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© Damien Glez, tous droits réservés.
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Bulle spéculative sur le sperme

Mâles de tous les pays, ne laissez pas traîner votre semence. Elle risque de ne pas être perdue pour tout le monde.

Abidjan ou Accra. Le quidam a fini de batifoler dans sa chambre de passe préférée. Il n’a pas l’intention de s’attarder. La femme qui se rhabille déjà n’est pas sa légitime toujours gourmande de mots doux après une «petite mort» trop peu réciproque.

Il ne se trouve pas non plus chez sa maîtresse préférée, là où il aime se prélasser, une cigarette aux lèvres, entonnant avec sa voix la plus grave la rengaine confiante du «alors heureuse?». Ici, les partenaires dont il ne retiendra rien de l’anatomie supérieure, travaillent «à l’abattage». Pas de massage réparateur. Pas de remerciements en retour. L’homme est pressé de partir, comme il était pressé de «venir». Il ne se croit délesté que de quelques centaines de francs CFA… Erreur.

Un juteux commerce

Si la prostituée est pressée d’inscrire un autre homme à la liste de ses clients du jour, elle s’attarde tout de même dans la chambre. Comme une abeille butine patiemment l'élément fécondant mâle de la fleur, la fille de joie récolte le «pollen» de son amant furtif.

Client après client, elle récupère les préservatifs jetés négligemment et récolte le jus d’homme. Le condom devient packaging d’un bien curieux commerce. Dans ces pays d’Afrique de l’Ouest, le fruit de la saillie se vendrait à 10.000 francs CFA (15 euros). Bien plus que le prix de la passe…

Au Zimbabwe, il y a déjà quelques mois, ce ne sont pas des filles de joie qui avaient été à l’origine d’un trafic de sperme. Des zimbabwéennes, souvent à plusieurs et parfois accompagnées d’hommes, auraient drogué des auto-stoppeurs, les obligeant ensuite à des rapports sexuels. La «traite» achevée, elles auraient conservé les préservatifs.

En octobre 2011, trois jeunes femmes, âgées de 24 à 26 ans, auraient ainsi été interpellées avec 31 préservatifs usagés dans le coffre de leur véhicule.

La recette du succès

Quel est l’objectif de cette bien curieuse collecte? Il ne s’agit pas d’approvisionner un marché clandestin pour couples stériles en quête d’un liquide séminal fertile. Dans les pays où le don de semence est réglementé, les lois de bioéthique prévoient la gratuité.

Bien sûr, ceux qui se désolent des pénuries dans les banques de sperme sont prêts à payer. Mais ils passent par des filières plus sécurisées –même proscrites– que celles de la prostitution. Il y aurait fort à douter de la qualité d’un «liquide» recueilli dans les conditions scabreuses d’une chambre de passe ghanéenne.

Le «détournement» séminal de la prostituée ouest-africaine n’est pas non plus destiné à un laboratoire qui souhaiterait avancer dans quelque recherche scientifique que ce soit. Ni à une sorte de sondage génétique. Il ne s’agit pas non plus de fournir un ingrédient à ces nouveaux cuisiniers qui, sur le site Lulu, propose un livre intitulé Natural Harvest (Récolte Naturelle), recueil de recettes de tartes ou de flans à base de sperme.

Les condoms usagés récoltés dans les chambres de passe africaines sont destinés à des marabouts qui les utilisent dans des rituels obscurs…

Si le client distrait qui a omis de jeter sa capote dans les toilettes n’est pas la cible de ces manipulations mystiques, des témoignages indiquent qu’il en serait parfois une victime collatérale. Suite à des rituels infructueux, certains habitués de ces chambres de passe auraient contracté des maladies aussi étranges qu’incurables...

En Afrique noire, la quête d’une promotion sociale, d’une carrière politique, d’un raffermissement de liens sentimentaux ou d’un succès commercial continue de susciter le recours aux marabouts de tout poil.

Gagner de l'argent, c'est pas sorcier

Ces sorciers, notamment à l’approche d’une élection ou de la formation d’un nouveau gouvernement, n’hésitent pas à exiger des ambitieux des ingrédients humains. Il y a des prescriptions dont la victime pourra se délester sans trop d’encombres: des cheveux, des rognures d’ongles ou, donc, du liquide séminal.

Puis il y a les lambeaux de peau –notamment albinos–, les langues, tout membre ou tout organe qui se vend à prix d’or sur le plus inqualifiable des marchés. Au Gabon, l’Observatoire national de la démocratie suggère le classement des crimes rituels en crimes contre l’Humanité.

Lorsque le prélèvement est anecdotique, peut-être faut-il voir le bon côté des choses et tirer soi-même profit de la vente de ses propres attributs physiques. Les acteurs de films pornographiques vendent bien les images de leurs éjaculations.

Abdoulaye Wade n’a-t-il pas, en quelque sorte, cédé une infime partie de son hémisphère droit lorsqu’il a entendu monnayer son inspiration dans la conception du monument de la Renaissance africaine?

Nul doute que de nombreuses africaines soucieuses d’enfanter un as du ballon rond seraient prêtes à acheter à prix d’or un peu de «concentré» de Didier Drogba. En reste-t-il assez au généreux Jacob Zuma pour que quelques Sud-africaines misent sur la carrière politique de leurs futurs fœtus?

Vu la quantité indénombrable de cheveux qui se trouve sur la tête de la première dame du Cameroun, ce sont plusieurs marchés juteux… euh, rentables qui pourraient s’offrir à elle: celui des amoureux fétichistes ou celui des fabricants de têtes-de-loup. Pour les rituels des marabouts, il restera à déterminer si les cheveux roux sont extraits d’extensions synthétiques…

De nombreux dirigeants africains pourraient vendre leur surcharge pondérale. Mais même la science ne voudrait pas du foie de certains présidents de la côte ouest-africaine…

Damien Glez

Damien Glez est un dessinateur de presse burkinabé. Il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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Damien Glez

Dessinateur burkinabé, il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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