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Nicolas Batum dans le bureau de son agent ©Stéphanie Trouillard
Nicolas Batum dans le bureau de son agent ©Stéphanie Trouillard

Nicolas Batum, le Batman franco-camerounais

Star de la NBA, Nicolas Batum est l’un des grands espoirs de l’équipe de France de basket pour les Jeux Olympiques de Londres. D’origine camerounaise, le joueur s’investit aussi beaucoup pour l’Afrique. Il a créé l’association Batum Mama pour venir en aide aux mamans africaines.

Mise à jour du 10 août: Le franco-camerounais Nicolas Batum a perdu ses nerfs à la fin du match de basket perdu par la France en quart de finale des JO. Il a d’abord bousculé un joueur espagnol puis accusé l’Espagne d’avoir délibérément perdu contre le Brésil pour éviter une confrontation avec les Etats-Unis. L’ailier français a dû présenter ses excuses. Les basketteuses françaises se sont quant à elles qualifiées pour les finales des JO le 9 août. Elles affronteront les Américaines.

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 Nicolas Batum est un homme des airs. Surnommé «Batman», il culmine à 2,03 mètres pour 100kg. Depuis 2008, sous le maillot des Trail Blazers de Portland, ses dunks ravageurs font la joie des basketteurs en herbe.

Par dizaines, ses fans collectionnent ses posters stratosphériques sur les murs de leur chambre. De la hauteur, il en prend souvent. C’est d’ailleurs dans le ciel, qu’il passe une grande partie de son temps.

Avec 66 matchs concentrés sur quatre mois cette saison en raison du lockout de la NBA (conflit entre les propriétaires de clubs et le syndicat des joueurs), le Français a enchaîné les voyages en avion.

De Miami à Los Angeles, en passant par Boston ou San Antonio, la vie d’une star des parquets ne connaît pas de temps mort. «On joue quatre à cinq fois par semaine des fois. C’est un rythme fou», explique Nicolas Batum, tranquillement installé dans le canapé du bureau parisien de son agent.

 

Sur la terre de ses ancêtres

La veille encore, il était une nouvelle fois à l’aéroport, mais cette fois-ci pas de voyage américain. C’est pour l’Afrique que le sportif s’est envolé durant quatre jours. Destination, le Cameroun.

«Je suis parti faire de l’humanitaire avec l’association Giving Back. On m’a demandé d’être un ambassadeur. Ce sont des sportifs, des artistes, des modèles, tout ce qui touche à la culture africaine.»

Au programme de ce séjour marathon, des visites d’orphelinats, une rencontre avec la légende locale, le footballeur Roger Milla, et des interviews avec les médias locaux. Mais entre deux événements officiels, le basketteur en a surtout profité pour renouer avec ses racines camerounaises.

Son père, Richard Batum, était originaire d’Eseka, près de Yaoundé, dans le centre du pays. Une figure paternelle partie trop tôt. Basketteur professionnel à Proville dans le Nord-Pas-de-Calais au début des années 90, il meurt d’une crise cardiaque en plein match, alors que Nicolas n’a que deux ans.

«Je veux comprendre d’où je viens»

Le fils a depuis suivi ses pas sur les parquets, et aujourd’hui il remonte le fil de ses origines.

«C’était important pour moi de venir au Cameroun. La dernière fois que j’y suis allé, j’avais 13 ans, se souvient-il. On ne comprend pas vraiment à cet âge là. Je veux comprendre d’où je viens, car je ne suis pas que français, je suis aussi camerounais.»

Pendant une journée, dans le village natal de son père, la vedette de la NBA a été accueillie par toute sa famille. Les yeux brillants, le grand gaillard raconte avec émotion ses retrouvailles.

«Au début, j’avais peur, mais on m’a très vite accepté. Cela m’a fait du bien de les voir. Ils me suivent aussi. Ils sont très fiers de moi, j’étais assez content de ça. On a été très proches, mais ils étaient un peu énervés car je n’avais pas apporté de maillots. Il faut que je leur en envoie!», plaisante le joueur.


«Elle devait rester une journée, et elle y a passé sept jours!»

Fier de sa double identité, Nicolas Batum n’a pas voulu se contenter de ses visites sur la terre de ses ancêtres.

«Quand je suis passé professionnel, je me suis toujours dit qu’il fallait que je rende quelque chose et surtout au continent africain».

Il y a deux ans, l’idée de créer une association et de rendre hommage à son père s’impose dans son esprit. Il en discute avec sa mère Sylvie et sa sœur Pauline, mais sans savoir à quoi se consacrer. Ce sont finalement les deux femmes qui ont le déclic lors d’un voyage au Sénégal.

«La NBA organise un camp de basket en Afrique tous les ans. Ils invitent souvent des parents de joueurs. Ma mère y était avec ma sœur, et elles ont visité une pouponnière dans la ville de M’Bour. Elle devait rester une journée, et elle y a passé sept jours! Elle a eu du mal à partir. Cela l’a marqué, quand elle a vu des bébés d’à peine quelques heures qui avaient été abandonnés», se souvient le basketteur.

Batum Mama

Très proche de son fils, sa mère l’appelle immédiatement après ce séjour.

«On en a déduit qu’il fallait vraiment aider les jeunes femmes enceintes pour leur donner l’opportunité d’accoucher décemment et de garder leur bébé en leur offrant une formation professionnelle», précise Sylvie Batum.

Le joueur donne tout de suite son accord. L’association Batum Mama était née.

Depuis, la chef de famille désormais à la retraite se consacre à temps plein à ce travail humanitaire. De tournois de baskets en kermesses sportives, Sylvie Batum parcourt la France. Tee-shirts, bracelets, mugs à l’effigie du sportif, tout est bon pour récolter des fonds. Le but: la construction d’un village autonome au Sénégal pour donner un toit à de jeunes mamans et à leurs bébés.

Dès qu’il a un moment de libre, le fils prodige donne aussi de sa personne avec des séances de dédicace ou des ventes aux enchères de ses maillots.

«L’association a un impact car c’est le nom Batum. Si c’était Dupont, cela n’aurait pas le même investissement. Plus Nicolas monte en puissance, plus il est apprécié et plus cela déteint sur l’association, constate sa mère. C’est notre bébé à tous les trois, c’est notre histoire de famille

Objectif JO

Nicolas ne regrette qu’une chose: ne pas encore avoir eu le temps d’aller sur place, sur le futur site de Batum Mama. Il faut dire qu’à seulement 23 ans, la star montante du basketball français a un emploi du temps de ministre. À peine la saison de NBA terminée, il doit gérer la suite de sa carrière.

Arrivé en fin de contrat, il ne sait pas où il jouera à l’automne: «On ne peut rien faire. Aucune discussion et aucune signature avant le 1er juillet.» Les rumeurs parlent de lui chez les Spurs de San Antonio, là où évolue déjà son compatriote Tony Parker…

«C’est une très bonne équipe avec des gros joueurs. Après Portland, cela fait quatre ans que j’y suis. Ils mont lancé en NBA, ils m’ont fait jouer tout le temps. C’est aussi un club qui me va très bien

L’ailier de l’Equipe de France est aussi préoccupé par l’échéance olympique. Le compte à rebours est lancé jusqu’à Londres. «J’en ai marre d’attendre depuis qu’on s’est qualifié! C’est chiant, je suis très impatient!», s’emporte-t-il dans un grand éclat de rire. Après la médaille d’argent remportée au dernier championnat d’Europe, tous les yeux sont braqués sur cette équipe bourrée de talents.



Un sourire qui fait chavirer les pom-pom girls

Avec les Bleus, Nicolas vit des émotions encore plus fortes que sur les parquets américains.

«J’ai commencé à regarder le basket avec les Jeux Olympiques. Cela m’a donné envie d’aller en NBA, car je suivais la Dream Team en 1996. C’est vrai qu’une médaille olympique ce serait génial, car c’est avec ton pays. Portland, tu joues pour une ville. Pour la France, tu portes le maillot, tu pars à la guerre pour ton pays, c’est un sentiment différent», explique-t-il avec passion.

Du succès dans son sport, un engagement humanitaire, une modestie sincère et un sourire malicieux capable de faire chavirer n’importe quelle pom-pom girl, Nicolas Batum a-t-il au moins un défaut? Sa mère a bien du mal à en trouver:

«La seule chose dont je pourrais me plaindre à l’heure d’aujourd’hui, mais ce n’est pas de sa faute, c’est de ne plus beaucoup le voir. C’est terrible. Il est à tout le monde, mais plus beaucoup à moi!»

Stéphanie Trouillard

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Stéphanie Trouillard. Journaliste française spécialiste du Maghreb et du Canada.

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