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Beaucoup d'Algériens n'iront pas fêter les 50 ans de l'indépendance. FAYEZ NURELDINE / AFP
Beaucoup d'Algériens n'iront pas fêter les 50 ans de l'indépendance. FAYEZ NURELDINE / AFP

L'Algérie doit elle fêter son indépendance?

Le 5 juillet est la date anniversaire des 50 ans d'indépendance de l'Algérie. Que ferez-vous? Peut-être rien, il fera chaud. On ne sait pas. C'est terrible un jour férié, dans un pays férié, chômé et payé.

Mise à jour du 26 juin 2012: L'Algérie dont les relations avec la France traversent régulièrement des zone de tensions attend des "actes" de la part de Paris, a indiqué lundi un ministre algérien, à quelques jours de la commémoration du 50e anniversaire de l'indépendance de ce  ce pays.     

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Que faire le 5 juillet prochain? Sortir en hurlant de joie comme le 5 juillet 1962? A peine. Il y a eu trop de choses depuis cette époque. D'abord un coup d'Etat. Ensuite la naissance de milliers de faux anciens Moudjahiddine qui ont mangé l'histoire nationale et lui ont donné ces airs trop maquillés d'un vieux métier de l'humanité.

Ensuite aucun Algérien n'a marché sur la lune, un président a été tué dans le dos. Et encore? Il y a eu des milliers de morts, des torturés, des internés, des massacrés et des exilés. Vers la France.

Du coup, ce n'est pas évident de rééditer la joie de 62 et de l'indépendance de l'Algérie. Le cœur est dans la chaussure et la chaussure est tournée vers la tombe ou la mer. Donc ce prochain 5 juillet, beaucoup ne feront rien. Il fera chaud. La terre sera là, mais ne parlera à personne comme une épouse retrouvée ou une mère qui distribue des prénoms en criant de joie, selon l'hymne.

Prendre le large

C'est une date mais les dates se vident et se remplissent comme les verres. Donc ce 5 juillet, on peut rester chez-soi. Ou se rassembler hors-champ du régime. Sauf que là il faut une autorisation. Comme avant 62. On peut aussi ne pas se sentir concerné. Fermer sa porte et éviter la fête et la défaite. Comme pour certains, avant 62.

On peut aussi crier «Vive la France», comme certains avant le 5 juillet 62. Ou faire semblant de crier «Vive l'Algérie» comme avant la libération. On peut aussi s'interroger. On peut aller nager, vers la plage et la mer. Comme Albert Camus, Meursault. Et faire déranger par un «arabe» qui a un couteau. Ou bien non.

Aller au Maroc. Il y fait beau. Ou bien en Tunisie aussi. C'est un peu la même chose. C'est une longue journée le 5 juillet prochain. Les Chinois préparent déjà le méga-feu d'artifice prévu pour fêter l'indépendance des Algériens. Ou bien regarder. Car le 5 juillet est une fête selon l'argent. Qu'on a pris. Ou l'histoire nationale qu'on a fait sienne pour son histoire personnelle. Ou bien selon les moyens. De l'Etat. Ou si on en a le costume et l'âge: plus de 75 ans pour les plus jeunes.

Ils ne savent pas pourquoi ils vivent

Sinon, la plupart n'y seront pas. C'est malheureux: on n'a rien contre le couple liberté/drapeau mais il y a beaucoup de gens qu'on n'aime pas qui y seront. Et qui ne nous aimes pas. Comme les colons avant le 5 juillet 62. On aurait voulu rire comme sur les photos de cette époque, sauf que depuis, il y a des doutes. De la friperie, des importations chinoises.

Avant 62, on savait pourquoi les Algériens mourraient. Ces dernières années, beaucoup disent qu'ils ne savent pas pourquoi ils vivent. Des propositions? Oui: le 5 juillet prochain, raconter aux enfants que le 5 juillet 62 l'Algérie s'est mariée et a eu beaucoup d'enfants.

Qui sont morts ensuite parce qu'elle a divorcée et a été répudiée, chassée, frappée et s'est teint les cheveux. Ou prendre un café en soupirant sur la trace de Messali. Ou appeler à l'indépendance de l'indépendance, comme l'a écrit un internaute. On ne sait pas. C'est terrible un jour férié, dans un pays férié, chômé et payé.

Kamel Daoud (Le Quotidien d'Oran)

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Kamel Daoud

Kamel Daoud est chroniqueur au Quotidien d’Oran, reporter, écrivain, auteur du recueil de nouvelles Le minotaure 504 (éditions Nadine Wespieser).

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