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Faut-il rapatrier les centres d'appels français du Maghreb?

Rapatrier les centres d'appels français délocalisés?

L'ancien député socialiste français et nouveau ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg n’est pas le premier à y avoir pensé.

Avant lui, les ex-ministres Jean-Louis Borloo puis Laurent Wauquiez —pourtant d'une sensibilité politique différente— avait songé à relocaliser en France les centres d’appels français externalisés sur le continent africain.

Et déjà, ce souhait avait fait bondir le Maroc et la Tunisie, entre autres.

Le 13 juin, le ministre Arnaud Montebourg a fait part de son projet d’une relocalisation des plateformes d’appels françaises du Maghreb. Les réactions marocaines et tunisiennes ne se sont pas faites attendre, rapportées le 19 juin dans le quotidien économique Les Echos.

Là où le bât blesse c’est que les centres d’appels sont pour le Maroc et la Tunisie d’importants secteurs économiques. Ils représentent 40.000 postes au Maroc générant 8 milliards de dirhams (environ 723 millions d’euros), et 15.000 emplois en Tunisie: autant dire une ressource rentable que les gouvernements n’ont pas vraiment envie de voir partir en France.

Sceptiques, les responsables des centres d’appels comme les autorités gouvernementales du Maroc et de la Tunisie s’interrogent sur la pertinence d’une telle relocalisation pour leur pays mais également pour la France.

«C'est un mauvais combat à mener, car les principaux bénéficiaires (de l'externalisation) sont les acteurs français» déplore Youssef Chraïbi, président de l'Association marocaine de la relation client (AMRC), aux Echos.

Pour les détracteurs du projet, l'initiative d'Arnaud Montebourg équivaut à se tirer une balle dans le pied.

Sans compter les retombées diplomatiques avec le Maroc et la Tunisie, qui, décidément n’apprécient pas la «fantaisie française» de celui qui prônait la «démondialisation».

Le ministre marocain de l'Industrie, du Commerce et des Nouvelles Technologies, Abdelkader Amara, espère que la France «en restera au niveau des souhaits». Il souligne subtilement les conséquences fâcheuses que pourrait avoir un rapatriement des centres d’appel sur l’amitié franco-marocaine.

La Tunisie tient à peu près le même discours et met en avant l’incohérence du discours français en termes de réalités économiques.

«Sur le papier, le rapatriement apparaît cohérent, mais cela n'est pas réalisable quand on sait qu'une heure de téléopérateur coûte deux fois plus cher en France (20 à 25 euros) qu'au Maroc ou en Tunisie (12 à 14 euros)», indique Alain Guettaf, un membre de la Chambre syndicale nationale des centres d'appels et de la relation client.

Alors, que faire: relocaliser ou ne pas relocaliser?

Lu sur Les Echos

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