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Une vendeuse indienne dans un magasin du centre de Nairobi, au Kenya. REUTERS/Antony Njuguna
Une vendeuse indienne dans un magasin du centre de Nairobi, au Kenya. REUTERS/Antony Njuguna

La percée de l’Inde en Afrique menace-t-elle la Chine?

Pour alimenter sa croissance, l'Inde a besoin des ressources et des débouchés de l'Afrique. Au risque de se heurter à la concurrence chinoise.

La présence indienne, plus ancienne que la présence chinoise en Afrique, et tout particulièrement dans les pays anglophones, pourrait être qualifiée de naturelle. Elle est forte en Ouganda, en Tanzanie, au Kenya et en Afrique du Sud, où il y a eu une immigration indienne depuis le 19ème siècle. Gandhi, pour mémoire,  a exercé et vécu en Afrique du Sud.

Cette immigration, qui date de la période coloniale anglaise, s’est consolidée de façon remarquable et on trouve aujourd’hui des Africains d’origine indienne -sur l'île Maurice et celle de la Réunion notamment.

Maintenant, il reste à savoir ce qui peut expliquer que le gouvernement indien s’intéresse au continent africain.

«Les Indiens sont plus proches des Africains que ne le sont les Chinois»

Pour Jean-Claude Beaujour, avocat et spécialiste de l’Asie qui séjourne régulièrement en Inde, il y a une double façon de voir les choses:

«L’Inde est appelée à s’alimenter, voir s’approvisionner en matières premières à l’extérieur, et donc à s’intéresser au continent africain. En outre, les entreprises indiennes ont bien compris qu’il est important de se consolider sur les marchés où elles sont déjà présentes. Le continent africain est au nombre des débouchées possibles pour les entreprises indiennes, même si cela ne concerne qu’un nombre très limité d’entreprises. En effet, d’une manière générale, les entreprises indiennes considèrent qu’elles ont beaucoup à faire sur leur marché domestique avant d’aller à la conquête des marchés étrangers.»

Y a-t-il a assez d’opportunités en Afrique pour ces entreprises indiennes?

«Il convient d’observer que l’Inde a développé une industrie de nouvelles technologies qui n’a pas de frontières aussi étendues que pour la commercialisation d’autres produits manufacturiers, Donc, le fait que les Indiens regardent du côté de l’Afrique pour vendre un certain nombre de produits et de services, rentre dans l’ordre des choses possibles. Pourquoi est-ce que les véhicules indiens à bas prix et les produits de santé ne pourraient-ils pas être commercialisés en Afrique?»,

poursuit Jean-Claude Beaujour, qui fut également candidat de l'UMP dans le 20ème arrondissement de Paris, aux élections municipales de 2008. 

A condition que l’offre indienne n'entre pas en concurrence frontale avec l’offre chinoise sur le sol africain.

«Les Indiens offrent beaucoup dans le secteur de l’industrie, des nouvelles technologies et des produits de santé. Alors que l’offre chinoise est plus concentrée dans le commerce, le bâtiment et les infrastructures.Il est vrai que dans le contexte régional asiatique, les deux pays sont déjà concurrents. Mais, je constate c’est que sur le plan culturel par exemple, il y a une forte proximité entre les Indiens et les Africains, et peut-être plus forte qu’entre les Chinois et les Africains. Il y a une raison toute simple à cela. Les indiens ont eu un bout de vie avec les Anglais, et l’Afrique a une partie anglophone. De ce point de vue, on peut dire que les Indiens sont plus proches des Africains que ne le sont les Chinois.»

A la différence des Chinois, dont les investissements sont pour la plupart publics, les investissements indiens sont d’origine privée. Leur stratégie de négociation est souvent jugée plus rigide, mais leurs activités plus durable -ce qui est très apprécié par les Etats africains partenaires,

Besoins en matières premières

Le partenariat Inde-Afrique peut paraître opportun dans la mesure où ces deux régions du globe partagent des objectifs communs, notamment en matière de lutte contre la pauvreté, de développement humain et de croissance économique.

Ces dernières années, l’Inde a amorcé un formidable développement économique qui accroît ses besoins en matières premières.

Le gouvernement indien a pris conscience que l’Afrique pouvait devenir un partenaire économique stratégique qui lui permettrait de sécuriser ses approvisionnements et ainsi maintenir son développement. Et que les pays africains sont à la recherche de nouvelles opportunités de partenariats économiques, pour développer et combler le manque de diversification de leurs cultures locales.

Par ailleurs, si l’on peut constater aujourd'hui que la stratégie commerciale de l’Inde en Afrique va bien au-delà de l’exploitation de ressources, les activités indiennes ne sont pas toujours génératrices d’emploi. Il appartient néanmoins aux Etats d’Afrique qui disposent de richesses considérables, d’avoir une démarche plus groupée en direction de l’Inde et qui soit inscrite dans la durée.

Nicole Suzis

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