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Miliciens d'Ansar Dine en patrouille entre Gao et Kidal, dans le nord-Mali, 18 juin 2012, REUTERS/Stringer
Miliciens d'Ansar Dine en patrouille entre Gao et Kidal, dans le nord-Mali, 18 juin 2012, REUTERS/Stringer

Mali: Le dialogue est impossible avec Ansar Dine

Partout, des précédents ont montré que la politique de la main tendue ne fonctionne pas avec les fondamentalistes. Les djihadistes du Nord-Mali y feront-ils exception?

Le chef de l’Etat burkinabè, médiateur de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) dans la crise malienne, a foi en une solution négociée. Ses médiations passées lui ayant relativement réussi avec en prime les lauriers glanés çà et là, il passe pour être un négociateur chevronné. On comprend donc qu’il tienne à réussir cette énième négociation dont l’échec pourrait quelque peu ternir sa réputation.

De plus, l’accord négocié avec la junte malienne ayant essuyé de sérieuses critiques, on peut penser que le médiateur veut prouver que sa solution tient bon la route. S’il arrive à résoudre cette crise qui a vu la partition du pays, nul doute que ce serait un succès de taille. En tout cas, les choses ont été mises en branle selon le mode opératoire bien rodé auquel on a assisté dans les médiations passées du président burkinabè.

Cela se passe alors que la Cédéao a affiché récemment sa volonté de soumettre, avec l’Union africaine, le dossier malien au Conseil de sécurité des Nations unies en vue d’obtenir une résolution pour une intervention militaire.

Les négociations s’annoncent ardues

Cette option n’ayant pas encore non plus été démentie, on peut dire que la Cédéao a deux fers au feu. Elle se prépare en vue de pouvoir recourir à la méthode musclée au cas où les négociations ne donnent pas les résultats escomptés.

Mais que peut-on bien espérer tirer de ces négociations? Les crises se suivent mais ne se ressemblent pas. Chacune est spécifique et unique en son genre. Cette crise malienne a la particularité d’être complexe.

En effet, on a une crise dans la crise, la perte de l’intégrité territoriale du pays étant couplée à une vraie tambouille au sommet de l’Etat malien avec le capitaine Sanogo en chef d’orchestre. Et même si on ne considère que la question de la partition du pays, avec des islamistes en position de force, les négociations s’annoncent ardues.

Pas évident que le bistouri qui a servi à crever l’abcès togolais, par exemple, soit adapté au cas malien. Certes, le chef de l’Etat burkinabè a déjà réussi à libérer des otages occidentaux dont les ravisseurs ne sont autres que des membres de ces mouvements qui ont pris le contrôle du Nord-Mali.

Comment raisonner ces «fous de Dieu»?

Autant dire qu’il a ses entrées chez les maîtres du désert. Mais cela sera-t-il suffisant pour réussir à amadouer ceux-ci? Il est permis d’en douter. Il a déjà été dit et répété que la partition du Mali n’est pas négociable. On sait pourtant que les rebelles touareg revendiquent le Nord du pays depuis belle lurette. Et on imagine mal qu’après avoir conquis à la baïonnette l’objet de leur convoitise, ils acceptent de le céder juste parce qu’on le leur aura demandé gentiment.

On sait, de toute façon, le sort réservé aux appels à la négociation de l’ex-président malien, Amadou Toumani Touré, par ces rebelles. Supposons du reste que le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) accepte de faire des concessions. Ce ne serait pas forcément la position d’Ansar Dine qui veut faire de la zone une république islamiste avec la charia au frontispice.

Comment raisonner ces fous de Dieu qui sont en train de renforcer leurs positions, de mettre en place leur conception de l’Etat pendant qu’on parlemente? Leur acceptation des négociations ne serait-elle pas une stratégie pour gagner du temps, s’enraciner davantage dans la zone et mieux fourbir leurs armes en vue de pouvoir défendre leurs positions face à toute attaque future?

Il n’est un secret pour personne que Ansar Dine est adossé à Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) qui, depuis un bon bout de temps, donne du fil à retordre aux autorités maliennes et occidentales avec les prises d’otages. Avec l’instauration de leur autorité au Nord-Mali, la zone est en passe de devenir un repaire de djihadistes venus prendre part au combat.

Les négociations n’ont jamais réussi avec les fondamentalistes

Le fondamentalisme religieux y trouve un terrain fertile, propice à sa propagation. Dans ces circonstances, dur d’arracher un accord satisfaisant, qui tienne vraiment la route. La restauration de l’intégrité territoriale malienne ne saurait se faire avec la bénédiction d’Aqmi et compagnie qui, comme par un coup de baguette, deviendraient, du jour au lendemain, d’adorables enfants de chœur.

L’échec de la stratégie de la main tendue aux Talibans en Afghanistan, aux Shebabs en Somalie et à Boko Haram au Nigeria, témoigne, si besoin en était encore, de la difficulté de parvenir à un accord viable avec ces islamistes. Il y a fort à parier que l’on assistera à un véritable dialogue de sourds.

On est ainsi en droit de s’interroger sur la pertinence des négociations avec ces fondamentalistes quand bien même on est d’avis que l’option militaire n’offre pas, elle non plus, toutes les garanties de retour rapide à l’unité et à la paix au Mali. Le ver est dans le fruit et il va falloir beaucoup d’ingéniosité pour l’en extraire avec le moins de dégâts possible.

Difficile de se laisser convaincre qu’on peut faire raisonnablement, l’économie d’une intervention militaire en vue de restaurer l’autorité de l’Etat sur tout le territoire malien. Le temps presse et il urge par conséquent, d’agir.

Le Pays 

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