connu de viols de fillettes de trois ans, de mamans de soixante-dix ans, de nos pères et sœurs.»

Le docteur Jean-Baptiste Sondji, opposant au régime de Mobutu et proche du pouvoir de Laurent-Désiré Kabila nuance:

«Avec Mobutu, il y avait certes la paix relative. C’était une paix de cimetière. Si cela était efficace, on n’aurait pas connu la situation que traverse le pays aujourd’hui. Il y avait aussi une stabilité qu’on ne connait pas aujourd’hui. Encore une fois, une stabilité factice. S’il y a une qualité à reconnaître à Mobutu, il était vraiment un chef. Aujourd’hui on ne sent pas que nous avons un chef à la tête de l’Etat.»

«On n'a pas pris le bon bout, dit Claude Misambo, analyste politique. Mobutu a pris les choses dans une option sécuritaire. Et tout l'appareil était pour lui, le sauveur.»

Une expression congolaise l’exprimait bien en son temps: «Soki yo te Papa, nani mosusu!» (Entendez, si ce n’est pas toi papa, qui d’autre?). C’était pour faire référence à la personne du maréchal Mobutu.

Le 30 juin 1960, c'est donc au son d'Independance Tchatcha, composition de l'artiste Kabasele Tshiamala, plus connu sous le nom de Kalle Jeff, que l'independance a été célébrée. Cette chanson culte reprise par le jeune Congolais Baloji, avec un tableau qui dresse plus les difficultés rencontrées après.

 

 

En réalité pendant le temps de relative paix qu’a connu le Congo, rien n’était fait dans le sens de construire des institutions solides, capables de tenir après le passage des hommes forts. A la place, c’était des hommes forts, à la tête d’un Etat faible. Mobutu a été renversé depuis maintenant quinze ans. Mais son fantôme plane toujours sur la RDC.

Des gouvernements faibles

Les différents gouvernements qui se sont succédé en République démocratique du Congo, n’ont pas pu changer la donne et remettre ce pays sur les rails du développement. Ils n’ont pas construit d’écoles, encore moins d’universités.

L’université de Kinshasa (ex-Lovanium) laissée par les Belges est restée dans le même état et se trouve dans un état de délabrement. L’hôpital général de Kinshasa (ex-Hôpital Mama Yemo, du nom de la mère de Joseph Mobutu) ressemble à certains égards à un mouroir.

L’hôpital du Cinquantenaire qui devait s’ouvrir pour célébrer la fête du cinquantenaire de l’indépendance du Congo, il y a deux ans, n’a toujours pas ouvert.
Par endroits, les herbes sauvages ont repris droit de cité.

Pour  le polittologue Claude Misambo, «ce que nous vivons c'est le fruit de l'inconséquence et de l'irresponsabilité de Mobutu. Avec Mobutu, tout était pourri. Mobutu n'avait pas fait le saut qualitatif de 1989, avec le Mur de Berlin... Il a été emporté par l'ouragan.» 

Pour Marie-Madeleine N., «ce n’est pas Mobutu qu’il faut regretter. Mais plutôt, le fait qu’après lui, on n’a pas eu des gens capables de faire mieux que lui», tranche cette Congolaise, âgée d’une trentaine d’années.

Visiblement, l’émergence d’un Congo fort est ce qui a été combattu pendant toutes ces années.

«Ce que nous avons fait avec Laurent-Désiré Kabila, en un an, sans aucune aide extérieure, a effrayé certains pays occidentaux qui ne veulent pas voir l’émergence d’un Etat fort au Congo, croit savoir le docteur J.-B. Sondji. Un Etat fort au Congo fait peur aussi peur à certains pays africains qui jouent à la sous-traitance pour déstabiliser la RDC.»

Les derniers rapports de différentes organisations de droits de l’homme et d’enquêtes pointent le doigt accusateur vers le Rwanda, dans cette entreprise de déstabilisation de l’est du Congo, avec la complicité de quelques autochtones.

«En ces 52 ans d’indépendance, chaque Congolais doit aussi faire le bilan de son action en RDC ou de son inaction, recommande Rolain Mena. Je crois que chacun d’entre nous a sa part de responsabilité dans ce qui se passe au Congo, même si les politiques ont plus de responsabilité que les autres.»

 


Indépendance pipée d’avance  

Le mal congolais analyse le professeur Diangitukwa Fweley, docteur en science politique, remonte à l’époque de l’octroi des indépendances africaines:

«Les Belges n’ont pas donné l’indépendance aux Congolais de gaîté de cœur. Ils avaient l’intention de rattraper ce qu’ils avaient donné. Ils sont seulement partis avec les caisses de l’Etat et le gouvernement congolais a commencé à travailler sans argent. En plus, les Belges n’étaient pas partis du Congo. Ils se sont déplacés au Katanga pour y armer Moïse Tshombe et créer une rébellion pour inquiéter le pouvoir central. Et tout de suite le gouvernement a eu besoin des Belges pour faire face à la rébellion naissante et pour des raisons financières. L’indépendance a été accordée sans vraiment l’être.»

Et depuis 52 ans, cet argument n’a pris aucune ride et reste toujours d’actualité pour justifier la situation difficile actuelle que connaît la RDC.

La situation fragile du Congo en particulier, et celle des pays africains, se justifierait par un manque de leadership africain. Un cycle qui se poursuit depuis les années 60, époque où la plupart des pays ont accédé à l’indépendance.

«La situation du Congo est celle qu’a connue et que connaissent encore beaucoup des pays africains. Au moment d’accorder les indépendances, les nouveaux dirigeants à la tête des pays africains étaient des affidés, à d’anciens colons, décrypte le professeur Diangitukwa Fweley. Parmi ces nouveaux chefs d’Etat africains, il y avait des députés avec la nationalité des pays colonisateurs ets pour la plupart, mariés à leurs femmes. Ils étaient en fait des représentants du pouvoir colonial et souvent entouré d’experts originaires des pays colonisateurs. C’est ainsi que ces représentants respectaient les ordres venus des colons.»

Visiblement, estime le professeur, cette situation perdure. D’autant plus que «même Mobutu, au Zaïre, a été placé et maintenu au pouvoir par la CIA. C’est ainsi qu’il a travaillé pour ses maîtres dont il représentait les intérêts. Les nationalistes qui ont voulu travailler pour les intérêts de leurs peuples ont été assassinés. Et c’est en Afrique que l’on compte le plus grand nombre des chefs d’Etat tués pendant l’exercice de leur pouvoir», détaille encore Diangitukwa Fweley.  

Du temps du feu maréchal Mobutu, la RDC était parmi les pays faibles de la région des Grands-lacs.

«Depuis cinquante ans, le Congo peine à matérialiser pleinement son indépendance. Ses voisins violent ses frontières: le Rwanda, l’Ouganda et l’Angola envoient leurs soldats, sans se soucier de la notion de souveraineté. Au Congo, la question de l’intangibilité des frontières a perdu tout son sens.»

Plus de 50 que la situation dure, comme si la RDC était restée un éternel enfant à cet âge. Là aussi, les critiques les plus sévères sont dirigées vers les anciens colons, «les Belges», tout en oubliant le rôle des Congolais dans la clochardisation de leurs peuples.

Pour le docteur JB Sondji, «il appartient aux Congolais de repenser leur véritable Etat et les missions précises à lui confier».

Il propose aussi repenser un système politique qui convienne à la RDC, parce qu’il ne croit pas en la démocratie à l’occidentale. Sinon, ce ne sera que du rafistolage de l’Etat.
 

Jacques Matand

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Journaliste congolais, spécialiste de la région des grands lacs en afrique. Rédacteur en chef adjoint du site grandslacsTv.com.

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