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Supportrice de Mohammed Morsi au Caire le 24 juin 2012. Reuters/Amr Dalsh
Supportrice de Mohammed Morsi au Caire le 24 juin 2012. Reuters/Amr Dalsh

Egypte: vers une démocratie islamiste?

L’arrivée au pouvoir des Frères musulmans provoque de nombreuses inquiétudes.

Mise à jour du 8 juillet 2012: Mohammed Morsi a annulé la dissolution du parlement, prononcée par le Conseil supérieur des forces armées, avant que le nouveau président égyptien n'entre en fonction, le 30 juin dernier.

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C’est officiel: les Frères musulmans dirigent l’Egypte. Après plusieurs mois de tension, durant lesquels le Conseil suprême des Forces armées (CSFA) a tenté plusieurs fois de reprendre le contrôle des différents leviers du pouvoir, la Commission électorale égyptienne a annoncé, lundi 25 juin, l’élection de Mohammed Morsi, le candidat des Frères musulmans, comme président de l’Egypte.

Durant l’élection, le CSFA a assuré à ses interlocuteurs américains qu’il voulait rapidement remettre le pouvoir à quiconque serait élu. Mais le Conseil a aussi soutenu un décret qui le rend arbitre de la Constitution (qui reste encore à être rédigée) et détenteur des pouvoirs parlementaires, jusqu’à ce qu’un nouveau Parlement puisse être élu (les tribunaux égyptiens ont dissous le Parlement, provoquant l’inquiétude au sujet d’une collusion entre l’armée et le système judicaire).

L'armée, un rempart contre l'islamisme

Un fait est révélateur du tumulte vécu par l’Egypte depuis que des manifestants ont chassé du pouvoir Hosni Moubarak: élire un président islamiste semble un résultat un peu moins inquiétant que l’élection d’une alternative laïque qui représente «la bureaucratie» corrompue qui a submergé l’Egypte durant trente ans, à cause de Moubarak et de sa clique militaire.

Moubarak a assuré que sans sa «main de fer», les djihadistes radicaux s’empareraient de l’Egypte. L’administration américaine, républicaine ou démocrate, était en accord avec lui, ou avait en tout cas assez peur pour en faire le moins possible pour atténuer sa mainmise.

Parfois, un discours sur l’inéluctabilité de la démocratie, une autre fois, un financement modeste de parti politique…mais ni les Républicains ni les Démocrates n’ont relayé nos valeurs universelles en Egypte.

Les islamistes à l'épreuve du pouvoir

Les présidents américains, républicains ou démocrates, n’ont pas voulu prendre le risque de changements malvenus en Egypte, comme ceux apportés par les élections en Palestine, où le parti élu est celui qui a amené la violence en politique.

Mais les Frères musulmans en Egypte ne sont pas le Hamas à Gaza. Même à Gaza, le Hamas a perdu une part significative du soutien populaire à cause de son incapacité à gouverner.

La volonté d’avoir des rues sûres, de bonnes écoles, et des réseaux d’égouts qui fonctionnent constitue la vérité universelle grâce à laquelle la démocratie peut atténuer l’extrémisme.

Tant à Gaza qu’en Egypte, les partis islamistes sont tenus pour responsables, pas seulement de l’idéologie mais aussi pour la gouvernance. C’est ce qui explique la chute de popularité des Frères musulmans en Egypte, après leur victoire aux élections législatives au printemps 2012.

Les électeurs égyptiens ont été déçus par leur inefficacité, par leurs mensonges lorsqu’ils se sont engagés à avoir un gouvernement de coalition puis en prenant le pouvoir quand cela a été possible, par leur déclaration disant qu’ils ne présenteraient pas de candidat à l’élection présidentielle, puisqu’ils contrôlaient le Parlement, puis en présentant finalement un candidat à la présidentielle.

Les électeurs mettent en doute leurs mesures et leur en veulent à cause de leurs revirements. Une très grande part de la popularité des candidats des Frères musulmans provenait de leur opposition durant les années Moubarak.

Ils ont l’air d’avoir les mains propres, et c’est un énorme avantage politique alors que l’Egypte se dégage de l’emprise sordide du système de favoritisme de Moubarak. Cela a été suffisant pour remporter l’élection présidentielle, un constat accablant du rejet des militaires «laïques».

Les Frères musulmans et la démocratie

L’arrivée au pouvoir des Frères musulmans provoque de nombreuses inquiétudes. Ils ont été profondément anti-américains. Ils veulent réformer les bases de la société en utilisant la loi coranique comme fondation. Ils sont profondément mal à l’aise avec les mœurs occidentales, particulièrement en ce qui concerne les droits des femmes et les minorités religieuses.

Mais cela ne signifie pas que les Frères musulmans seront contre la démocratie. En fait, ils se sont montrés plus démocratiques que le CSFA depuis la chute de Moubarak. Il y a peu de signes encore indiquant qu’ils n’accepteraient pas de jouer selon les règles —le CSFA était pourtant plus susceptible d’amener le système «un homme, un vote, une fois» que les Frères musulmans.

La transition égyptienne est profondément désordonnée. Mais le processus et les vainqueurs amènent à se poser des questions quant au niveau d’inquiétude que peuvent avoir les Américains en ce qui concerne l’engagement des Egyptiens envers la démocratie.

Mais le gouvernement représente toujours l’instance sur laquelle nous devons parier, et à qui nous devons offrir notre aide. 

Kori Schake, (Traduit par Sandrine Kuhn)

Foreign Policy

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Pour plus d'infos: le Blog Nouvelle du Caire


 

Foreign Policy

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