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La garde d'honneur algérienne durant une visite officielle du président Bouteflika à Blida, 18 février 2009, REUTERS/Z. Bensemra
La garde d'honneur algérienne durant une visite officielle du président Bouteflika à Blida, 18 février 2009, REUTERS/Z. Bensemra

Une intervention militaire au Mali ne peut se faire sans l'Algérie

Il est temps qu’Alger sorte de sa réserve pour accompagner une éventuelle intervention armée au sud de ses frontières avec des moyens humains et matériels.

Mise à jour du 8 juin : L’Union Africaine (UA) va demander le soutien de l’ONU pour une intervention militaire dans le Nord du Mali. C’est ce qu’ont annoncé, hier, lors d’une réunion à Abidjan (Côte d’Ivoire) des responsables onusiens et africains. Le 30 mai dernier, le chef de l’Etat béninois et actuel président de l’UA, Thomas Boni Yayi, avait déjà lancé l’idée d’une saisie du Conseil de sécurité de l’ONU en vue de la création d’une force africaine d’intervention au Mali.

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La position actuelle de l’Algérie dans la recherche de la meilleure stratégie de résolution de la crise malienne a de quoi intriguer. Ce même pays qui a toujours reproché à l’ex-président malien Amadou Toumani Touré (ATT) d’être tendre avec les preneurs d’otages de la bande sahélo-saharienne, prône curieusement la voie pacifique dans la restauration de l’intégrité territoriale du Mali.

Les autorités algériennes ne sont cependant pas sans savoir que des terroristes d’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) sont présents au Nord-Mali où ils apportent leur soutien au groupe islamiste Ansar Dine.

Pourquoi tant de passivité?

Pourquoi donc ce traitement envers deux types d’extrémistes qui ont pourtant ceci de commun qu’ils sont tous prêts à utiliser les stratégies les plus inhumaines pour atteindre leurs desseins tordus?

Le soudain regain de vocation pacifiste dont fait montre l’Algérie est peut-être dû au fait que sept de ses diplomates sont détenus par les fous de Dieu. Alger a donc son doigt dans la bouche aux crocs acerbes des maîtres du désert du Sahara et ne veut sans doute pas courir le risque de tenir un discours ou d’avoir une attitude qui puisse les irriter.

Mais le souci d’observer une certaine prudence en vue de préserver la vie de leurs ressortissants peut-il à lui seul suffire à dédouaner les dirigeants algériens de cette indolence inopportune?

Les communautés africaine et internationale qui ont toujours privilégié la méthode pacifique dans la gestion de la crise malienne au point d’y dépêcher deux médiateurs, se sont rendues à l’évidence de la nécessité de passer à une autre étape.

Ce n’est donc pas au moment où le président de l’Union africaine (UA), avec le soutien de la France, s’active dans la quête d’une résolution onusienne en vue d’une intervention militaire au Mali, que l’Algérie doit sortir du bois et poser une question déjà vidée. La stratégie du dialogue a en effet déjà étalé toutes ses limites en épuisant toutes ses options possibles.

Le pouvoir central malien doit se ressaisir

Dans le cas malien plus précisément, les islamistes et les indépendantistes du Nord ont prouvé qu’ils accordaient peu d’importance aux négociations en posant des actes de nature à les compliquer davantage. La tentative de fusion non encore complètement aboutie entre Ansar Dine et le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) est l’une des preuves fortes du mépris de ces groupes armés pour leurs interlocuteurs.

La mayonnaise de cette union de circonstance a cependant du mal à prendre. Une aubaine dont doit se saisir le gouvernement de transition pour accélérer le processus d’intervention militaire.

Le pouvoir de Bamako commence en tout cas à bouger malgré les difficultés que les putschistes et leurs sympathisants ne cessent de lui créer. La commission d’enquête sur l’agression du président de la transition, Dioncounda Traoré, a publié son rapport dans lequel il a épinglé trois suspects qui attendent déjà au cachot que leur sort soit fixé.

D’autres interpellations sont en cours. En attendant de savoir qui sont les autres complices et surtout les principaux commanditaires officiels, l’on peut déjà se féliciter que l’enquête ait été menée et ait déjà, à ce stade, produit des résultats.

Elle ne servirait cependant à rien si elle n’allait pas jusqu’au bout en dénonçant tous ceux qui sont mêlés de près comme de loin à ce lâche forfait, fussent-ils du camp de la toute-puissante ex-junte. Et les travaux de la commission ne seraient utiles que si la Justice prenait diligemment le relais pour faire toute la lumière sur cette affaire.

La participation de l’Algérie est capitale

Il urge de réunir les meilleures conditions sociopolitiques dans la capitale malienne où doivent être prises d’importantes décisions pour accompagner une éventuelle opération militaire africaine dans le Nord.

L’idée de la mobilisation d’une armée africaine qui agira sous l’égide des Nations unies semble redonner de l’espoir aux populations de cette localité dont les femmes et autres groupes organisés, commencent à braver la violence des terroristes pour exprimer leur ras-le-bol.

Ce réveil des habitants de cette zone est un bon signe car, en cas d’intervention militaire, leur implication sera nécessaire au bon déroulement de l’opération. Pourvu que l’Algérie sache interpréter ce signe favorable et se ressaisisse de ses hésitations incongrues pour apporter tout le soutien nécessaire à la réussite de ce projet.

L’apport logistique qu’elle a promis en cas d’intervention militaire n’est pas insignifiant et sera sans doute le bienvenu. Mais en plus du matériel et de la technologie, il faut des hommes pour s’en servir et pour aller sur le front, et la contribution de l’Algérie, voisine stratégique du Mali, est attendue à ce niveau aussi.

Le Pays

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