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 Affiche murale avec, notamment l'ancien présient Hosni Moubarak, Le Caire, juin 2012.©REUTERS/Ahmed Jadallah
Affiche murale avec, notamment l'ancien présient Hosni Moubarak, Le Caire, juin 2012.©REUTERS/Ahmed Jadallah

Egypte: Le «coup d'Etat» ne date pas d'hier

La justice égyptienne a décidé de dissoudre le Parlement, à deux jours de la présidentielle. Les islamistes crient au coup d'Etat militaire.

Mise à jour du 17 juin 2012: Les bureaux de vote ont ouvert le 17 juin en Egypte pour la deuxième et dernière journée du second tour de l'élection présidentielle, la première depuis la chute de Hosni Moubarak, en février 2011.

Les bureaux ont ouvert à 08H00 locales (06H00 GMT) et doivent fermer à 20H00 (18H00 GMT). Samedi, le vote a été prolongé d'une heure.

Plus de 50 millions d'électeurs sont appelés à choisir entre deux candidats: un ténor des Frères musulmans, Mohammed Morsi, et le dernier Premier ministre de Moubarak, Ahmad Chafiq, considéré comme le candidat de l'armée qui dirige le pays depuis la chute du président.

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«Nous sommes maintenant, sur le plan légal et institutionnel, sous la coupe d’une dictature militaire», a tweeté Gigi Ibrahim, une célèbre blogueuse et activiste égyptienne, à l’annonce de la décision de la Cour constitutionnelle.

La Haute cour constitutionnelle égyptienne a décidé, jeudi 14 juin, d’invalider un tiers des sièges à la chambre basse du Parlement égyptien et de retoquer une loi interdisant aux anciens piliers du régime de Hosni Moubarak de se présenter aux élections. Surprenante décision, à moins de 48 heures du scrutin présidentiel.

Ahmed Chafiq, dernier Premier ministre d’Hosni Moubarak est donc toujours dans la course du second tour de l’élection présidentielle prévu les 16 et 17 juin. Une fois de plus la justice égyptienne donne raison à Ahmed Chafiq, considéré comme le candidat des militaires. L’invalidation d’un tiers des sièges, principalement des indépendants soutenus par les islamistes pendant la campagne législative, pourrait ouvrir la voie à une dissolution du Parlement.

Le candidat des militaires

Si cela se confirme, le pouvoir législatif censé rédiger la Constitution, reviendrait au Conseil suprême des forces armées, et ce jusqu’à la tenue de nouvelles élections dans le pays, analyse le juriste égyptien Hossam Eissa«Nous revenons à la case départ», ajoute-t-il au quotidien Al-AhramOnline.

Dissolution, acquittement de six officiers impliqués dans la répression lors de la révolution, coup d’Etat… Des mots qui ne rassurent pas, à deux semaines de la date butoir fixée par les militaires pour rendre le pouvoir au civil. Les Egyptiens auraient espéré un climat plus paisible pour élire le successeur d’Hosni Moubarak.   

Comme l’activiste Gigi Ibrahim, de nombreux Egyptiens voient dans cette décision la preuve que l’armée est toujours dans la place et qu’elle ne compte pas la quitter de sitôt. Du côté des Frères musulmans, on qualifie la décision de «coup d’Etat». Comme une impression de retour en arrière à deux jours du second tour de l'élection présidentielle. Inquiet d'une présidence islamiste hostile, les militaires semblent vouloir rappeler que leurs conditions de départ ne sont pas négociables.

«Les militaires sont très réticents à l'idée que les islamistes concentrent l'ensemble des pouvoirs...On est dans un flou complet. Les militaires ont voulu garder la main», a déclaré Sophie Pommier, spécialiste de l'Egypte et directrice d'un cabinet de conseil sur les ondes de France Culture.

Le candidat islamiste modéré Aboul Fotouh, éliminé à l'issue du premier tour, dénonce un «véritable coup d'Etat».«Quiconque pense que des millions de jeunes vont laisser ce coup d'État se produire se trompe», a écrit sur Facebook le candidat islamiste.

Mais, le coup d'Etat n’a-t-il pas déjà eu lieu le 11 février 2011? Les militaires sont clairement aux manettes depuis un an demi. Cette décision de la cour constitutionnelle est donc dans la continuité de l’ordre militaire qui prévaut depuis la révolution.

A deux jours du second tour de l’élection présidentielle, le Conseil suprême des forces armées a choisi son candidat: l’ancien officier et dernier Premier ministre de Hosni Moubarak. Pour preuve, le soutien dont il bénéficie dans les médias gouvernementaux: «L’Iran aux portes de l’Egypte, votez Ahmed Chafiq», pouvait-on entendre au lendemain du premier tour.

L'appui des médias à Ahmed Chafiq

La bataille médiatique profite ostensiblement au candidat des militaires.

«Les médias gouvernementaux ont soutenu la candidature de Chafiq. Car, comme Moubarak, il sera une marionnette aux mains de l’armée», affirmait Dina, une étudiante à la faculté de Lettres de l'université d’Alexandrie, à l’issue du premier tour de l’élection.

Comme Moubarak? Les mots d’ordre sont en tout cas les mêmes! Ahmed Chafiq se pose comme le seul rempart à l’islamisme, le garant de la stabilité politique et économique dans le pays et l’homme qui pourra restaurer l’ordre et la sécurité d’antan.  

Depuis un an et demi, l’armée, sur le devant de la scène, gouverne sans rendre de compte à la population. Le Conseil suprême des forces armées s’est auto-proclamé «pouvoir exécutif», le 11 février 2011, date à laquelle Hosni Moubarak a démissionné. A de nombreuses reprises, l’armée a montré son incapacité à faire face à l’indignation des Egyptiens en ripostant par la force, en toute impunité.  Comme lors des manifestations qui avaient secoué le Caire en décembre 2011.

 

" A bas, A bas le pouvoir militaire!", scandent les manifestants.  La transition démocratique à laquelle ils aspiraient n'a jamais commencé. Pour les plus téméraires d'entre-eux, la révolution continue car le système passé est toujours debout. Un clip posté sur YouTube au lendemain de la décision de la haute cour porte ce message.

Dans la vidéo, on peut voir de jeunes Egyptiens, dont les corps sont tournés vers un but qu'ils n'ont pas encore atteint. Les scènes sont figées et donnent à voir ce qui a retenu l'attention des médias depuis un an et demi: l'approvisionnement en gaz, les complots, la répression militaire. La violence est telle que les passants se cachent les yeux devant les visages ensanglantés des blessés. Le message est clair: rien n'a changé depuis la révolution. 

 

 

Quid du retour des soldats dans les casernes prévu à l’issu du scrutin présidentiel? A la veille du second tour, de nombreux Egyptiens craignent un tour de vis des militaires et de nouvelles confrontations violentes avec les manifestants.

«Tous mes amis sont déprimés. Même si le candidat islamiste gagne, il n'aura pas de pouvoir car c'est le Conseil suprême des forces armées qui écrira la Constitution en fonction de ses intérêts», confie Mohammed, un ingénieur du Caire. 

Dépité et fatigué d'une transition politique sans fin, il ajoute: «le peuple ne soutiendra pas une seconde révolution car la majorité souhaite renouer avec la sécurité et la stabilité»

Nadéra Bouazza

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Nadéra Bouazza. Journaliste à Slate Afrique

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