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Ronald Lauder, Bern, 29 avril 2008. REUTERS/Pascal Lauener
Ronald Lauder, Bern, 29 avril 2008. REUTERS/Pascal Lauener

Pourquoi il faut investir en Afrique

Ronald Lauder, dirigeant d’Estée Lauder, se prend de passion pour l’Afrique, un continent qu’il qualifie de «nouvelle frontière». Après avoir beaucoup investi en Europe de l’est au lendemain de la chute du mur de Berlin, Ronald Lauder explique à SlateAfrique pourquoi il croit au développement très rapide de l’Afrique.

SlateAfrique - D’où vous vient ce vif intérêt pour l'Afrique et les investissements sur le continent?

Ronald Lauder - Je suis très intéressé par l'Afrique parce qu’il n’y a pas de doute sur le fait que l’Afrique sera bientôt la nouvelle frontière. Après la chute du mur de Berlin, en 1989, j’ai été l’un des premiers à investir en Europe de l’est et nous avons très bien réussi là-bas.

En Europe  de l’est, il y a eu une explosion rapide des médias. Je pense que l’Afrique a le même type de potentiel, de capacité, pas seulement dans le domaine des médias, mais dans beaucoup de domaines très variés.

C’est sûr que l’Afrique n’a pas encore des infrastructures très sophistiquées pour accueillir des investissements, mais cela va venir rapidement. Ce continent possède une classe moyenne très large. Une nouvelle classe moyenne qui cherche de nouveaux produits qui correspondent aux standards mondiaux.

La classe moyenne en Afrique regroupe de 300 à 400 millions de personnes. Si l’on regarde pays par pays, certes il y a des problèmes, on peut avoir une vision faussée en regardant chaque nation. Mais si l’on regarde le continent dans son ensemble, on voit bien qu’il est en pleine croissance.

L’Afrique possède des ressources naturelles immenses. Notamment avec l’eau ou les terres, le potentiel est énorme.

Les Africains sont en train de comprendre ce qui peut être fait dans le domaine de l’eau ou l’agriculture.

SlateAfrique - Que répondez-vous aux hommes d’affaires occidentaux qui affirment que les investissements sur le continent sont trop risqués?

R.L. - J’ai appris dans le business qu’il vaut beaucoup mieux investir là où les autres ne veulent pas investir que d’investir là où tout le monde investit.

Parce que si vous investissez là où tout le monde investit, les prix sont beaucoup plus élevés et la compétition est beaucoup plus féroce.

Je crois en l’Afrique. Je crois que le futur est ici. Et j’y crois de plus en plus.

Transformer le désert

SlateAfrique - Savez-vous déjà dans quel domaine vous allez investir?

R.L. - J’ai commencé ma carrière dans le domaine de l’eau. L’eau, c’est la vie. En Afrique, seulement 7% de l’eau fournie à l’agriculture provient d’une autre source que l’eau de pluie.

Avec le réchauffement climatique, il y aura de moins en moins d’eau. Et cela va poser de très grands problèmes. On peut passer de 7% à 70% avec d’ingénieux systèmes hydrauliques. Et je pense que notre expertise dans le domaine peut servir.

Il est aussi possible de transformer le désert en un endroit où il est possible d’avoir de la croissance comme en Israël par exemple. Quelles graines utiliser? Quoi planter, quand le planter? Tout un tas de techniques que l’Afrique peut apprendre rapidement et ainsi changer très vite de visage. 

Si l’Afrique a de bons systèmes d’alimentation en eau, de bons systèmes de médias, tout peut changer très rapidement. Si l’on apprend à utiliser de façon adéquate les ressources, on commence à avoir une bonne combinaison

C’est vrai qu’il y a beaucoup de pays en Afrique qui sont très compliqués, mais il y a aussi d’autres pays en Afrique qui sont merveilleux.

SlateAfrique - Avez-vous déjà choisi vos lieux d’implantation en Afrique?

R.L. - Pas encore, je découvre le Gabon. Je suis allé en Afrique du Sud, au Maroc en Tunisie, en Egypte, mais je n’étais jamais venu en Afrique centrale.

SlateAfrique - Doit on agir différemment lorsque l’on investit en Afrique? Est-ce différent des investissements dans les autres pays du monde?

R.L. - Tous les pays sont évidemment différents.

Je pense que parfois les risques en Afrique sont moindres que dans d’autres zones du monde. Je ne crois pas que l’Afrique va être très affectée par les changements qui se produisent dans certaines parties de l’Europe. Les Chinois font des investissements considérables en Afrique. Et maintenant ils sont imités par beaucoup d’autres pays. Dans les prochaines années, je pense que l’Afrique va avoir moins de problèmes économiques que d’autres parties du monde.

L'exemple de l'Europe de l'est

SlateAfrique - Le monde occidental investit-il suffisamment en Afrique?

R.L. - Les Chinois accomplissent un travail vraiment spectaculaire. Beaucoup d’entreprises occidentales voudraient investir en Afrique, mais il faut d’abord quelles règlent leurs problèmes locaux. C’est très compliqué de faire un investissement quand vous devez d’abord soutenir votre marché intérieur.

Mais je pense qu’une fois que l’Europe aura surmonté la crise et une fois que les élections seront passées aux Etats-Unis et que les gens auront davantage confiance dans le futur, vous verrez beaucoup plus d’investissements en Afrique.

SlateAfrique - Quel avenir pour l’industrie cosmétique? Le business de la beauté noire n’est-il pas en développement rapide?

R.L. - L’industrie des cosmétiques en Afrique est toujours très en retard. Ce sera un jour un marché très important.

Dans dix ans, l’Afrique sera un continent totalement différent de celui qu’il est aujourd’hui. Tout comme l’Europe de l’est a énormément changé entre 1989 et 1999, l’Afrique va considérablement évoluer lors de la prochaine décennie. J’ai rencontré plusieurs chefs d’Etat africains et j’ai eu le sentiment qu’ils voulaient vraiment aller de l’avant. Je suis très optimiste pour l’Afrique cela ne va pas arriver demain cela peut prendre cinq ou dix ans.

SlateAfrique - Combien prévoyez-vous d’investir en Afrique?

R.L. - C'est encore trop tôt pour le dire.

Propos recueillis par Pierre Cherruau, directeur de la rédaction de Slate Afrique, à Libreville

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Pierre Cherruau a publié de nombreux ouvrages, notamment Chien fantôme (Ed. Après la Lune), Nena Rastaquouère (Seuil), Togo or not Togo (Ed. Baleine), La Vacance du Petit Nicolas (Ed. Baleine) et Dakar Paris, L'Afrique à petite foulée (Ed. Calmann-Lévy).

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