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Dioncounda Traoré, peu avant son investiture, adresse des remerciements, Bamako, 11 avril 2012 REUTERS/Stringer
Dioncounda Traoré, peu avant son investiture, adresse des remerciements, Bamako, 11 avril 2012 REUTERS/Stringer

Que faire du président de la transition malienne?

L’éloignement prolongé du président par intérim, Dioncounda Traoré, semble faire l’unanimité. Y compris chez le principal intéressé qui pourrait s’attarder à Paris où il se rétablit, après son agression.

Mise à jour du 9 juin: Le président malien de transition Dioncounda Traoré, qui séjourne en France, a été opéré le 1er juin d'une "fracture" à l'arcade sourcilière à la suite de son agression à Bamako, et il "va bien et a bon moral", a déclaré à l'AFP un membre de son entourage.

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C’est un vrai miracle! Plus de chassé-croisé diplomatiques, d’invectives ni de menaces, plus de manifestations, encore moins de désordres à propos du président par intérim et de la légalité de sa présence à la tête de l’Etat malien après les 40 jours de son intérim.

Et pour cause. L’objet de tant de passion et de controverse n’est plus là. En effet, comme par enchantement, le départ du président de la transition malienne pour la France, a, du coup, eu le don de ramener la paix à Bamako.

Dioncounda, agneau du sacrifice?

Comme quoi, Dioncounda était malgré lui le tison qui mettait le feu à Bamako. Le capitaine Amadou Haya Sanogo, par le biais d’associations et de partis politiques qu’il manipulait, a rendu Bamako ingouvernable pour Dioncounda. Jusqu’au jour fatidique où des hooligans ont agressé le président, sous le regard passif des forces de l’ordre.

Ces mêmes forces de l’ordre avaient pourtant su résister face à l’assaut des bérets rouges. Mais pour protéger le chef de l’Etat, elles se sont montrées subitement incompétentes. Le président a-t-il compris à cet instant qu’il devait s’en aller pour non seulement préserver sa vie mais aussi faire revenir l’accalmie à Bamako?

En tout cas, son séjour sanitaire à Paris ressemble de plus en plus à un exil. Un gentlemen’s agreement semble avoir été trouvé entre la Cédéao, l’ex-junte et certains acteurs politiques maliens, y compris le camp du président, pour tenir Dioncounda éloigné des affaires, le temps que l’apaisement revienne dans les cœurs et les esprits à Bamako.

Visiblement, le président Dioncounda a accepté d’être sacrifié sur l’autel de la paix. Son séjour français pourrait donc être aussi long que le nécessitera la situation politique sur les bords du fleuve Djoliba. Et pour faire foi à cette hypothèse, il est question du départ de la famille de Dioncounda en France, pour l’y rejoindre.

Le premier ministre gouverne sous la tutelle militaire

Pendant ce temps, le premier ministre a résolument revêtu ses nouveaux habits de patron du pays. Il prend des initiatives, s’émancipe. Bien entendu, tout cela sous la surveillance très étroite du désormais supposé ex-président, le capitaine Sanogo. On imagine mal le chef du gouvernement placer un seul mot, poser un seul acte, sans l’aval de ses protecteurs, les militaires.

Le scénario en cours au Mali fait l’affaire du capitaine Sanogo, qui avait juré qu’il aurait la tête de Dioncounda après son intérim de 40 jours. De fait, il l’a eue, cette tête. Certes, il ne prendra peut-être pas la tête de la transition, mais il a réussi à imposer une sorte d’impeachment à son ennemi juré.

Le problème, c’est que les Maliens ne semblent pas mettre à profit cet exil du président et l’accalmie retrouvée, pour se mettre rapidement à la tâche. L’horizon est toujours aussi bouché qu’au premier jour de la crise.

Faut-il négocier avec les rebelles et islamistes du nord et si oui quand? Le cas échéant, des opérations militaires seront-elles engagées? Dans quel délai les autorités comptent-elles restaurer l’intégrité du Mali et organiser les élections? Bref, c’est le flou total.

Les nouveaux enjeux se déroulent plutôt au Nord, où Ansar Dine et le MNLA continuent de s’affronter idéologiquement à fleurets mouchetés, tandis que les Arabes touareg du FLNA (Front de libération nationale de l’Azawad) affichent clairement leur anti-islamisme.

S’il faut accuser Dioncounda de tous les maux, mettre sa vie en péril et l’envoyer en exil, sans pour autant pouvoir avancer, ce serait un vrai gâchis pour le Mali. Et dans ce cas, la responsabilité incomberait au Premier ministre et à l’ex-junte, qui ont décidé d’être les seuls maîtres à bord.

Mahorou Kanazoé (Le Pays)

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Mahorou Kanazoe. Journaliste burkinabè.

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