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Une église à Begnimatou, dans le pays Dogon, 19 mars 2005 © Upyernoz/flickr
Une église à Begnimatou, dans le pays Dogon, 19 mars 2005 © Upyernoz/flickr

Les chrétiens ont-ils encore une place au nord du Mali?

Face à la menace des mouvements djihadistes qui occupent le nord du Mali, nombreux sont les chrétiens qui fuient.

Cinq mois après le début de la rébellion touareg, la présence de groupes islamistes comme Ansar Dine qui prônent l'application de la charia, accroît l'inquiétude des chrétiens du Nord du Mali.

Selon plusieurs témoignages concordants, un groupe islamiste reconnu comme étant Ansar Dine, dirigé par Iyad Ag Ghali, serait rentré dans l'Eglise de Gao et aurait tout saccagé, obligeant les chrétiens à trouver refuge à Bamako, situé au sud du pays.

«Les chrétiens de Kidal, Tombouctou, Gao, ont tous fui la région du Nord. Depuis le 1er avril, les lieux de culte comme l'Eglise de Gao et la chapelle de Tombouctou seraient occupés par le groupe Ansar Dine»,  souligne l'évêque de Mopti, Pierre Fonghoro.

Insécurité croissante

Ce ne serait pas la première fois que les chrétiens du Nord seraient la cible du groupe islamiste. Plusieurs habitants de Tombouctou rapportent que les chrétiens sont régulièrement menacés par le mouvement d'Iyad Ag Ghali.

D'après un rapport publié en mai dernier par Amnesty International, Ansar Dine aurait diffusé sur les ondes de la radio privée Bouctou, des communiqués demandant aux chrétiens de quitter la zone et annonçant l’imposition de la Charia sur l’ensemble du territoire malien.

«On a collecté des témoignages de Tombouctou et de Gao qui font état de pillages et de saccages mais il ne s'agit pas d'attaques systématiques», observent Gaëtan Mootoo et Salvator Saguès, chercheurs à Amnesty International.

Pourtant à Tombouctou, certaines personnes affirment qu'une liste noire, sur laquelle sont inscrits tous les noms des chefs de la communauté chrétienne, aurait été dressée par les islamistes.

Les chrétiens: les «gens du livre»

Pour Mathieu Guidère, islamologue et auteur de «Le printemps islamiste: démocratie et charia», les  chrétiens susceptibles d'être visés par Ansar Dine seraient les missionnaires catholiques ou évangéliques:

«Les missions religieuses doivent cesser car il s'agit de missions d'évangélisation ce qui serait très mal perçu par Ansar Dine qui a également au sein de son groupe des missionnaires musulmans.»

Mis à part les missions religieuses, le groupe islamiste, par leur position fondamentaliste, ne peut pas menacer les chrétiens: «il se doit de les protéger car ce sont des scripturaires, appelés également les «gens du livre.» 

En effet, le Coran stipule qu'il est interdit textuellement de détruire les synagogues, églises et mosquées (Coran, Le pèlerinage, XXII; 39-40). Ansar Dine n'aurait aucun intérêt à s'en prendre aux chrétiens.

«Le groupe dirigé par Iyad ag Ghali ne veut pas être assimilé à Aqmi qui souhaite chasser les étrangers et les chrétiens car ce serait une catastrophe pour les Touareg. Il y a une différence de point de vue et de comportement envers les chrétiens entre Aqmi et Ansar Dine», analyse le chercheur.

Qui sont les auteurs des pillages?

Du côté du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), on ignore tout des pillages et des saccages de lieux de culte qui ont été perpétrés au Nord du Mali. Pour Hama Ag Sid'Ahmed, le porte-parole de ce mouvement, les auteurs susceptibles de commettre ces actes seraient les milices songhay (populations noires vivant le long du fleuve Niger).

Envoyées par l'ancien président malien Amadou Toumani Touré pour combattre les Touareg dans les années 90, elles se seraient par la suite installées au Nord du pays.  Il existerait deux sortes de milices songhay: la Ganda Koy («maîtres de la terre», en songhay) et la Ganda Izo (« fils du pays »).

Depuis le début de la rébellion de janvier 2012, des affrontements opposent le MNLA et les milices arabes, du fait de leurs accointances avec les groupes terroristes.

«Ils sont devenus les relais  du Mujao et d’Aqmi. Ce sont des miliciens qui circulent avec un "drapeau noir" dans certains villages, à Gao et à Tombouctou.  Ils saccagent et pillent et commettent souvent des actes inhumains», explique le porte-parole du MNLA.

A ce sujet, La délégation d’Amnesty International a recueilli de nombreux témoignages de réfugiés maliens au Niger qui ont fait état d’homicides arbitraires et délibérés commis par deux milices d’auto-défense songhay.

Selon l'organisation, elles auraient lancé des représailles aveugles contre les populations touareg sans que les forces de sécurité maliennes n’interviennent, ce qui peut indiquer que l’État malien a toléré, voire encouragé, ces actes.

Cette situation dans le Nord tranche avec les rapports qu'entretiennent habituellement les musulmans avec les chrétiens.

«Avant l'arrivée des groupes islamistes, les musulmans et les chrétiens vivaient en bonne entente dans le Nord du Mali. Je n'avais jamais vu de tensions. A Gao, par exemple, dans certaines familles de l'ethnie Dogon, il y a des musulmans et des chrétiens et tout se passe très bien», observe l'évêque de Mopti.

Aujourd'hui, la tension entre les deux communautés est montée d'un cran. Les chrétiens sont nombreux à avoir quitté la région du Nord et les soldats maliens stationnent dans certaines villes comme Mopti pour assurer leur sécurité et éviter que ce climat se propage dans le reste du Mali.

Stéphanie Plasse

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