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Le Maroc va-t-il sombrer dans la crise économique?

«Franchement, l'économie marocaine se porte pas mal aujourd'hui», déclarait, confiant, Moulay Hafid Elalamy, un des hommes d’affaires les plus influents du royaume, comme le rapporte. Méthode Coué d’un éternel optimiste, qui croit dur comme fer que la crise européenne recèle, a contrario, un gisement d'opportunités?

L’impact de la crise en Espagne sur le Maroc, dont il est un des partenaires économiques essentiels dans la région, se fait d’ailleurs déjà sentir d’après Le Figaro. En tout cas, son avis n’est pas partagé par le Centre marocain de conjoncture (CMC), au vu des inquiétudes exprimées par l’un de ses experts interviewé par L’Economiste:

«Parler de faillite en l’état actuel des choses est un peu prématuré. Mais la situation de nos finances publiques est très préoccupante. Nous pouvons considérer que les conditions sont réunies pour basculer dans une crise économique, financière et sociale», prévient Tarik El Malki, membre du comité scientifique du CMC.

Il faut dire que tous les indicateurs sont au rouge. Selon les dernières estimations de la loi de Finance, le déficit du Trésor public devrait atteindre 9,2% du PIB, fin 2012, un record en la matière qui risque fortement de dégrader la note du Maroc à l’international.

«Une véritable fuite en avant que connaissent les déficits des fonds publics depuis plusieurs années: en quatre ans, ces derniers se sont en effet multipliés par quatre, passant de 2,2% du PIB en 2008 à 9,2% en 2012», fait remarquer Yabiladi, qui parle «d’alerte rouge pour les finances publiques».

Face à cette situation extrêmement préoccupante, les pouvoirs publics ont décidé d’augmenter en urgence les recettes de l’Etat. En témoigne la forte hausse (20%) décidée sur les carburants. Une mesure qui pénalise déjà les rouages de l’économie, d’après Afrik.com.

Cela dit, cette stratégie d’augmentation des recettes a ses limites, tant les ressources à ce niveau sont étriquées. Les recettes fiscales sont en berne, la balance commerciale fortement déséquilibrée, sans parler de la morosité qui frappe les secteurs clés de rentrées de devises, comme le tourisme.

Reste alors au gouvernement, pourtant élu sur un programme éminemment social, de se décider à une politique de rigueur en réduisant de manière drastique le train de vie de l’Etat. Une situation qui rappelle le long tunnel de la politique d’ajustement structurel imposé par le Fonds monétaire international (FMI), dans les années 80, et qui avait provoqué de sérieux soubresauts sociaux.

Dans un contexte politique délicat, l’annonce de l’abandon des subventions aux produits de base devenues trop coûteuses pour le budget, asphyxié par des cours du pétrole en forte hausse, est de nouveau source de tensions sociales, surtout que l’Etat n’ose toujours pas s’attaquer aux lourdes dépenses de souveraineté que sont le budget de la Cour royale, celui de l’armée ou encore des chantiers de prestige.

«Face à l’impopularité d’une telle politique, et aux conséquences houleuses qu’elle pourrait avoir, la rigueur devrait rester, pour l'instant, à la douceur des économies de bout de chandelles», conclut Yabiladi.

Lu sur Yabiladi, Le Figaro

 

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