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Robert Mugabe lors du 32e anniversaire de l'indépendance du Zimbabwe, avril 2012 © REUTERS/Stringer
Robert Mugabe lors du 32e anniversaire de l'indépendance du Zimbabwe, avril 2012 © REUTERS/Stringer

Les cinq hommes (trop) forts du Zimbabwe

Robert Mugabe est le principal responsable de l’état pitoyable de son pays. Mais il est bien épaulé.

Mise à jour du 27 septembre 2012: Le président Robert Mugabe souhaite organiser des élections législatives et présidentielle en mars, qui pourraient permettre au Zimbabwe de mettre un terme à une crise politique qui dure depuis les violences électorales de 2008.

Selon la "feuille de route" de la SADC (Communauté d'Afrique australe) pour le Zimbabwe, ces élections doivent être précédées de l'adoption par référendum d'une nouvelle constitution.

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Pour célébrer ses 88 ans, en février 2012, Robert Mugabe a eu droit à cinq énormes gâteaux, à un tournoi de football surnommé la «Bob 88 Super Cup» et à un concours de beauté.

«Un jour viendra où je tomberai malade», a confié Mugabe à Radio Zimbabwe, rapporte l’AFP. Pour l’instant, je me porte comme un charme.»

Botox, injections de vitamines et teintures de cheveux aidant, Mugabe a l’air encore parfaitement fougueux: pas plus tard que la semaine dernière, il écrasait encore des civils avec son cortège de voitures et emmenait une escorte démesurée à la conférence des Nations unies sur le développement durable à Rio de Janeiro, Brésil.

Pendant ce temps, le Zimbabwe clopine tant bien que mal, son économie brisée et son gouvernement à peine apte à fonctionner. Mais si Mugabe continue d’être au centre de toute l’attention internationale, il ne peut être tenu pour seul responsable des troubles que connaît son pays. Voici une liste de cinq personnes à qui imputer une partie des responsabilités.

1 - Emmerson Mnangagwa

Également appelé «Ngwena» ou «le Crocodile» pour sa brutalité notoire, Mnangagwa est le ministre de la Défense du Zimbabwe et le favori actuel pour la succession de Mugabe.

Vétéran de la guérilla contre les Britanniques, Mnangagwa, qui dirigea la police secrète dans les années 1980, aurait à cette époque organisé le massacre d’environ 20.000 civils de l’ethnie des Ndébélés par une unité militaire entraînée en Corée du Nord.

Le groupe d’activistes Sokwanele dit de lui que c’est «peut-être le seul personnage du Zimbabwe à inspirer davantage de terreur que le président Mugabe».

Plus récemment, Mnangagwa a été directeur des procédures électorales pendant le violent deuxième tour des élections de 2008, lors duquel des voyous du parti au pouvoir, le Zimbabwe African National Union-Patriotic Front (Zanu-PF), ont mené une campagne d’intimidation sanglante contre les supporters de l’opposition.

En avril 2012, The Sunday Telegraph a dévoilé l’existence d’un pacte secret: Mugabe aurait promis à Mnangagwa qu’il en ferait son héritier, s’il lui assurait la victoire au second tour des élections.

Pour Mnangagwa, ce ne sont que des rumeurs visant à attiser les conflits entre les partis. Mais à en croire les analystes politiques du Zimbabwe, «le Crocodile» se bât âprement dans les luttes de pouvoir qui font encore rage à l’intérieur du Zanu-PF.

Mnangagwa est aussi extrêmement impliqué dans la construction de la Robert Mugabe National School of Intelligence, académie militaire près de Harare, la capitale, rapportait l'année dernière le journal le Zimbabwean.

Bâtie par une entreprise de construction chinoise, cette académie est financée par un prêt chinois de 98 millions de dollars, financé par un accord diamantaire avec la société chinoise Anjin Investments.

Mnangagwa a récemment admis l’implication de l’armée zimbabwéenne dans le commerce des diamants, en confiant à un public universitaire à Gweru que l’armée avait passé des accords avec des entreprises diamantaires chinoises et russes pour contrecarrer les sanctions occidentales.

2 - Saviour Kasukuwere

En tant que ministre de l’indigénisation et de l’autonomisation, Kasukuwere supervise la célèbre loi de 2010 qui oblige les compagnies étrangères à céder 51% de leurs parts à des Zimbabwéens noirs.

Ce programme d’indigénisation a fait de Kasukuwere, 41 ans, le plus jeune ministre du Zanu-PF, «une étoile montante de la politique», selon le Times d’Afrique du Sud. Il a juré d’intensifier le programme, expliquant que cela donnerait un bon coup de pouce à Mugabe pour les prochaines élections.

Kasukuwere, qui en avril 2012 a bizarrement déclaré au Newsday du Zimbabwe être «le Hitler de notre époque», fait de son mieux pour terrifier des investisseurs étrangers déjà nerveux.

Il a annoncé que le gouvernement avait pris de façon unilatérale le contrôle d’un nombre de mines non précisé et menaçait de s’emparer d’une autre, propriété de l’entreprise sud-africaine Impala Platinum, sans offrir la moindre compensation.

Kasukuwere a déclaré qu’il était en quête de justice pour son peuple et voulait la restauration des droits aux ressources nationales. «Si c’est ça être Hitler, alors je veux bien valoir dix Hitler», a-t-il confié à Newsday.

3 - Morgan Tsvangirai

De nombreux Zimbabwéens accordent au Premier Ministre Morgan Tsvangirai, ancien leader d’opposition devenu partenaire de la coalition de Mugabe, le mérite d’avoir contribué à apporter une paix et une stabilité relatives au pays.

Mais ses détracteurs avancent que la stabilité du pays ne lui doit rien et évoquent plutôt l’adoption par le Zimbabwe du dollar américain et l’augmentation de l’aide étrangère. Les ministères du gouvernement de coalition fonctionnent à peine et peu des réformes décidées lors de l’accord de partage du pouvoir ont été mises en place.

Dans un câble diplomatique rendu public, l'ambassadeur américain Charles Ray a déclaré, fin 2009, que le parti dirigé par Tsvangirai, le Movement for Democratic Change (MDC), manquait de vision stratégique.

Tsvangirai s’est marié à la fille d’un haut responsable du Zanu-PF, et si l’amour est aveugle, c’est tout de même un choix curieux étant donné les perpétuels désaccords entre le parti de Mugabe et le MDC de Tsvangirai.

Feu son épouse, Susan, morte dans un accident de voiture, moins d’un mois après l’accession de Tsvangirai à la fonction de Premier Ministre en 2009, fut saluée comme «une mère de la nation».

Les Zimbabwéens se demandent pourquoi Tsvangirai se marie avec une membre du Zanu-PF, parti qui a brutalisé des milliers de partisans du MDC.

4 - Obert Mpofu

Mpofu, le ministre des Mines, contrôle d’une main ferme la Zimbabwe Mining Development Corporation (ZMDC), propriété de l’Etat, compagnie qui contrôle les champs de diamants de Marange, à l’est du Zimbabwe—où l’on estime que se trouvent 25% des diamants du monde.

Pourtant, seule une infime fraction des revenus des diamants ne tombe dans les coffres de l’Etat, et on évoque de la contrebande à grande échelle et des pillages des richesses de Marange.

Le ministre des Finances, Tendai Biti, a déclaré qu’il n’avait reçu que 122 millions de dollars de revenus des diamants en 2012, argent absolument indispensable pour financer des projets gouvernementaux, alors que la valeur de la production nationale en pierres précieuses se monte à 334 millions de dollars.

Mpofu, qui s’autoproclame «le fils toujours obéissant de Mugabe» et entretient des liens étroits avec Beijing, a bien du mal à expliquer d’où lui vient sa soudaine fortune.

5 - Jacob Zuma

Le président sud-africain Zuma est censé faciliter les discussions sur la crise politique au Zimbabwe. Après les désastreuses élections de 2008, un bloc régional appelé Southern African Development Community a nommé Zuma médiateur pour le dialogue entre le Zanu-PF et le MDC. Les Zimbabwéens espéraient que Zuma réussirait à faire rendre des comptes à Mugabe.

Mais Zuma est très critiqué pour son manque absolu de progrès.

«Des révolutions se sont organisées et déroulées, et des élections ont été tenues ou sont prévues en Tunisie et en Egypte et pendant ce temps, M. Zuma est encore en train d’essayer d’organiser une élection», déplorait le Zimbabwean en avril 2012. «M. Zuma devrait aussi comprendre que ces tergiversations sur des réformes déjà décidées ont un coût en vies humaines au Zimbabwe.»

Zuma, qui doit depuis longtemps se rendre à Harare pour rencontrer des dirigeants du gouvernement d’unité, semble accaparé par des manœuvres politiques chez lui, en prévision d’une conférence cruciale de l’African National Congress, à la fin de cette année.

Une porte-parole de l’équipe de médiation sud-africaine a décrété que Zuma n'était pas là pour faire du «baby-sitting» du processus. Zuma appelle à la patience, mais avec les élections qui approchent, l’intensification de la violence politique et le pays qui va droit à la faillite, il n’y a plus de temps à perdre.

Robert Mugabe, quant à lui, semble en meilleure forme que jamais.

Erin Conway-Smith

Traduit par Bérengère Viennot

Foreign Policy

 

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