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La CPI dans le piège du bourbier libyen

Le gouvernement de transition basé à Tripoli perd-il tout pouvoir sur les milices d’anciens rebelles?

Quatre membres de la Cour pénale internationale (CPI) sont détenus depuis le 7 juin 2012, en Libye. Ils s'y étaient rendus, afin de rencontrer en prison Seif al Islam, le fils de Mouammar Kadhafi. Cette situation ne fait qu’accréditer l’idée d’une perte de contrôle du pays.

Malgré la pression de Tripoli et de la communauté internationale, les autorités de Zintan (170 kilomètres au sud-ouest de Tripoli) qui retiennent les quatre fonctionnaires de la CPI ne sont pas disposées à les libérer. Une délégation de la CPI s’est rendue le 10 juin en Libye, afin d'obtenir la libération de leurs collègues.

L'avocate australienne travaillant pour la CPI, Melinda Taylor, est accusée d’avoir transmis à Seif al Islam des documents «dangereux pour la sécurité de la Libye», rapporte le quotidien Libération.

Les autorités de Zintan, ville des montagnes du Nefoussa, où est détenu le fils de Kadhafi, affirment avoir «piégé l’équipe de la CPI».

 Selon l’AFP, elles posséderaient des preuves de la tentative d’espionnage. Melinda Taylor a tenté de faire signer à Seif al Islam un document demandant son transfert à la CPI, elle lui aurait aussi remis une lettre de son ancien bras droit, Mohammed Ismaïl. Enfin, la brigade de Zintan affirme avoir trouvé sur l'avocate une montre faisant office d’enregistreur et un stylo doté d’un appareil photo.

Immédiatement après son entretien avec Seif al Islam, la jeune femme de 36 ans et son interprète libanaise, Hélène Assaf, ont été arrêtées et enfermées.

Les deux hommes qui les accompagnaient, les ressortissants russe Alexander Khordakov et espagnol Esteban Peralta ont choisi de rester avec elles. Dimanche, ils ont tous les quatre été placés en détention préventive pour 45 jours, fait savoir, de son côté, le site de la chaîne France 24.

Les autorités de Zintan ne craignent visiblement pas l'incident diplomatique. Les quatre détenus «bénéficient de l’immunité diplomatique, lorsqu’ils sont en mission officielle pour le compte de la CPI», s’est indignée le juge Sang-Hyun Song, président de la CPI. La brigade de Zintan enfreint la loi en les arrêtant.

Devant cette violation des obligations internationales, Sang-Hyun Song a exigé que les autorités libyennes prennent «sur-le-champ toutes les mesures nécessaires pour garantir leur sécurité et les remettre en liberté».

Ajmi al-Atiri, le commandant de la brigade de Zintan, ne s'émeut pas de l'injonction du président de la Cour et de son gouvernement. Il «affirme qu'en dépit des "pressions" des autorités de Tripoli sur sa brigade pour relâcher les détenus, celle-ci n'a pas l'intention de les libérer en raison des preuves "évidentes" contre eux», ajoute France 24.

D’après une dernière information de l’AFP, l’avocate australienne sera libérée si elle livre des informations sur Mohammed Ismail, actuellement en fuite, a indiqué un porte-parole du gouvernement.

Pour le conseil national de transition (CNT) cette affaire est un véritable jeu d'équilibriste lui qui est pris entre deux feux.

D'une part, les difficultés pour imposer son autorité sur les milices d’anciens rebelles sont croissantes. Les dirigeants de Zintan «refusent de (lui) remettre leur détenu» Seif al Islam, depuis qu’ils l’ont capturé en novembre 2011, afin qu’il soit jugé à Tripoli, rappelle Libération.

«C’est n’importe quoi. Les gens de Zintan (…) gardent Saïf comme moyen de pression politique. Ils ne le rendront jamais avant les élections et la formation d’un nouveau gouvernement. Et encore, seulement s’ils estiment qu’il a livré tous les secrets de l’ancien régime», affirme un haut fonctionnaire du ministère de la Justice, cité par Libération.

D’autre part, le gouvernement de transition a déposé une requête le 1er mai contestant la compétence de la CPI pour juger le fils du dictateur déchu. Seif al Islam fait l’objet d’un mandat d’arrêt international lancé par la CPI. Pourtant le CNT tente de convaincre l’institution internationale que la Libye peut offrir un procès juste et équitable à Seif al Islam. L’affaire de l’arrestation des employés de la CPI amoindrit les chances pour Tripoli de remporter sa bataille contre la Cour.

Lu sur Libération, France 24, AFP

 

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2 réactions
Propagande mais pas d'analyse
Soumis par Mdjaziri, le 05/06/2012 à 10h32

Madame, Monsieur,
Je viens de lire la traduction de l'article de M. Giulio Terzi, ministre italien des Affaires étrangères, intitulé, "Les nouveaux défis de la Libye. Si la communauté internationale n’aide pas dès maintenant la Libye à construire une société démocratique, elle sera seule responsable des conséquences de l’échec".

Bien qu'il soit publié dans la revue Foreign Policy, je suis au regret de dire que c'est davantage un papier de propagande qu'une véritable analyse.

Je suis au regret de dire que la "Libye nouvelle" dont M. le Ministre italien parle est plus celle de son imagination que de la réalité. Il n’y a rien de nouveau dans la Libye actuelle.

Ce n'est pas le lieu d'entrer dans les détails, mais disons simplement que l'article en question est une sorte de plaidoyer pour l'intégration de la Libye dans l'OTAN. C’est peut-être la seule nouveauté.

Je suis spécialiste de la Libye et je peux vous dire que les problèmes auxquels ce pays, qui est un puzzle de communautés, est confronté, sont de nature toute autre que les défis dont il est fait mention.

Merci de m'avoir donné l'occasion de le dire.

Bien cordialement
M Djaziri

Mdjazairi
Soumis par sisifo, le 06/06/2012 à 00h35

Vous avez raison, c'est de la propagande pro-OTAN et rien de plus.
Ou peut-être de la propagande pour aller conquerir la Libye dans les business aussi.
Et dans quelques mois on dira le même du Liban et la Syrie, les deux autres qui ne sont pas des partners dans l'OTAN.

mise à jour 05/06/2012, 2 réactions (réagir)