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RDC - Ces pasteurs qui n'exorcisent pas les «enfants sorciers»

Ceux-là ne voient pas le diable en eux. A Lubumbashi, capitale de la province du Katanga, dans le sud-est de la RD Congo, des pasteurs ont décidé de prendre la défense des enfants dits «sorciers».

A la différence de certains de leurs homologues, qui infligent des séances d'exorcisme excessives, ces pasteurs ont décidé de ne pas participer de la stigmatisation de ces enfants, révèle Syfia Grands Lacs.

Depuis deux ans, ils mènent une campagne d’information et de sensibilisation pour protéger les enfants accusés de sorcellerie.

«C’est pas sorcier de protéger un enfant» peut-on lire sur les T-shirt que fait imprimer Thomas Kalomba, pasteur de la 31ème communauté presbytérienne au Congo, qui prêche à ses fidèles et dans son quartier des leçons sur les droits de l’enfant.

Jusqu’ici certains hommes d’églises congolais s’étaient fait connaître en tant qu’inquisiteurs de ces petits. Dans une culture où l’on cherche souvent une raison mystique à tout, leur autorité morale joue lorsqu’ils les indexent comme étant la cause du malheur d’un membre de la famille.

Pire, ils s’en font les tortionnaires au cours de séances de «délivrance» qui durent des jours, des semaines, voire des mois pendant lesquels les infortunés sont livrés à leur merci.

C’est ce dont témoigne une infirmière dans un centre de santé:

«Nous avons reçu une fille d’une dizaine d’années dans notre centre. Tout son visage était brulé par l’eau chaude qu’un pasteur lui aspergeait la nuit.»

Poursuivi par la justice, le pasteur responsable de ces actes soutenait que «la fille était brûlée par le feu de Dieu.»

Pour Jean Monzambe, pasteur de l’Eglise du Christ au Congo, «ces milliers d’enfants accusés de sorcellerie ne sont que des boucs émissaires de la société. Frappées par le chômage, le deuil, l’accident, la pauvreté…, des familles trouvent à travers eux, avec la bénédiction des pasteurs, une échappatoire à leurs malheurs.» 

Du coup, «nous nous conscientisons sur le respect de la déontologie pastorale. Quel que soit l’état de l’enfant, un homme d’église a la mission de l’amener à Dieu et non d’en faire un fonds de commerce», affirme le pasteur Mbenga Thithy, responsable d’une Eglise du réveil à Lubumbashi.

Lu sur Syfia Grands Lacs

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