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Algérie - Le voyage en Israël de l'écrivain Boualem Sansal lui fait perdre un prix

L'écrivain et directeur de la radio France Culture Olivier Poivre d’Arvor est en colère. Il s’exprime le 11 juin dans les pages tribune du journal français Libération pour afficher publiquement sa démission du jury du Prix du roman arabe.

Les raisons?

La «désinvitation» du lauréat 2012, l’écrivain algérien Boualem Sansal, à la cérémonie de remise des prix qui devait être organisée à Paris le 6 juin mais qui a été reportée au 12 juin.

Le prix du roman arabe est attribué chaque année et depuis sa création en 2008 à un écrivain d’origine arabe et traduit en français et dont l’œuvre littéraire a été appréciée par un jury de quinze personnes sous la présidence de l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse.

C’est le conseil des ambassadeurs arabes en France avec le soutien de l’Institut du Monde Arabe qui est à l’origine de cette récompense littéraire.

Et c’est probablement le même conseil qui a décidé de reporter la cérémonie et éventuellement de ne pas attribuer le prix à l’écrivain algérien pour son roman Rue Darwin.

Pour comprendre toute l’histoire, il faut revenir un mois en arrière.

Boualem Sansal, dont le talent est reconnu mondialement pour son livre Le serment des barbares ou encore Le village allemand, a été invité en Israël pour participer comme invité d’honneur au Festival international des écrivains à Jérusalem du 13 au 17 mai.

Il a bien entendu accepté l'invitation mais sa venue dans l’Etat hébreu a déclenché une levée de bouclier d’abord en Palestine. Dans une interview accordée au site d’information DNA Algérie, l’écrivain raconte:

«Des gens du Hamas rédigent alors un communiqué virulent dans lequel ils me condamnent et assimilent ma future présence à un acte de trahison contre les Palestiniens. Ils demandent alors aux pays arabes de boycotter Boualem Sansal».

S’en suit une polémique qui fait rage sur Internet et ailleurs: l’écrivain l'explique notamment par le fait que se rendre en Israël est considéré comme un tabou en Algérie.

«J’ai comme l’impression que sur la question palestinienne, sur les rapports avec Israël, certains Algériens veulent être plus Palestiniens que les Palestiniens. Les Palestiniens peuvent s’asseoir avec les Israéliens autour de la table de négociations, des gouvernements arabes peuvent avoir des relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël, commercer avec sans que cela ne choque. Mais dès qu’un Algérien se rend dans ce pays, on sort les couteaux».

Il va même jusqu’à se justifier dans une tribune parue sur le site d’information Huffington Post intitulée «Je suis allée à Jérusalem et j’en suis revenu riche et heureux ».

En tout cas, l’affaire semble avoir refroidi le conseil des ambassadeurs arabes, mécène du Prix du roman arabe.

Agé de 86 ans, l’écrivain a tout de même dit redouter son retour en Algérie après le tonnerre de critiques mais se définit comme «libre» malgré tout et semble garder son indépendance d’esprit.

Il n'en est pas à son coup d'essai en matière de polémique. Sa participation en 2008 au Salon du Livre de Paris qui avait pour invités d'honneur les écrivains israëliens avait fait couler de l'encre.

Quant à Olivier Poivre d’Arvor, il invite les autres membres du jury à démissionner avec lui et à se réunir pour créer un nouveau prix pour récompenser l'auteur algérien. 

Lu sur Libération

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