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Imhotep à gauche avec Kheops d’IAM lors d'une conférence de presse au Caire le 12 mars 2008. AFP/C.Bouroncle
Imhotep à gauche avec Kheops d’IAM lors d'une conférence de presse au Caire le 12 mars 2008. AFP/C.Bouroncle

Imhotep, «le hip-hop africain gagne à être connu»

Après 14 ans d’absence, Imhotep, l'architecte musical d'IAM, revient avec un album solo intitulé Kheper. Un album inspiré d'influences que l'artiste est allé chercher au delà de la Méditerranée.

De l’«ethnotronica»! Pour qualifier sa musique, Imhotep a inventé un néologisme.

Eléctronique et éthnique, deux mots pour qualifier l’inqualifiable style de l’homme des machines du groupe de rap marseillais IAM.

Né en 1960 à Alger, Imhotep, de son vrai nom Pascal Perez, a toujours touché à tout. Il est venu à la musique un peu par hasard, en jouant dans plusieurs groupes de reggae, où il «apprendra l’art de la basse».

A la fin des années 80, il rencontre les cinq jeunes du groupe IAM. Il est le plus agé d’entre eux et le «tonton», le surnom qui lui a été attribué par les autres membres du groupe, permettra à IAM de se distinguer musicalement. Il deviendra leur compositeur, mixeur, sampleur.

«Je pense que, à part les chants nazi, j’ai tout samplé. Ce qui me plaît, c’est de mélanger les influences, les styles. Et de me rendre compte que de la musique syrienne peut très bien se marier avec un rif coréen. Au final ça tourne ensemble et c’est un mariage surprenant», explique-t-il. 

Venu présenter et faire écouter son nouvel album, Kheper, à Paris, il arrive décontracté, visiblement content de son produit final.

Influences ethniques

Imhotep a toujours cherché ses influences ailleurs. Et pour son premier album solo, Blue Print, composé il y a plus de 14 ans, cet «ailleurs», il était allé le chercher au delà de la Méditerranée, au Maroc.

Pendant un mois, il s’est installé à Essaouira, une ville côtière à l’est de Marrakech, pour composer et mixer son premier ovni musical. Les chants de mouettes, les bruits de l’océan et les cloches de la Medina venaient rythmer les morceaux et les transitions de l’album comme un fil rouge.

Cette fois-ci, et pour des questions de temps, Imhotep n’a pas réiteré son expérience marocaine.

«Mais, j’espère retourner à Essaouira l’an prochain pour participer au festival Gnaoua des musiques du monde (qui se tient chaque année au mois de juin, Ndlr)», confie-t-il.

Une façon de boucler la boucle? Pas tout à fait. Puisque Kheper regorge aussi de ces sonorités orientales qui ont forgé le son si particulier de Blue Print.  

«C’est tout de même une suite logique, j’ai travaillé de la même manière avec des échantillons de musiques ethniques», explique Imhotep.

Et on peut s’en rendre compte dès les premières notes. Après une brève introduction où l'on peut entendre une voix messianique, qui rappelle forcément celle de l'album emblématique «l'Ecole du micro d'argent» d'IAM, l'album s'ouvre sur des sons de tambourins.

Sur Transe Atlantide, une berceuse pygmée vient se marier avec des percussions sénégalaises, comme si Imhotep voulait y faire revivre les «Tam-tam de l’Afrique».


Tam Tam De L'afrique par Akira_s_back

Pachama El Andalazuz, est rythmée à l’orientale.

Finalement, Imhotep n’en avait pas réellement fini avec l’Afrique.

«En 2008, j’ai fait un voyage à Dakar, j’y ai découvert le hip-hop africain dans ce qu’il a de plus créatif. Il suffit de comparer l’ambiance aux Hip-Hop awards de Dakar et celle à Paris, c’est incomparable. Le hip-hop africain gagne a être connu. Il y a bien 500 groupes de rap réferencés rien qu’a Dakar. Et ils écrivent leurs textes sans fautes d’orthographe. On ne peut pas en dire autant des groupes français. On a vraiment des leçons à prendre en Afrique.»

Le scarabée égyptien

L’Afrique se mélange aussi à d’autres continents comme l’Asie. Ca et là, des ritournelles asiatiques se mélangent à des rythmes de basse résolument plus dub. En 19 pistes et un peu plus d'une heure, on passe des rives de la Méditerranée au désert touareg africain en passant par les marchés coréens.

On plane, on se laisse porter par les basses parfois aggressives, parfois envoutantes. La musique du monde se mélange à des sons plus modernes, plus électriques. Et finalement on apprecie l'ensemble pour ce qu'il est: un curieux mélange assez réussi et intemporel.

L'album a déjà une suite en préparation, un nouvel album solo qui sera résolument dub

C’est au fil des voyages qu’Imhotep construit ses morceaux, quitte parfois à les organiser en fonction même de la musique qu’il pourrait découvrir. Depuis 1998 il travaille sur les albums d’IAM, mais participe aussi à d’autres productions collectives comme avec Desert Rebel.

Un projet réalisé autour du guitariste touareg Abdallah Ag Oumbadougou et de Guizmo du groupe Tryo. Malgré cela, il a eu le temps de parcourir du pays.

«En Egypte j’ai récuperé beaucoup de cassettes du bled. Je cherche les influences partout. Par exemple, je peux manger dans un restaurant, entendre un son qui me plaît et demander au patron de me donner la cassette. Je n'essaie même plus d’arrêter.»

D’ailleurs, l’esprit de l’album s’inscrit dans la tradition des «pharaons égyptiens d’IAM». Le titre de l’album le prouve: Kheper vient du mot égyptien Kepri qui signifie le scarabée. Un symbole mythologique qui signifie à la fois le Yin et le Yang —l’équilibre— mais aussi le Phoenix —la renaissance. Tout un programme!

Rap conscient

A 52 ans, ce membre du groupe pionnier du rap conscient, le rap politique en France, parle désormais d’un air presque apaisé avec ses cheveux poivre et sel. 

Dans les années 1990, IAM a toujours cherché à sensibiliser sur les questions d’immigration, d’intégration et à railler les travers de la société française.

Aujourd’hui, Imhotep n’est pas indifférent à ce qui se passe en France et au delà, notamment dans les pays arabes.

«Je suis devenu beaucoup plus pessimiste, aujourd’hui, en ce qui concerne les printemps arabes. Mais ça a été un magnifique élan populaire. Désormais, ils ont le choix entre le marteau et l’enclume, l’armée ou les barbus», regrette-t-il. 

Et forcément, la question de l’Algérie le touche particulièrement.

«Le contre exemple du printemps arabe c’est l’Algérie. J’ai encore des cousins là-bas et la révolution est permanente. Le printemps algérien c’est pour quand? Pour nous ça fait 50 ans, mais l’hiver revient toujours.»

L’architecte musical d’IAM n’a donc pas perdu de sa rage. Sa musique énergique cherche à réconcilier toutes les civilisations, tous les continents. Sur la pochette de l’album ont peut d’ailleurs lire:  

«La musique du monde traverse toutes les frontières, tout le monde comprend son language.»

Laura Orosemane

L'album Kheper sortira le 18 juin. Plusieurs morceau sont déjà disponible en écoute sur le page SoundCloud d'Imhotep. 

IMHOTEP - Give Peace a Last Chance by IMHOTEP KHEPER

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Laura Orosemane

Journaliste française.

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