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Nadine Morano, Paris janvier 2012. © REUTERS/Charles Platiau
Nadine Morano, Paris janvier 2012. © REUTERS/Charles Platiau

L'âme noire de Nadine Morano

Le dramaturge et écrivain camerounais Eric Essono réagit à la récente sortie médiatique de l’ancienne ministre française Nadine Morano qui a maladroitement tenté de se défendre d’accusations de racisme.

Mise à jour du 29 juin: L'ex-ministre UMP Nadine Morano, dépose le 29 juin "plainte au tribunal" contre l'imitateur Gérald Dahan, qui l'a piégée dans un canular, et un recours au Conseil constitutionnel pour demander l'annulation de l'élection législative où elle a perdu son siège.

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J’ai d’abord cru à un détournement, à une caricature, si abondants dans les réseaux sociaux. C’est presque sans m’y arrêter que j’ai vu déferler la vague de caricatures qui ont suivi la déclaration de Nadine Morano, dans une émission de France 5. D’autant que, j’avais suivi l’émission en direct et la bourde, si tant est qu’elle en soit une, m’avait échappé.

L’ancienne députée française, ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, explosée aux législatives (par un candidat socialiste), et pour cause, sa circonscription était «un champ de mines», suscite encore l'étonnement.

Ce qui lui est reproché, c’est d’avoir déclaré:

«J'ai des amis qui sont justement arabes, et (…) ma meilleure amie (…) est Tchadienne, donc plus noire qu'une arabe.»

Faut-il en rire ou en pleurer?

D’abord, il est tout à fait possible d’avoir des amis tchadiens, de le revendiquer et d’en tirer un motif de fierté. Il est ensuite logique d’en déduire («donc») que la Tchadienne en question est noire, parce que ça n’est pas ce qu’il y a de plus courant, les Tchadiens blancs. Et il est enfin normal d’établir une comparaison («plus que») qui n’est que le reflet du racisme le plus ordinaire qui a cours en France: celui qui consiste à considérer les arabes comme une race ou appeler l’antisémitisme un «racisme».

Les noirs ne sont donc pas une race, et le mot race n’a qu’une connotation idéologique. Scientifiquement, il ne vaut rien, cela a été dit et très amplement argumenté par des savants. Au reste, il y a peu, François Hollande, alors candidat, avait bien promis de supprimer le mot race de la Constitution.

Dès lors, Nadine Morano et beaucoup d'autres pensent tout bêtement (et de manière scandaleuse) qu'il existe des races, que «noir» est une race et «arabe» une autre.

Le raisonnement de l'ancienne ministre laisse voir que dans la société française, les noirs sont au bas des classifications raciales, il dit bien ce qu’elle voulait dire:

«Si j’aime les noirs et je les ai pour amis, à combien plus forte raison les arabes, les juifs, les jaunes.»

Simplismes tous azimuts

Lorsque Nadine Morano dit «noire», il ne s’agit pas simplement de la couleur de l’épiderme de son amie tchadienne. Puisque ce qu’elle a d’abord mis en avant c’est sa nationalité.

Dans l’imagerie collective française, il est peu probable que l’on se doute généralement que de nombreux noirs sont des arabes, notamment au Tchad. En parlant d’arabes, il s’agit dans la langue de Nadine Morano d’une des nombreuses déclinaisons que prend en France la haine de l’autre.

Et son amie tchadienne (peut-être arabe) est plus noire que les arabes qui en France sont définis par certaines caractéristiques physiques (régulièrement confondus aux berbères) et par leurs noms que, au Cameroun par exemple, de nombreux peuls, plus noirs que les arabes, portent.

Nadine Morano n’a pas  seulement dit une sottise. Elle a déblatéré des propos totalement vides de sens.

C’est à croire que, en France la «blonditude» est devenue une «nullitude». En Afrique, les Chinois sont appelés «blancs», les maghrébins sont couramment appelés «blancs», les mulâtres même sont considérés comme des «blancs», on pourrait parfaitement imaginer une de nos ministres les plus envue, passant à la télé pour se défendre de racisme déclarer:

«Je ne suis pas raciste: j’ai un ami français, plus blanc qu’un Chinois.»

Cela ne ferait, peut-être pas, les gros titres de la presse. Mais on en rigolerait quand-même dans des cercles restreints. Ce dont il faut rigoler c’est la persévérance dans nos civilisations du concept vide de race.

Eric Essono Tsimi, écrivain et dramaturge camerounais

 

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Eric Essono Tsimi

Eric Essono Tsimi est un dramaturge camerounais. Il est l'auteur de l'ouvrage Le jeu de la Vengeance (éd.Sopecam, 2004), et publie régulièrement des tribunes dans les quotidiens Mutations et Le Messager au Cameroun.

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