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Maroc - Chlihate, ou le pourrissement d'un conflit anodin...

Un banal conflit foncier opposant une société étrangère aux habitants du village marocain de Chlihate a dégénéré en de violentes confrontations avec les forces de l'ordre pendant près d'un mois. 

L'équation est pourtant simple:

Les acteurs:

- Une entreprise rizicole espagnole, Rivera del Arroz, dont l'exploitation qui fait au total près de 4.000 hectares est implantée dans le nord, près du douar —village— de Chlihate.

- Les 400 habitants de Chlihate.

L'enjeu:

L'utilisation de 180 mètres carrés, que l'entreprise loue légalement à l'Etat marocain. L'exploitation fait au total près de 4.000 hectares.

Le problème:

«D’un commun accord, la compagnie avait laissé 180 mètres carrés de la totalité de la surface hors de toute exploitation: une parcelle qui la sépare du douar et qui profite aux troupeaux de moutons ou de vaches des habitants», explique une responsable locale, citée par le site d'information marocain Yabiladi.

Oui, mais voilà. Depuis le 14 mai, continue Yabiladi, Rivera del Arroz a décidé de recommencer à utiliser cette petite parcelle. Sans concertation. Une décision qui n'a pas été appréciée par les habitants de Chlihate, qui ont immédiatement décidé de réagir.

D'abord en s'installant sur le terrain, afin d'empêcher l'entreprise de le labourer. Rivera del Arroz ne l'entendant pas de cette oreille, le sit-in tourne rapidement à la confrontation directe entre les différentes parties, et fait même des blessés, comme le rapporte la chaîne de télévision française France 24 dans un reportage très documenté et paru le 20 juin.

Si bien que le ministère de l'Intérieur marocain envoie finalement du renfort, pour faciliter le travail de l'entreprise espagnole. D'après des témoins cités par France 24, près de 1.500 hommes auraient été envoyés.

«L’Association marocaine des droits humains (AMDH), dont des militants se trouvent sur place, fait état d’une centaine de blessés. Elle ajoute par ailleurs que ces derniers jours des policiers ont pénétré de force dans les habitations des villageois et que des commerces ont été saccagés», poursuit France 24.

Pour le quotidien arabophone Al Ahdat al maghribiya, dans un éditorial traduit par le portail marocain PanoraMaroc, cette histoire est symptomatique du mal dont souffre le pays:

«Il aurait été plus logique, et plus sain, que les autorités soient plus à l’écoute des gens afin de trouver des solutions acceptables à leurs doléances, et il aurait été meilleur que les mêmes autorités fassent preuve d’anticipation de ces problèmes afin d’éviter une escalade qui compliquerait les choses comme cela a été le cas cette fois encore.»

Ce n'est, en effet, pas la première fois que de tels conflits, à l'équation pourtant simple, dégénèrent ainsi, au lieu d'être pris à la racine, et réglés par la médiation, conclut Al Ahdat al maghribiya.

Le retour au calme dans le village de Chlihate, s'il s'est effectué depuis peu, reste précaire.

Lu sur France 24, Yabiladi, PanoraMaroc et Al Ahdat al maghribiya

 

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