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Etendard d'Ansar Dine sur la route de Kidal au Nord du Mali, 18/06/2012, REUTERS/Stringer
Etendard d'Ansar Dine sur la route de Kidal au Nord du Mali, 18/06/2012, REUTERS/Stringer

Mali: De qui se moquent les rebelles islamistes?

La mise application stricte de la loi islamique en plein contexte de négociations illustre la volonté des islamistes de rester sur ses positions.

Flagellés publiquement de cent coups de fouets et contraints à se marier pour avoir eu ensemble un enfant avant leur mariage. Ainsi se résume, regrettablement, le sort qu’ont subi, le mercredi dernier, Hamaradane et Zebou, deux jeunes fiancés du Nord du Mali.

L’organisateur et exécutant de ces scènes pour le moins anachroniques, rétrogrades et qui rament à contre-courant de l’évolution de l’histoire et des droits de l’Homme, n’est personne d’autre qu’Ansar Dine. Le même groupe islamiste que le médiateur de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) dans la crise malienne a personnellement reçu, dans son palais présidentiel, les porte-paroles.

Un médiateur trop permissif

Il aurait voulu faire un pied de nez à la médiation qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Alors que la diplomatie burkinabè déploie tout son savoir-faire pour trouver une solution pacifique au conflit, allant même jusqu’à recevoir dans ses prestigieux appartements des individus non fréquentables, ceux-ci préfèrent gagner du temps dans la mise en œuvre de leurs projets contestés.

Il est évident que le président Blaise Compaoré joue dans une certaine mesure l’image de son rôle de médiateur dont un des principes le plus important consiste à ne négliger aucun acteur impliqué dans la crise.

Là où le conciliateur expérimenté a cependant prêté le flanc, c’est de n’avoir peut-être pas été ferme, publiquement ou officiellement en tout cas, avec les rebelles maliens reçus à Ouagadougou. Même en matière de négociations, il y a tout de même des points sur lesquels l’on ne saurait transiger et l’application aveugle de textes comme les lois religieuses en fait partie.

L’on a donc du mal à comprendre que le locataire du palais de Kosyam, qui sait pertinemment que le seul but que vise le combat d’Ansar Dine est l’application de la charia dans un pays laïc, démocratique et multiculturel, ait accepté de s’asseoir à la même table de négociation avec ses émissaires sans avoir posé comme préalable que ces derniers renoncent à leur projet moyenâgeux.

Les premières déclarations de ces extrémistes à l’issue de leur entrevue avec les autorités burkinabè étaient du reste révélatrices du fait qu’ils aient été trop caressés dans le sens du poil. Ils ne se sont pas gênés de rappeler avec une insistance déconcertante qu’ils ne renonceraient pour rien au monde à l’application de la charia au Nord-Mali.

Les rebelles sont incorrigibles

Le groupe islamiste dont des membres ont même revendiqué la parfaite communauté de vues et de pratiques avec Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) a ainsi voulu donner un message clair à la médiation et au monde entier. Il entend s’affirmer comme le véritable maître du Nord malien sur lequel il compte régner à sa guise.

Et pour donner de la force à son signal, il a choisi de flageller publiquement un couple «non en règle» vis-à-vis de la charia et de médiatiser son châtiment pour que cela serve d’exemple. Sans aucun égard pour l’opinion des populations de la zone concernée qui comptent pour du beurre sous un soleil sahélien, voire un paillasson juste bon pour s’essuyer les sandales.

C’est vraiment peu de dire que l’on a touché le fond dans la partie nord du Mali où le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) a, lui aussi, matérialisé la partition du territoire en créant l’Etat dont il a toujours rêvé.

Plus que de la dictature, c’est à une voyoucratie organisée, un terrorisme déguisé que se livrent ces deux mouvements rebelles qui avaient usurpé l’apparence de structures aptes à raisonner pour se faire de la publicité gratuite avec la bénédiction de la médiation.

C’est à peine si Ansar Dine n’a pas réussi, nonobstant la poursuite des négociations, à mettre le Nord-Mali dans une boîte de sardine, sous coupe réglée.

Faut-il encore poursuivre le dialogue?

C’est également tout comme si cette localité avait été décrétée zone exclusivement réservée aux islamistes et donc formellement interdite aux musulmans modernes et autres chrétiens. Les deux mouvements se sont visiblement inscrits dans une course à la maîtrise de la zone, l’échec de leur tentative de fusion ayant creusé davantage l’abîme qui les séparait. Leurs masques sont en tout cas définitivement tombés.

 L’on se demande ce que fera à présent le médiateur devant une telle situation. Sera-t-il disposé à poursuivre le dialogue aux vertus duquel il croyait légitimement? Ou jettera-t-il l’éponge pour s’aligner sur la position des partisans de la méthode forte?

Il serait en tout cas étonnant qu’avec cette nouvelle donne imposée par l’évolution de la situation, il ait encore affaire à des acteurs animés d’une volonté de trouver une solution pacifique.

Quoi qu’il en soit, le président Compaoré devra prendre bonne note de ce que sont réellement les fanatiques, islamistes, séparatistes et autres extrémistes. De vrais caméléons prêts à changer de couleur à tout moment et dont l’inconstance n’a d’égal que le caractère irrationnel de leurs revendications.

Que les communautés africaine et internationale ne l’oublient jamais et en tiennent compte dans leurs futures relations avec ces occupants illégaux du Nord-Mali dont ils doivent à tout prix et en urgence débarrasser les populations maliennes!

Le Pays

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