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Violences au Nigeria: les plus radicaux pourraient avoir pris le contrôle de Boko Haram

L'exécution d'une employée du Comité international de la Croix Rouge par Boko Haram, ainsi que les rumeurs sur la mort supposée d'un haut responsable du groupe jihadiste font craindre une recrudescence des violences dans le nord-est du Nigeria. 

Le CICR a annoncé lundi qu'une de ses employés, une sage-femme nommée Saifura Khorsa, dont la nationalité n'a pas été dévoilée, avait été exécutée après plus de six mois de captivité. 

Cela fait suite à des informations publiées la semaine dernière selon lesquelles des combattants de la faction de Boko Haram de l'État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP) ont tué leur numéro 2, Mamman Nur. 

Ces dernières semaines, l'ISWAP a multiplié les attaques contre l'armée nigériane, ce qui, selon les analystes en sécurité qui suivent le conflit, est le signe que le groupe a renforcé ses capacités de nuisance et son organisation. 

Mais des sources qui ont des contacts directs au sein de l'ISWAP indiquent que la recrudescence des violences, notamment contre les civils, pourraient être une conséquence de l'assassinat de Mamman Nur, qui revendiquait une approche plus modérée du conflit depuis plusieurs années. 

En faisant sécession du groupe de Boko Haram dirigé par Abubakar Shekau, l'ISWAP s'était engagé à ne frapper que des cibles "dures", militaires et gouvernementales. 

"La mort de Mamman Nur a levé le voile sur les éléments les plus radicaux du groupe, qui préfèrent la violence aveugle telle qu'elle est menée par Shekau", a déclaré à l'AFP une source bien informée sous couvert d'anonymat. 

"Le cas de Saifura Khorsa n'est que le début de nouveaux cauchemars à venir", selon elle.  

"Maintenant que les partisans de la ligne dure l'ont tué et ont pris le contrôle, ils couvrent des folies, comme cela a été démontré dans l'exécution de Saifura Khorsa", a-t-il ajouté.

- 'trahison' -

Le gouvernement nigérian n'a fait aucun commentaire officiel à propos de la mort supposée de Nur, révélée notamment par le quotidien nigérian Daily Trust.  

Si son assassinat n'a pu être prouvé de manière indépendante, les événements récents indiquent toutefois des divisions au sein de l'ISWAP. 

Plusieurs sources bien informées ont indiqué à l'AFP que l'opposition à Nur n'a cessé de grandir depuis l'enlèvement de plus de 100 écolières dans la ville reculée de Dapchi, dans l'Etat de Yobe, en février dernier. 

Toutes les étudiantes sauf une - la seule chrétienne du groupe - ont été ramenées dans leur foyer après un mois de captivité. 

Une personne impliquée dans les négociations entre le gouvernement et les ravisseurs a assuré qu'aucune rançon n'avait été payée pour la libération des jeunes adolescentes. 

"La seule condition donnée par le gouvernement était que les troupes observeraient un cessez-le-feu temporaire et permettraient un passage sûr pour permettre aux combattants de ramener les otages", a-t-il ajouté. 

Leur libération a fortement déplu aux lieutenants de Nur, qui insistaient pour obtenir des rançons lucratives en échange des otages et l'aurait d'ailleurs emprisonné avec certains de ses fidèles. 

Lorsqu'en août dernier, l'ONU déclare qu'une "grande rançon" a été payée, les lieutenants ont été convaincus d'avoir été trompés, selon des témoignages recueillis par l'AFP. 

"La trahison est un crime impardonnable punissable de mort au sein de Boko Haram et Nur a été mis à mort sur la conviction qu'il a pris la rançon et l'a cachée", a déclaré l'une des personnes interrogées. 

"Nous nous attendons désormais à voir davantage de violence de la part de ces éléments radicaux", a-t-elle ajouté.

- 'demande scandaleuse' -

Même s'il est vivant, Nur est tenu à l'écart, et son bras droit, Abou Mosab Al Barnawi, qui dirige l'ISWAP, serait lui-même menacé.

Al-Barnawi, le fils du fondateur de Boko Haram, Mohammed Yusuf, a toujours été considéré comme une "vitrine", laissant Nur diriger les opérations stratégiques. 

Les commandants les plus radicaux auraient désormais choisi un nouveau chef qu'ils appellent "Amirul Jaish" ("commandant en chef" en arabe). 

C'est dans ce contexte de tensions que la sage-femme de la Croix-Rouge a été exécutée. Les combattants ont fait une "demande scandaleuse (de rançon)", selon des informateurs au sein du groupe, dont le montant était "irrecevable", et a été ignorée par les autorités. 

La jeune femme a été tuée en signe d'avertissement. 

ISWAP domine les rives du lac Tchad dans l'Etat du Borno tandis que la faction dirigée par Shekau est concentrée autour et au sein de la forêt de Sambisa. 

Les discussions sur un éventuel rapprochement du groupe, qui est divisé depuis le mois d'août 2016, ont été envisagées à plusieurs reprises, mais n'ont pas abouti jusqu'à présent.

Le conflit entre l'armée nigériane et les insurgés islamistes a fait plus de 27.000 morts dans le nord-est du Nigéria depuis 2009, et dans ce contexte de tensions et en vue des élections générales en février 2019, tous les experts craignent une grave escalade des violences.  

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