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L'équipe de France avant les quarts de finale face à l'Espagne, Euro 2012. © REUTERS/Yves Herman
L'équipe de France avant les quarts de finale face à l'Espagne, Euro 2012. © REUTERS/Yves Herman

Il faut privilégier les Bleus évoluant en France

L’Afrique francophone compte de nombreux fans de l’équipe de football de France. Ils se disent déçus de la prestation des Bleus à l’Euro 2012 et de leur attitude envers les supporteurs.

Mise à jour du 1er juillet 2012: Le sélectionneur Laurent Blanc ne souhaite pas être reconduit à la tête de l'équipe de France de football au terme de son contrat qui est arrivé à expiration le 30 juin, annonce la Fédération française de football (FFF), dans un communiqué publié par Reuters.

L'avenir de l'entraîneur âgé de 46 ans, nommé en juillet 2010 après la Coupe du monde en Afrique du Sud, était en suspens depuis l'élimination des Bleus en quarts de finale de l'Euro 2012 contre l'Espagne il y a une semaine.

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Les Français et les supporteurs africains de l’équipe de France s’attendaient à retrouver leurs champions tout au moins dans le dernier carré de l’Euro 2012. Mais ils ont été déçus. Et ce n’est que pur euphémisme.

Après sa défaite face à la Suède par le score de deux buts à zéro et sa qualification par défaut, tout le monde se prenait à espérer que cette défaite leur servirait de leçon pour un sursaut d’orgueil. Il n’en a rien été.

Bien au contraire, leur match insipide et dépourvu de hargne face à l’Espagne a confirmé les craintes auxquelles tous les supporteurs ne voulaient pas oser penser. Résultat une cinglante défaite par le score de deux buts à zéro, encore une fois.

Mais, c’est moins la défaite que le peu d’engagement, d’ambition et de détermination dans le jeu qui aura le plus déçu, ici en Afrique.

Contre l’Espagne dont le jeu n’était non plus des meilleurs, beaucoup de supporteurs attendaient mieux de la France. A l’image de l’Angleterre, battue par l’Italie, mais après des prolongations et des tirs au but.

L’Angleterre est certes sortie de la suite de la compétition de la Coupe d’Europe de football 2012. Néanmoins, elle aura livré un baroud d’honneur. Et cela jusqu’au bout.

Pire, le comportement quasi dédaigneux des Bleus devant un petit groupe d’inconditionnels à leur retour en France, a du mal à être supporté par de nombreux supporteurs africains.

«Je ne suis pas content de l’équipe de France»

David Tessingou, un habitant de Cotonou, la capitale béninoise, ne cache pas sa déception:

«L’équipe de France m’aura déçu jusqu’au bout, y compris par leur attitude face aux supporteurs à leur retour en France. Maintenant que l’équipe de France est éliminée, je n’ai plus d’équipe à supporter. Entre l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne et le Portugal, je ne me retrouve vraiment pas. Que le meilleur gagne!»

Même constat pour Norbert Kouagou, un autre supporteur.

«Hormis M’Vila, Diara et Laurent Blanc, les autres sont partis du Bourget comme des clandestins en France, sans un regard pour ces supporteurs qui les ont attendus, en dépit de leur défaite qui devait les obliger à plus d’humilité et de reconnaissance à ces supporteurs.»

Ce sentiment est largement partagé en Afrique francophone, où l’on a une propension quasiment naturelle à soutenir les Bleus.

Au lendemain de leur élimination de la compétition, de nombreux Africains se posent beaucoup de questions sur les contre-performances que la sélection nationale française enregistre depuis son exploit en Coupe du monde de 1998.

«Il faut privilégier les joueurs locaux»

Ce qui fait débat au sein de certains supporters béninois de l’équipe de France reste la façon dont la France effectue sa sélection. Quand on sait que le pays regorge de talents, la question est de savoir s’il faut toujours recourir à des joueurs évoluant dans des clubs à l’étranger, aussi prestigieux soient-ils.

A ce propos, Patrick Martin, un Français résidant au Bénin déclare:  

«J’ai l’impression que ça leur fait chier de venir jouer pour la sélection nationale. On ne peut pas dire qu’il n’y a pas onze joueurs dans la première division en France pour faire une bonne équipe nationale, au lieu de faire venir des gens qui gagnent des fortunes à l’étranger et qui ne s’engagent pas à fond. Cela aura l’avantage déjà d’avoir les joueurs disponibles sur place et qui évoluent dans le même championnat pour faire une osmose.»

Même en Afrique où l’on reconnaît l’apport des professionnels évoluant en Europe, cette idée fait de plus en plus son petit bonhomme de chemin.

Et les Africains ne comprennent pas qu’à l’intérieur d’un pays comme la France qui a déjà un championnat national de qualité, on veuille coûte que coûte s’attacher les services des joueurs évoluant hors de la France.

Nangoudoua Kopa, ancien footballeur du club Flèche Noire de Tanguiéta au Bénin, surnommé du nom du célèbre Raymond Kopa, pense que le cas de l’Afrique n’est pas comparable à celui de la France:

 «Je pense qu’il faut dorénavant privilégier les joueurs locaux même en Afrique. Quitte à déployer les moyens qu’il faut pour les mettre au diapason des exigences des compétitions internationales. La France a beaucoup de talents qui évoluent en première division pour avoir besoin de recourir tout le temps à ceux qui jouent à l’étranger. Cela ferait non seulement des économies substantielles de budget mais également plus de cohésion pour des joueurs qui évoluent en France et qui se sentiraient le devoir de donner le meilleur d’eux-mêmes. Je ne suis pas Français. Mais c’est mon avis et je le partage. Car je ne suis pas content de l’équipe de France que j’ai vue à l’Euro 2012.»

En ce qui concerne le sort de l’entraîneur, Laurent Blanc, plusieurs supporters africains pensent que la décision de le reconduire ou non est une question de «souveraineté» de la Fédération française de football et ne veulent pas oser se prononcer là-dessus. En raison de la fameuse affaire qui avait ébranlé cette fédération, quant à la trop grande présence de noirs et de Maghrébins dans l’équipe de France.

Tout ce qu’ils attendent, c’est une équipe de France qui, dorénavant, gagne et les fasse vibrer. Le reste appartient aux Français.

Marcus Boni Teiga

 

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Marcus Boni Teiga

Ancien directeur de l'hebdomadaire Le Bénin Aujourd'hui, Marcus Boni Teiga a été grand reporter à La Gazette du Golfe à Cotonou et travaille actuellement en freelance. Il a publié de nombreux ouvrages. Il est co-auteur du blog Echos du Bénin sur Slate Afrique.

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