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L'hôpital gynéco-obstétrique de Yaoundé où Vanessa a perdu son bébé, via Google Images.
L'hôpital gynéco-obstétrique de Yaoundé où Vanessa a perdu son bébé, via Google Images.

Cameroun: Pourquoi l'affaire du bébé volé a fait pschitt

L'affaire du bébé volé de la jeune Vanessa Tchatchou semble ne plus intéresser personne. Elle a pourtant suscité l'émoi des populations, pendant un an, au Cameroun. Explications.

Après l’émotion, l’inaction! Plusieurs mois plus tard, l’affaire du bébé «volé» est devenue le problème de Vanessa Tchatchou toute seule.

Cette jeune femme avait vu disparaître son enfant, après son accouchement dans un hôpital de Yaoundé, la capitale du Cameroun. L’affaire a suscité une vive émotion dans le pays, avant de prendre un véritable tour politico-judiciaire.

La jeune Vanessa a perdu son enfant, mais elle a gagné une gloire (au sens de reconnaissance internationale de son combat) qui n’a duré que l’instant du positionnement de certaines ONG, le temps de la satisfaction des appétits de combattants autoproclamés gardiens de la morale publique.

En effet, avant cette affaire, jamais les Camerounais ne s’étaient autant indignés. Les réseaux sociaux ont tous été en ébullition, pour ainsi dire.

Tout le monde a été comme sommé de prendre fait et cause pour la jeune adulte, au risque d’être taxé d’«insensibilité» et de sympathies coupables avec le pouvoir en place…

La photo de Vanessa était devenue un signe de ralliement. Si jeune qu’elle en est devenue si exemplaire, si exposée qu’elle en est devenue belle. Si belle que l’on s’est mis à fantasmer sur sa vie sexuelle. Au point que des journaux ayant contribué à rendre populaire sa cause ont viré leur cuti.

Vanessa Tchatchou, pendant son séjour à l'hôpital, via Goole Images.

Une fois qu’il n’y a plus eu rien à dire sur ce bébé que l’on ne retrouvait pas, on s’est mis à affabuler sur des aspects de la vie de Vanessa les plus susceptibles de faire parler ces journaux dont elle avait, malgré elle, contribué à booster les ventes.

Circulez, il n'y a plus rien à dire

La vie continue et Vanessa Tchatchou semble ne plus intéresser grand-monde. Mais cette affaire a permis de mettre en évidence de graves dysfonctionnements dans la communication du gouvernement camerounais et une absence de solidarité entre ses membres.

L’on a découvert une méconnaissance étonnante des dossiers de la part de certains ministres. Le ministre de la Communication et la ministre des Affaires sociales, par exemple, ont été abondamment moqués dans la presse, en raison de leurs balbutiements, voire de leur ignorance.

Fébrilité, mensonge... Résultat des courses: le bébé de Vanessa a été «tué» à l’hôpital gynéco-obstétrique de Ngousso (dans la périphérie de Yaoundé), par ceux qui ont voulu étouffer cette affaire, par ceux qui l’ont ressuscité et se sont saisis d’une cause dont la noblesse les dépassait.

Tant et si bien que des dividendes politiciennes ayant été satisfaites, le risque n’est plus une quatrième mort du bébé de Vanessa, mais la mort de Vanessa elle-même.

Ce n’est pas le bébé qu’on n’a jamais baptisé et dont on n’a jamais rien cherché à savoir qui a capté l’attention, mais Vanessa… Un peu comme si quand Andy et Erane (les deux cousins de sept ans disparus et retrouvés noyés dans une piscine à Eysines, dans le sud de la France) avaient disparu, l’on ne citait plus que leurs parents.

La victime principale, c’est le bébé de Vanessa. La starification de la jeune maman n’a pas forcément servi sa cause et a encore plus desservi le bébé.

Lors de l’inauguration officielle du centre sous-régional des Nations unies pour la démocratie et les droits de l’homme en Afrique centrale de Yaoundé, le 13 juin 2002, par Mary Robinson, alors Haut commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, feu Bernard Stasi, qui a fut médiateur de la République française, était présent et avait rencontré le président Biya.

Celui-ci se serait montré intéressé par la «médiature», au point de confier à son interlocuteur français que la création d’une telle institution était envisagée au Cameroun. Si cela avait été envisagé, jamais il n’en a été publiquement question.

Instrumentalisations tous azimuts

L’on a vu prospérer des initiatives particulières, comme celle de Shanda Tonme, intellectuel ethnocentriste, qui se présente comme «médiateur universel» (pas moins!) et a fait sienne la cause de Vanessa. Une cause instrumentalisée, politisée, et aujourd’hui essoufflée. Le tour de force de pourrir une cause noble avec des moyens tordus.

Shanda Tomne est si pénétré de son nouveau rôle qu’il se plaint que l’attention commune soit actuellement portée sur des affaires de corruption, au détriment de ce qui n’était, au départ, qu’un banal fait-divers. Certes, l’histoire est devenue une véritable affaire d’Etat.

Mais elle a manqué de devenir la victoire du mal sur le bien espérée par la suite. Au final, ça n’est désormais qu’une affaire judiciaire dont on doute qu’il sorte rien que l’on puisse se mettre sous la molaire.

L’affaire du «bébé volé» (c’est bien ainsi que l’on parle au Cameroun) est passée en coup de vent et il serait bien difficile de l’imposer à nouveau comme sujet de préoccupation majeur des Camerounais.

Le combat pour son bébé est le combat d’une mineure camerounaise non encore émancipée, qu’on a évincé de sa propre cause pour lui substituer discours, sentences, et feux des projecteurs.

Qu’au moins les organismes internationaux qui se créent à la suite de cette affaire daignent l’intégrer dans leur conseil d’administration. Ainsi Vanessa ne retrouvera peut-être pas son bébé, mais saura-t-elle défendre la cause d’autres mères. Vanessa est la seule qui puisse nous parler de Vanessa. Toute l’agitation alentour n’est que folklore.

Eric Essono Tsimi

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Eric Essono Tsimi

Eric Essono Tsimi est un dramaturge camerounais. Il est l'auteur de l'ouvrage Le jeu de la Vengeance (éd.Sopecam, 2004), et publie régulièrement des tribunes dans les quotidiens Mutations et Le Messager au Cameroun.

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