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Construction d'une autouroute à Nairobi, Kenya, septembre 2011 © Thomas Mukoya/REUTERS
Construction d'une autouroute à Nairobi, Kenya, septembre 2011 © Thomas Mukoya/REUTERS

Tribune: L’Afrique peut-elle vraiment peser sur la marche du monde?

Pour le chroniqueur politique ivoirien Macaire Dagry,la percée islamiste en Afrique place, de fait, le continent au centre des enjeux géostratégiques internationaux.

Pendant plusieurs décennies, le continent africain, plus spécifiquement l’Afrique subsaharienne, a été considéré comme «un continent naufragé», «un continent mal parti», ou encore «un continent en perdition». Et pourtant de grandes entreprises occidentales prospéraient sur ce continent de «tous les maux». Cela n’a pas non plus empêché des milliers de «coopérants» de se battre pour y être, afin d’y faire aussi fortune. Certains sont mêmes restés de manière définitive, en dépit des vicissitudes qui ont marqué la construction des jeunes Etats africains.

Pendant des années, les institutions financières internationales se sont appliquées à faire accréditer l’idée selon laquelle l’Afrique subsaharienne était sur la voie de la prospérité. Pour crédibiliser ces considérations qu’aucun Etat africain ne pouvait contredire, les chiffres semblaient manipulés, dans le but de masquer les réalités. Pire encore, ces manipulations permettaient de dissimuler le fait que ces jeunes Etats africains étaient de pauvres victimes des puissances étrangères.

Les théories du chaos

L’Afrique subsaharienne n’a pas bénéficié de l’essor économique mondial, que prévoyaient les théoriciens de ces organismes financiers internationaux. Les différentes recettes pour y parvenir n’étaient pas adaptées aux réalités de ce continent. Des théories désespérantes et alarmistes de pauvreté, de chaos, d’instabilité politique ou de guerre civile ont été édifiées à de milliers de kilomètres de ces nations pour éclipser le rôle désastreux des plans d’ajustement. Le rapport de force était véritablement inéquitable.

Ces Etats africains subissaient en silence le diktat de l’étranger. Les dirigeants avaient pour seules consolations, l’enrichissement personnel et la confiscation à vie du pouvoir, avec la bénédiction des organismes financiers internationaux, sensés appliquer et faire respecter les principes de la bonne gouvernance.

Aujourd’hui, le discours vis-à-vis du continent, notamment envers les pays subsahariens a changé de manière plus significative que dans le passé. Le continent est davantage considéré comme une immense source de matières premières et joue un rôle de premier plan dans l’économie mondiale. Il aiguise sans cesse des appétits de plus en plus grands et carnassiers des puissances en expansion comme celles du Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), sans oublier les multinationales qui réalisent d’importants bénéfices malgré la crise.

La percée des islamistes

Aujourd’hui encore, le rapport de force reste déséquilibré en dépit d’une réelle prise de conscience de part et d’autre sur la nécessité de répartition des gains issus de l’exploitation de nos matières premières. Les islamistes qui l’ont bien compris, déplacent leur combat djihadiste sur le continent, afin de menacer les intérêts des puissances étrangères. Cela place, de fait, l’Afrique au centre des enjeux géostratégiques mondiaux dans la lutte contre le terrorisme et la nécessité de sécuriser les approvisionnements en énergie des puissances étrangères.

Ce positionnement géostratégique du continent devrait en principe équilibrer les rapports de force. Dans la réalité, il n’en est rien. Les puissances étrangères disposent comme toujours de terrifiantes armes neutralisantes: l’argent, à travers les différentes aides au développement, la capacité d’annuler nos dettes, ainsi que l’initiative du droit international qui s’impose à nous, de manière implacable et redoutable. Par exemple, les normes juridiques issues des traités internationaux comme ceux de l’Organisation internationale du Commerce.

L’influence des puissances étrangères

Comment peut-on croiser le fer avec des créanciers qui déterminent même les critères d’exploitation et de ventes de nos propres matières premières? En dépit de nos immenses richesses qui devraient renforcer nos positionnements géostratégiques dans les rapports de force internationaux, nous sommes encore et toujours dépendants de ceux à qui nous vendons nos matières premières.

Nos dirigeants sont encore dans l’incapacité d’affirmer des positions et des choix dans l’intérêt de leurs peuples. Et ces derniers n’ont pas la culture de demander des comptes à leurs dirigeants. Bien au contraire, après les avoir fortement traités de «voleurs» ou autres, ce sont ces mêmes populations qui courent les applaudir lors de leurs campagnes électorales, dans l’espoir de recevoir quelque cadeau.

Macaire Dagry, chroniqueur ivoirien

 

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