SlateAfrique

mis à jour le

Algérie - Mohamed Smaïn emprisonné pour avoir dit la vérité sur les disparitions forcées

Mohamed Smaïn, 69 ans, ancien responsable de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADDH) à Relizane, au nord-ouest de l'Algérie, est détenu en prison pour «dénonciation de crimes imaginaires», à la suite d’une plainte déposée par d'anciens miliciens, responsables d'exactions pendant la guerre civile.

Connu à Relizane sous le nom de «Hadj Smaïn», il est l'auteur d'un livre-témoignage sur les crimes commis à Relizane dans les années 1990, publié en 2006 en France par les éditions Bouchène et aujourd’hui épuisé.

Il doit aujourd’hui purger une peine de prison prononcée à son encontre en 2002 pour «dénonciation calomnieuse» de civils armés par les autorités pour lutter contre les groupes islamistes. Sa peine a été confirmée par la Cour d'appel en octobre 2007 puis par la cour suprême au début de l'année 2012 mais l'homme est resté jusqu'à ce jour en liberté.

L’affaire de cette figure nationale de la lutte pour la vérité sur les disparitions forcées en Algérie durant les années 1990 avait produit une sentence de 2 mois de prison ferme assortie d’une amende.

Mohamed Smaïn était accusé d'avoir diffamé Mohamed Ferguène, ancien maire de Relizane et, surtout, ancien chef de la milice de la wilaya, réputée pour avoir fait disparaître par dizaines des sympathisants islamistes et de les avoir enterrés dans des charniers entre 1993 et 1997.

En 1998, la région de Relizane a été le théâtre de nombreux massacres de civils perpétrés par des groupes armés islamistes.

«Les audiences avaient livré des témoignages directs et sans ambigüité sur le rôle direct de la milice et de son chef dans l'enlèvement de plusieurs citoyens de Relizane, Jdiouia, H'madena et Sidi Mohamed Benaouda. La sentence de deux mois de prison pour diffamation pour des articles parus dans la presse régionale avait été interprétée par la LADDH et les organisations de familles de disparus comme une volonté de maintenir une pression judiciaire sur un animateur important du mouvement pour la vérité sur les disparitions forcées» selon Maghreb Emergent.

Pour le site d’informations maghrébines, Mohamed Smaïn pourrait faire directement les frais de la probable relance, avec l'arrivée des socialistes au pouvoir en France, de l’affaire des frères Abdelkader et Adda Mohamed, miliciens à J'diouia durant les années 1990.

«Le gouvernement précédent de droite avait accepté, par le biais de son ministère public, de temporiser dans une procédure judiciaire près du tribunal de Nîmes dans le sud de la France qui avait débouché, en 2004, sur la mise sous contrôle judiciaire des frères Abdelkader et Adda Mohamed, refugiés en France et confondus par plusieurs témoins parmi les proches des disparus» rappelle Maghreb Emergent.

L'affaire de Nîmes avait provoqué un premier refroidissement des relations entre Alger et Paris avant même l'interpellation, en août 2008, de Mohamed Ziane Hassani, diplomate algérien, confondu avec un homonyme impliqué dans l'assassinat d’Ali Mecili en 1987 à Paris.

Les services de sécurité algériens auraient reproché plus d'une fois à Mohamed Smaïn d'être l'artisan de la venue en France de plusieurs de ces témoins de la wilaya de Relizane.

Lu sur Maghreb Emergent

A lire aussi

Algérie: les salafistes, ennemis mortels de la Nation

Mourad Dhina, l'ex-membre du FIS qui dérange le régime algérien

Au nom du FIS