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Le Liberia veut en finir avec les milices ivoiriennes

Les autorités libériennes ont annoncé, le 9 juin, la fermeture de la frontière commune à la Côte d’Ivoire, afin de limiter les violences chez son voisin, rapporte le quotidien burkinabé Le Pays. Pourquoi un tel revirement après des mois d’immobilisme de la part du gouvernement libérien?

Les miliciens se servent du Liberia comme arrière-garde pour perpétrer des massacres dans les villages ivoiriens, proches de la frontière, croit savoir Le Pays. Peu surveillée et au cœur d’une végétation dense, il est facile de la franchir. La dernière tuerie en date a donc contraint le gouvernement libérien à réagir.

Vendredi 8 juin, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, sept Casques bleus, huit civils et un soldat ivoiriens ont été tués par des miliciens.

La présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf n’a eu d’autre choix, pour montrer toute son indignation et sa volonté de lutter contre les milices, que d’annoncer la «fermeture immédiate» des frontières avec la Côte d’Ivoire, fait encore savoir Le Pays.

«Les individus impliqués dans des attaques transfrontalières seront arrêtés et remis aux autorités ivoiriennes», a affirmé Lewis Brown, ministre libérien de l’Information.

Pour rappel, de nombreuses milices soutenant le président déchu Laurent Gbagbo sont implantées au Liberia, d’où il leur est facile de pénétrer en Côte d’Ivoire. Le Liberia n’a, pour l’instant, jamais pris aucune mesure contre ces groupes armés comme le souligne le Guardian. Mais après l’embuscade de vendredi, c’est toute la communauté internationale qui s’est émue de la mort des Casques bleus, et le Liberia s’est trouvé acculé, obligé de réagir.

Un rapport de l’ONG Human Rights Watch, publié le 06 juin, se montre très critique à l’égard du gouvernement libérien. Il l’accuse de mener une «politique de l'autruche face au flot de criminels de guerre qui ont franchi la frontière libérienne», après la crise ivoirienne entre 2010 et 2011. L’ONG reproche au pays de «ne pas poursuivre les auteurs d'attaques perpétrées depuis lors, à partir de son territoire», selon l’AFP.

La présence d’enfants dans les milices pro-Gbagbo est également épinglée par Human Rights Watch, selon le Guardian. Des enfants soldats âgés de 14 à 17 ans seraient enlevés puis entraînés dans des camps au Liberia, avant d'être envoyés en Côte d'Ivoire, croit savoir l'ONG.

«Ils nous appellent l’unité des petits garçons et nous sommes toujours en sécurité  quand nous allons dans les zones de guerre en Côte d’Ivoire. Je ne connais pas le nombre total de personnes qu’on a tué», révèle un enfant soldat à Human Rights Watch.

Ils traversent la frontière libérienne —distante de vingt minutes avec la Côte d'Ivoire en de nombreux points— quelques heures avant l’attaque puis retournent dans leurs camps.

«Les jeunes peuvent représenter un tiers du groupe d’attaquants. Certains d’entre eux sont des adolescents plutôt âgés mais les autres sont des enfants errants que l’on imaginerait jamais avoir des armes sur eux», explique Traore Adama, un soldat ivoirien qui a s’est réfugié à Abidjan après les attaques de ces derniers mois.

Le Pays, quotidien burkinabé, rappelle qu’une fermeture des frontières ne suffira pas à enrayer les violences et les crimes de cette région; le Liberia doit intervenir militairement pour «sécuriser au moins sa partie Est».

Lu sur Le Pays, The Guardian, AFP

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