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L'équipe du Dynamo Kiev, 1979, by Flickr/ Socialism Expo.
L'équipe du Dynamo Kiev, 1979, by Flickr/ Socialism Expo.

Monologue du crypto-stalinien

Je ne suis pas naïf. La Russie ne peut pas être championne d’Europe. Les arbitres ont des instructions. Ce pays ne peut pas gagner, ça créerait trop de problèmes. C’était déjà comme ça avec l’URSS. Bien sûr que si!

T’as vu l’équipe russe? Ils jouent bien, hein? Ça a toujours été comme ça. De l’organisation, de la technique et du style. Et, en plus de ça, de la correction. Bon, sur ce plan, c’est moins vrai qu’avant.

Le capitalisme, ça favorise les sales manières. Mais t’aurais vu l’équipe de l’URSS ou même des autres pays de l’Est, Yougoslaves mis à part. Jamais de mauvais geste, jamais de contestation contre l’arbitre même quand il sifflait des fautes imaginaires.

Il en est resté quelque chose. Regarde l’Ukraine, c’est la même chose. De la discipline et de la solidarité. De l’éducation aussi. Les joueurs faisaient des études supérieures, ils avaient un métier. C’est pas comme les ânes friqués d’aujourd’hui. Le communisme ça avait quand même du bon… Y’avait pas de hooligans à l’époque.

Je ne suis pas naïf. La Russie ne peut pas être championne d’Europe. Les arbitres ont des instructions. Ce pays ne peut pas gagner, ça créerait trop de problèmes. C’était déjà comme ça avec l’URSS. Bien sûr que si!

Des communistes champions d’Europe en pleine guerre froide?

Souviens-toi de tous les matchs qu’ils ont perdus à cause d’un arbitrage aux ordres. C’est toi-même qui m’as dit que tu avais été longtemps dégoûté du foot à cause du match URSS «Le footballeur soviétique à un plus haut niveau!» by Flickr/A. Kokorekin, 1954  – Belgique de 1986. Ah, tu vois! Un scandale, hein? Oui, sauf que c’était tout le temps comme ça. Les clubs russes ont passé leur temps à être volés. Tout ça parce qu’il ne fallait pas que les communistes l’emportent!

Laisse-moi te raconter un truc. La seule fois où l’URSS a gagné un titre européen, c’était en 1960 contre la Yougoslavie. Tu sais quoi? L’arbitre de la finale, on n’a plus jamais entendu parler de lui. Mines de sel! Il a été puni parce qu’il n’a pas fait le boulot!

Les capitalistes, la Fifa et le reste, ils préféraient encore que ce soit les bandits de Tito qui gagnent. Ensuite, ça été pire. En 1964 et en 1972, les soviétiques sont allés jusqu’en finale, et à chaque fois, l’arbitrage a donné un coup de pouce aux autres. Y’a jamais eu de plus grand gardien de but au monde que Yachine! Y’a jamais eu de plus beau football que celui du Dynamo de Kiev.              

Tu imagines les conséquences? Une équipe communiste championne du monde ou d’Europe en pleine guerre froide? Impossible. Ça aurait donné des idées aux travailleurs. Non! Rien n’a changé. Les critiques contre Poutine, ça reste de l’anticommunisme primaire.

Et puis l’indépendance pour quoi faire?

Ça ne s’explique pas autrement. Les gens parlent de démocratie, de droits de l’homme, mais en fait, ce qu’ils détestent, c’est l’idée que la Russie d’hier soit encore là et qu’elle puisse menacer le modèle occidental. Poutine, c’est quoi? C’est le redressement de la Russie. C’est la fierté d’un peuple qui s’est retrouvé nu comme un ver dans les années 1990. C’est des salopards qui ont pillé le pays et qu’il jette en prison. Et ça, les Américains ne peuvent pas le supporter, alors ils arrosent les médias d’informations négatives sur lui et Medvedev.

Quoi, les Tchétchènes? Ah non, tu vas pas faire du communautarisme, hein! C’est quoi les Tchétchènes? Ils sont combien ? Qui en entendait parler à l’époque de l’URSS? Est-ce que vous parliez d’eux en Algérie dans les années 1970 ou même dans les années 1980?

Moi, j’veux bien qu’ils défendent leur droit, mais de manière pacifique pas avec du terrorisme et tout ça. Ils n’avaient qu’à se regrouper dans un parti politique puisque c’est comme ça que ça se passe maintenant. Et puis l’indépendance pourquoi faire? Pour qu’il y ait des mosquées partout? Des barbus, des madrassas et tout le reste?

C’est comme la Géorgie. Le type, c’est un affairiste à qui les Américains ont lavé le cerveau et on nous le présente comme un grand démocrate. Tu parles… Du business, oui. Le gars, il te déclenche une guerre contre la Russie et quand il reçoit la pâtée, il se met à hurler au secours.

Fallait le laisser se débrouiller au lieu de lui sauver la mise. Y’a un grand pays, un géant régional, il faut le respecter et ne pas l’embrouiller dans son jardin. Les Européens, ils feront quoi si demain quelqu’un vient se mêler des affaires du Luxembourg ou du Danemark?

Faut pas croire ce que raconte la télé…

La géopolitique, c’est comme ça. Chacun son gâteau. Faut laisser les Russes tranquilles. Ils sont en train de redevenir aussi fort qu’avant. J’comprends que ça puisse faire peur…

Tu vois, tu es communautariste et corporatiste. Bien sûr que c’est moche une journaliste qui se fait tuer. Une journaliste ou quelqu’un d’autre d’ailleurs. Pour moi, y’a pas de hiérarchie, alors que vous, les journalistes, vous hurlez dès qu’on touche à l’un des vôtres. Mais est-ce que c’était vraiment une journaliste, hein? T’en es sûr? Qui te l’a dit? Newsweek? Les journaux de Murdoch? Et qu’est-ce qu’elle faisait à se mêler des histoires de Tchétchènes? Moi, on m’a même dit qu’elle avait un passeport américain. Donc… Ça  veut dire que c’est plus compliqué que ça.

Bien sûr qu’on est nombreux à penser comme ça! C’est pas parce que le parti a changé qu’on a disparu. Faut pas croire ce raconte la télé… On n’est pas visible, c’est tout. Les gens disent qu’on est démodé. Il y a des camarades qui ont retourné leur veste et qui nous expliquent que ce à quoi on croyait c’est du passé.

Sauf que le passé, il réapparait toujours d’une manière ou d’une autre. Demain, dans un an, dans dix ans, quand le capitalisme aura fait encore plus de dégâts, ça reviendra. On sera aussi fort qu’avant. En attendant, on est des résistants. On entretient la flamme. On continue de croire en l’histoire. C’est ça qui est le plus important.

 Akram Belkaïd (Le quotidien d'Oran)

Crédit  Photographique: «Le footballeur soviétique à un plus haut niveau!» A. Kokorekin, 1954 by Flickr/  IISG

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Akram Belkaïd

Akram Belkaïd, journaliste indépendant, travaille avec Le Quotidien d'Oran, Afrique Magazine, Géo et Le Monde Diplomatique. Prépare un ouvrage sur le pétrole de l'Alberta (Carnets Nord). Dernier livre paru, Etre arabe aujourd'hui (Ed Carnets Nord), 2011.

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