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Miliciens d'Ansar Dine en patrouille dans le nord-Mali, 18 juin 2012, REUTERS/Stringer
Miliciens d'Ansar Dine en patrouille dans le nord-Mali, 18 juin 2012, REUTERS/Stringer

Que peut-on vraiment négocier avec les islamistes d'Ansar Dine?

Le groupe islamiste radical Ansar Dine a annoncé être prêt à prendre ses distances avec AQMI. Peut-on les croire? Et sur quoi est-il possible de s’entendre avec des extrémistes?

Mise à jour du 3 novembre:  Le groupe islamiste radical malien Ansar Dine, dont une délégation était attendue à Alger, serait prêt à prendre ses distances avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), a rapporté samedi le quotidien El-Watan citant un «haut responsable algérien».

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Des émissaires du groupe islamiste Ansar Dine (…) à Ouagadougou. Même si aucune confirmation officielle n’en a été donnée, on se demande bien pourquoi cette frange de la rébellion du Nord-Mali a choisi de sortir maintenant du bois, au lendemain même de la rencontre des chefs d’états-majors de la Cédéao à Abidjan.

Ansar Dine se sentirait-il menacé et isolé, au point de devoir se déplacer à Ouagadougou pour négocier, étant donné la probabilité d’un conflit sous-régional?

Peu d’informations ont filtré quant à la composition de la délégation des islamistes. Encore moins sur la durée du séjour et sur un éventuel entretien avec le président Blaise Compaoré, médiateur officiel de la Cédéao dans la résolution de la crise malienne.

Des interlocuteurs infréquentables

On ignore ce que veulent bien les islamistes qui occupent illégalement la partie septentrionale du Mali et actionnent la machine de la charia sur ce territoire. Le groupe Ansar Dine exerce de multiples exactions et brimades sur des groupes de populations vulnérables dont les femmes et les jeunes.

Outre la répression, on lui reproche d’être à l’origine de l’introduction, dans la sous-région, d’individus peu recommandables comme les narcotrafiquants et des terroristes venus de pays étrangers au continent.

Cette complicité, ajoutée à la mise en application aveugle de la charia, a sérieusement contribué à discréditer l’organisation d’Ansar Dine aux yeux des masses ouest-africaines. Celles-ci, très religieuses, sont soucieuses du respect de leurs traditions et des valeurs humaines que véhiculent leurs cultures depuis des temps immémoriaux.

Mais pourquoi recevoir ce groupe jugé non recommandable et aujourd’hui en apparence soucieux de mieux se faire connaître? Il a toujours été dit que la porte du dialogue reste ouverte. Aussi ne doit-on pas exclure de les recevoir, au nom de la paix et de la culture démocratique. Même si eux savent bander du muscle et sortir des griffes. Il faut les recevoir en espérant qu’ils seront prêts à s’amender.

Car, eux et leurs alliés méritent d’être jugés par la Cour pénale internationale (CPI), pour les actes posés. De fait, de quels droits un groupe d’individus non élus peut-il s’approprier des préceptes religieux pour soumettre des groupes de populations paisibles, dans un pays souverain, reconnu au plan international comme étant une République indivisible, laïque et ayant choisi de vivre en démocratie?

Quelles sont les raisons de ces pourparlers?

Pour l’exemple, en aucun cas cette agression des institutions républicaines ne devra rester impunie. Ansar Dine et autres doivent comprendre qu’il leur sera très difficile de convaincre l’opinion ouest-africaine du bien-fondé de l’Islam dont ils sont promoteurs. Encore moins lorsqu’ils s’acoquinent avec des sécessionnistes!

Par leurs pratiques, ils ne feront que du tort à cette religion qui a trop souffert de l’égarement de certains prétentieux. N’empêche, il faut les recevoir tout en demeurant vigilant. C’est pourquoi une foule de questions taraudent les esprits. Qui est donc à l’initiative d’une telle rencontre? Ansar Dine? Le médiateur, de façon unilatérale? S’il s’agit d’une initiative du médiateur, à quel jeu jouerait-il?

A moins qu’il n’y ait eu concertation entre la médiation et la Cédéao. On se rappelle, l’organisation sous régionale avait recommandé de négocier avec tous les groupes rebelles, à l’exclusion des organisations terroristes dont celles d’Ansar Dine. Pourquoi donc le Burkina Faso a-t-il accepté de recevoir les islamistes qui sèment la terreur dans le Nord-Mali ?

En le recevant à Ouagadougou, le médiateur se sentirait-il redevable après le rôle joué par Ansar Dine dans la libération d’une otage suisse il y a quelques mois? Ansar Dine serait-il devenu fréquentable et partenaire au point d’envisager des actions similaires?

En tout cas, ce mouvement doit en savoir beaucoup sur la situation des otages français au Mali. Il détient de ce fait une arme entre les mains. Une donne que n’ignore pas le médiateur…

La stratégie de l’usure

Ansar Dine cherche aussi à miser sur le temps. Tout en donnant l’air de vouloir négocier, le groupe pourrait en même temps fourbir les armes. Car, il doit se rendre à l’évidence: par ses pratiques anachroniques, il s’est fait aujourd’hui plus d’ennemis que d’amis en Afrique de l’Ouest. Chercher par ces temps-ci à se repositionner semble bien trop tard.

En tout cas, ses tentatives de négociations semblent plutôt viser à déstabiliser la Cédéao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) déjà sur le sentier de la guerre. Ansar Dine voudrait brouiller les cartes, confondre le médiateur et la Cédéao qu’il n’aurait pas mieux fait. Et qu’en dira la partie des officiels maliens?

Dans tout ce méli-mélo, le principal intéressé, le gouvernement malien, semble aujourd’hui répondre aux abonnés absents. Son silence, surtout le temps qu’il prend à demander officiellement assistance en vue de reconquérir le territoire perdu, n’est assurément pas de nature à faciliter la tâche à la Cédéao.

L’organisation sous-régionale qui a entrepris des démarches auprès du Conseil de sécurité des Nations unies attend toujours le feu vert des autorités maliennes pour venir les épauler.

Dans cette attente, qu’attendre des autres composantes de la rébellion? Recevoir Ansar Dine peut bien paraître comme un élément de motivation et d’encouragement à venir négocier. Après Ansar Dine, il ne reste plus qu’Aqmi à venir voir le médiateur!

Le Pays 

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