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Le chirurgien Pierre Foldès dans sa clinique de Saint-Germain-en-Laye, le 20 avril 2004.Jean Ayissi/AFP
Le chirurgien Pierre Foldès dans sa clinique de Saint-Germain-en-Laye, le 20 avril 2004.Jean Ayissi/AFP

Pierre Foldès, l'homme qui a inventé la chirurgie réparatrice

Depuis presque 30 ans, Pierre Foldès, médecin français, pratique la chirurgie réparatrice du clitoris pour les femmes victimes de l’excision. Il est l'inventeur d’une technique qui leur permet à terme de retrouver des sensations en plus de réduire la souffrance. Portrait.

Mise à jour du 28 novembre 2012: l'Assemblée générale de l'ONU a adopté le 26 novembre sa première résolution dénonçant les mutilations génitales féminines qui affectent quelque 140 millions de femmes dans le monde.

Ces pratiques, dont l'excision, sont illégales dans une vingtaine de pays africains et en Europe ainsi qu'aux Etats-Unis et au Canada notamment, mais elles n'avaient encore jamais fait l'objet d'une condamnation à un tel niveau dans les instances de l'ONU. Plus de 110 pays, dont une cinquantaine africains, ont soutenu conjointement ce texte qui demande aux Etats membres de «compléter les mesures punitives par des activités d'éducation et d'information».

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Ici les locaux sont modernes, lumineux. Dans la salle d’attente un écran géant est installé et les secrétaires vous accueillent en blouse blanche. Lorsque Pierre Foldès reçoit une patiente dans son bureau de la clinique Louis XIV de l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye, à l’ouest de Paris, sa démarche est plutôt explicative.

En aucun cas il ne prône de manière systématique une intervention chirurgicale chez celles qu’il considère d’abord comme des victimes de cette pratique qu’est l’excision.

«L’excision entraine un traumatisme très grave, un traumatisme  comparable à celui que subissent les femmes violées», explique-t-il. «Pour que ces femmes entrent dans un processus de reconstruction, la première consultation doit être une clé qui libère. On va leur dire exactement ce qu’elles ont. Mais cette première consultation ne fait jamais la promotion de l’intervention. On va discuter de ce que l’on peut offrir, dans le respect de leur intimité».

Et ce que le Dr Foldès peut offrir, c’est une chirurgie réparatrice du clitoris pour les femmes ayant été victimes de mutilations génitales féminines. Cela fait presque vingt ans qu’il a mis au point définitivement cette technique: en 1994.

Chirurgien urologue de formation, il a commencé sa carrière dans l’humanitaire auprès de l’ONG Médecins du Monde. C’était dans les années 1980.

D’abord en Asie, puis rapidement en Afrique où il a découvert les sévices causés par cette pratique à la fois traditionnelle et barbare qu’est l’excision.

«A cette époque, je faisais beaucoup d’urologie. Puis j’ai commencé à soigner les fistules obstétricales», raconte-t-il. «Pour l’OMS j’ai été amené à pratiquer plusieurs expertises sur la question au Burkina Faso ; et c’est en les réalisant que j’ai été amené à rencontrer des femmes excisées. Personne ne s’en occupait à l’époque. Quelques-unes d'entre elles sont venues me voir et m’ont demandé de les aider».

3500 opérations depuis 1994

Confronté aux souffrances de ces femmes l’idée lui est venue de mettre au point une nouvelle technique de chirurgie reconstructrice. Pour diverses raisons le clitoris est un organe très méconnu du corps médical.

Quant à l’opération chirurgicale mise au point par le Dr Foldès elle n’a rien de bien complexe.

«Il faut savoir que lors de l’excision du clitoris, on enlève relativement peu de cet organe. Je me suis aperçu que la majorité du clitoris est en réalité comme ‘’enfoui’’, hors de portée des exciseurs ou des exciseuses. Pour ce qui est de la reconstruction on procède à l’ablation de la zone abimée et ou cicatricielle puis, avec les autres parties, on refait un clitoris. Ce qui permet en pratique de retrouver un organe vivant».

L’intervention, assez rapide, se pratique sous anesthésie générale.

Ce n’est qu’après que le vrai combat commence: celui des femmes mutilées qui doivent véritablement apprendre à prendre du plaisir.

C’est là l’autre aspect, essentiel, du travail de l’équipe de Pierre Foldès à Saint-Germain-en-Laye : l’accompagnement et la rééducation : «c’est un processus lent qui peut prendre de quelques mois jusqu’à deux ans».

Au total il a effectué près de 3500 opérations de reconstruction chirurgicale du clitoris. En moyenne, cinquante femmes sont soignées par mois à Saint-Germain-en-Laye, venues de tous les horizons sociaux et géographiques. Le recrutement de sa «clientèle»  est international, certaines femmes viennent  du Canada pour se faire opérer ici.

Environ 15% de ses patientes viennent directement d’Afrique.

Un continent où la pratique de l’excision est toujours une réalité même si l’on a de plus en plus conscience de l’horreur que cela représente pour les femmes. Certains évoquent un recul du recours à cette mutilation.

En 2003, l’Union Africaine dans son protocole sur les droits de la femme a interdit les mutilations génitales féminines considérées comme une violation des droits de l’Homme. Signé par 20 pays, ce protocole prévoit des sanctions et des campagnes de sensibilisation. Selon l’Unicef, en 2010, 48% des femmes en Afrique étaient excisés.

En 2012, l’OMS sort un chiffre plus précis: 92 millions de femmes et de fillettes âgées de plus de 10 ans sont excisées en Afrique. 

Lors de ses voyages en Afrique, au Bénin, au Togo, au Burkina Faso, le Dr Foldès s’engage à rencontrer ces femmes.

Il ne pratique pas la chirurgie réparatrice en mission humanitaire mais se déplace pour traiter les fistules (l’autre mal des femmes africaines) et pour engager un véritable dialogue sur l’excision.

«J’ai rencontré des représentants de gouvernements, des chefs religieux. Je ne leur disais pas «l’excision c’est mal» mais je leur disais ce que les femmes me racontaient». Ce qui a plus de force qu’un simple exposé technique. 

Pierre Foldes explique que l’un des moments les plus marquants de sa carrière reste celui où la sécurité sociale française a décidé de rembourser son intervention. C'était en 2004. 

«Je n’étais pas confiant du tout», se souvient-il. «Les négociations ont commencé en 1998, une année de coupes budgétaires. Mais au final ce fut un vrai et beau combat. J’ai rencontré des gens intelligents qui ont été sensibles à mes arguments, à mon militantisme. D’abord parce que j’ai fait en sorte que cette technique soit la moins coûteuse possible. Ensuite parce qu’ils se sont rendus compte que lorsque je vais en Afrique ce n’est pas pour réparer mais surtout pour qu’on arrête l’excision».

L’ampleur du crime 

Pionnier, Pierre Foldès n’est plus le seul à pratiquer l’intervention. Par le «bouche à oreille, une chose très africaine», l’existence de cette opération s’est fait connaître.

Désormais certains chirurgiens urologues à Paris, en Île de France, à Lyon soignent aussi les excisées. Il y a quelques années, le Dr Foldes a même formé des médecins sur le continent africain au Burkina, au Bénin et au Sénégal. Une formation encore incomplète selon lui, et qui doit donc être approfondie.

C’est précisément tout l’intérêt de l’article que vient de publier la revue médicale britannique The Lancet coécrit avec le docteur Béatrice Cuzin, chirurgien urologue et Armelle Andro, enseignante et chercheuse à l’université Paris I spécialiste des mutilations génitales féminines.

Il lui aura fallu presque quinze années de travail et collecter suffisamment de données scientifiques pour parvenir à cette conclusion: son opération a des effets bénéfiques pour les femmes.

«Avant cette publication, les médecins n’étaient pas forcés de me croire». Désormais tous les membres de  la communauté internationale médicale spécialisée savent que c’est possible.

Ils seront peut-être ainsi bientôt des centaines à redonner espoir aux femmes mutilées et blessées dans leur féminité.

Aujourd’hui âgé de 61 ans celui qui voit dans l’excision une négation de l’identité sexuelle féminine, entend bien continuer à mener ce combat.

«Cette chirurgie nous a permis de découvrir l’ampleur du crime. C’est désormais la parole des femmes qui compte».

Laura Orosemane

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Laura Orosemane

Journaliste française.

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