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La drôle de campagne électorale dans le royaume de l'eSwatini

Les législatives sont "une perte de temps et d'argent", déplore Zakhele Ngwenya, un habitant du royaume africain d'eSwatini. Il compte pourtant voter: "il se dit qu'on n'aura peut-être jamais de travail" si les autorités "apprennent qu'on n'a pas voté".

Les quelque 500.000 électeurs de ce petit Etat enclavé entre l'Afrique du Sud et le Mozambique sont appelés vendredi à choisir 59 députés parmi des candidats sans affiliation politique. La quasi-totalité sont de fidèles du roi Mswati III, un des derniers monarques absolus de la planète.

A 24 ans, Zakhele Ngwenya survit en donnant un coup de main dans les champs. "On n'a pas de travail, les routes sont en terre, les transports désastreux. Qu'est-ce que voter a changé ?", lance-t-il devant une minuscule échoppe isolée, non loin d'un troupeau de vaches.

Le Swaziland, rebaptisé cette année eSwatini, est dirigé depuis 1986 par le roi Mswati III, qui contrôle le Parlement et le gouvernement, dont il nomme tous les ministres.

Le long d'une piste de montagne, au dernier jour de la campagne mercredi, Alec Lushaba, candidat de 46 ans, répète son argumentaire devant une audience composée de... cinq femmes et quatre enfants assis dans l'herbe.

Il porte une robe traditionnelle qui laisse ses bras et jambes nus. L'imprimé de son tissu rouge et noir ne laisse aucun doute sur son affiliation politique: il célèbre l'anniversaire du roi Mswati III, qui a fêté cette année en grande pompe ses 50 ans.

Alec Lushaba rejette les accusations de l'opposition, qui dénonce l'interdiction faite aux partis de participer aux élections.

"Ces élections sont le meilleur exemple de la représentation directe", affirme le candidat à l'AFP.

"Il n'y a pas de partis qui interfèrent entre le peuple et ses représentants (...) Les communautés locales choisissent qui bon leur semble pour les représenter", se félicite-t-il, alors qu'il se lance pour la première fois dans la course à la députation.

- Parlement loyal -

"Le pays a des problèmes, mais ce système signifie que nous prenons des décisions collectives", assure-t-il.

L'eSwatini se débat avec le taux de prévalence du sida le plus élevé au monde (27,2% chez les adultes) et un taux de pauvreté alarmant: 63% de sa population vivent sous le seuil de pauvreté, alors que le roi affiche un train de vie dispendieux. 

Pour Michael Musuku, candidat aux législatives dans une circonscription à deux heures de route de la capitale Mbabane, "le problème clé est le manque d'eau".

Le pays connaît ces dernières années une forte sécheresse.

"Je veux aider à construire des barrages", explique Michael Musuku, vêtu à l'occidentale, costume sombre, cravate rouge et pochette assortie.

"Au Parlement, nous pouvons conseiller le roi. Il réfléchit à ces problèmes et peut s'adresser à des experts", assure-t-il à l'AFP, en marge d'un mini-meeting devant une trentaine d'électeurs réunis dans la salle municipale de Mkhiweni (centre).

Michael Musuku retente sa chance cette année après avoir été vaincu aux dernières élections en 2013.

Esther Mhlanga refuse de dévoiler si le candidat l'a convaincue, mais cette électrice de 66 ans se dit fière du système électoral de son pays. "On choisit sans que quiconque nous dise quoi faire."

Une fois élus, le pouvoir des députés est cependant extrêmement limité. Ils ne peuvent adopter de lois qui n'auraient pas reçu le blanc-seing du monarque tout-puissant.

Dans son rapport sur les élections législatives de 2013, l'Union européenne avait estimé que "les principaux principes d'un Etat démocratique n'étaient pas en place" dans l'eSwatini.

AFP

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