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La Guinée fête 60 ans d'une indépendance mouvementée

Premier pays d'Afrique subsaharienne à avoir obtenu son indépendance de la France, la Guinée fête mardi ses 60 ans de souveraineté, dans un contexte de contestation politique et sociale.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes, essentiellement des jeunes, se sont massés au stade du 28-Septembre de Conakry dès le début de la journée, en attendant dans une ambiance festive l'arrivée du président Alpha Condé et de ses hôtes, dont une dizaine de chefs d'Etat africains.

Après un dépôt de gerbe à la "place des martyrs" de la résistance à la colonisation française, M. Condé, en boubou et bonnet blancs, s'est rendu au stade, décoré de fleurs aux couleurs de la Guinée et de portraits des "pères fondateurs du panafricanisme", dont il a fait le tour en véhicule militaire ouvert avant de rejoindre ses hôtes dans la tribune officielle.

Parmi eux figuraient les présidents sénégalais Macky Sall, mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, malien Ibrahim Boubacar Keïta, burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, tchadien Idriss Déby Itno, congolais Denis Sassou Nguesso, gabonais Ali Bongo Ondimba, togolais Faure Essozimna Gnassingbé, ghanéen Nana Akufo-Addo et libérien George Weah.

La cérémonie, ouverte par des chants et percussions traditionnels, s'est poursuivie par un défilé civil et militaire. Elle devait s'achever par un lâcher de "60 colombes de la paix".

La Guinée est devenue le premier pays d'Afrique subsaharienne à obtenir sa souveraineté de la France, après avoir voté non le 28 septembre 1958 au référendum instituant une "communauté" franco-africaine, proposée par le général De Gaulle.

Cette volonté d'émancipation a valu à Conakry des relations longtemps difficiles avec Paris, en particulier sous Ahmed Sékou Touré, proche du bloc socialiste, qui a dirigé le pays d'une poigne de fer de l'indépendance à sa mort en 1984, auquel Alpha Condé a rendu un "hommage particulier" dans un discours à la nation lundi soir.

Il "a géré nos premières années d'existence étatique dans le difficile contexte de la décolonisation et de la Guerre froide", a souligné le président guinéen, qui a insisté sur la nécessité de la "réconciliation nationale" dans un pays où se recoupent souvent divisions ethniques et politiques.

Ancien opposant, Alpha Condé est devenu en 2010 le premier président démocratiquement élu de ce pays d'Afrique de l'Ouest, régi jusqu'alors par des pouvoirs autoritaires, voire dictatoriaux.

- 'Voie de l'émergence' -

Comme souvent en Guinée, le climat politique s'est tendu ces dernières semaines, avec la destitution par les conseillers de la Cour constitutionnelle de leur président, Kéléfa Sall, notoirement en froid avec le chef de l'Etat.

M. Condé, dont le deuxième mandat s'achève en 2020, a souvent contesté la pertinence de la limitation du nombre de mandats en Afrique, alors que lors de sa dernière prestation de serment, M. Sall l'avait mis en garde contre la tentation de toucher à la Constitution.

Sur le front social, le Syndicat libre des enseignants et chercheurs de  Guinée (SLECG) a maintenu son mot d'ordre de grève pour mercredi, jour de la rentrée des classes, malgré des négociations avec le gouvernement qui n'ont pas abouti.

Selon le syndicat, le gouvernement n'a pas respecté un accord de revalorisation salariale conclu en mars, qui a mis fin à un mois de grève dans l'enseignement. 

"La Guinée figure désormais parmi les pays engagés résolument sur la voie de l'émergence", a assuré M. Condé dans son discours, alors que la croissance du PIB pour 2017, estimée à 10 %, devrait retomber à 6 % en 2018, selon les institutions financières internationales.

Au sein de la population, les avis sont partagés sur les perspectives du pays.

"On se pose encore la question: +Quand est-ce que la Guinée va se développer, quand est-ce que la Guinée pourra sortir de cette pauvreté?+", a affirmé à l'AFP Younoussa Naby Sylla, un fonctionnaire, espérant l'avènement d'un "autre régime".

"Aujourd'hui, les gens peuvent librement sortir et faire ce qu'ils veulent", estime au contraire un enseignant, Abdoul Karim Diallo, saluant "une jeunesse qui a pris conscience de son niveau, de son état et qui compte vraiment faire changer les choses".

De leur côté, les organisations de défense des droits de l'Homme mettent en garde contre les retards pris dans l'organisation de procès hautement symboliques, comme celui du massacre du stade du 28-Septembre, et insistent sur le respect des populations et de l'environnement dans le développement du pays.

Le 28 septembre 2009, des militaires avaient tué au moins 157 personnes et violé 109 femmes, dans ce stade où étaient rassemblés des milliers d'opposants à la candidature à l'élection présidentielle du chef de la junte de l'époque, Moussa Dadis Camara, selon une commission internationale d'enquête de l'ONU.

Malgré la richesse de son sous-sol, notamment en bauxite, or, diamant et minerai de fer, plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, avec moins d'un euro par jour, selon l'ONU.

AFP

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