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Tunisie - Pourquoi Ennahda décrète le couvre-feu

Le gouvernement Ennahda a décrété le 12 juin un couvre-feu sur le grand Tunis et dans quatre régions du pays qui ont connu ces derniers jours de violentes manifestations.

Le couvre-feu sera instauré de 21 heures à 5 heures du matin. Il est imposé au lendemain des violents affrontements entre les salafistes et les forces de l’ordre.

Dans la nuit du 11 au 12 juin, des salafistes et des jeunes tunisiens ont défié les forces de l’ordre dans les cités populaires de l'ouest de Tunis, mais aussi dans la banlieue chic du nord de la capitale.

L'origine de ces troubles remonte à une exposition d'œuvres d'art dans la ville de la Marsa (banlieue nord de Tunis, ndlr).

Jugées blasphématoires et offensantes à l'égard de l’Islam, les œuvres de l’exposition «Printemps de la Marsa» ont été violemment accueillies par les fondamentalistes religieux.

Sur les murs du palais où sont exposées les œuvres, des graffitis disaient: «Dieu est grand, les non-croyants n’ont pas leur place en Tunisie et vous êtes les ennemis de Dieu».

Les manifestants ont incendié les locaux d’un tribunal et pillé des bureaux de syndicats et de partis politiques.

Selon la BBC Afrique, 165 personnes auraient été arrêtées et des centaines de blessés auraient été répertoriées, dont 65 membres des forces de l'ordre. Le site Directinfo fait état d'un mort, un salafiste de 22 ans qui aurait été tué par balles, à Sousse.

A la suite de cette montée de violence, le gouvernement a dénoncé des «actes terroristes» et promis de juger les auteurs présumés en vertu des lois anti-terroristes de 2003 établies sous Ben Ali.

Appel au soulèvement 

Si l’en croit des informations provenant de Jeune Afrique, ce n'est que le jour de la diffusion de l'appel au soulèvement du leader d'Al-Qaïda, Ayman Al-Zawahiri, dimanche 10 juin, que les salafistes se sont «réveillés».

Une manifestation contre l'exposition s'était tenue du 2 au 10 juin au Palais Abdellia sans provoquer de troubles. Ce n’est qu’à la suite de cette diffusion que la violence a éclaté.

Pour le porte-parole du ministère de l'Intérieur Khaled Tarrouche, l’exposition n’était rien d’autre qu’un prétexte aux violences contre les forces de l’ordre et le gouvernement, en général, de la part des salafistes.

«Le fait que les violences aient éclaté en plusieurs endroits au même moment laisse à penser que c'était organisé», a-t-il déclaré.

Le double discours d’Ennahda

Selon Jeune Afrique, le gouvernement d’Ennahda pratiquerait l'art du double discours.

D’un côté, les autorités veulent mettre fin au cycle de violence que la Tunisie connait depuis plusieurs mois.

D’un autre côté, le ministre de la Culture promet de poursuivre devant les tribunaux les organisateurs de l'exposition pour «atteinte aux valeurs du sacré» et a même décrété la fermeture du palais Abdel. Le gouvernement compte également inscrire le respect des valeurs du sacré dans la future Constitution.

Lu sur Jeune Afrique, BBC Afrique

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