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Soupe populaire à Athènes, le 24 avril 2012. REUTERS/John Kolesidis
Soupe populaire à Athènes, le 24 avril 2012. REUTERS/John Kolesidis

Au Maghreb, l’étoile de l’Europe est en train de pâlir

La grave crise que traverse l’Europe sert aussi à décrédibiliser son message humaniste.

 C’est avec un mélange de curiosité et d’ironie teintée d’inquiétude que les pays du Maghreb observent les différentes péripéties de la crise européenne. A Alger, comme à Tunis ou à Rabat, l’homme de la rue avoue ne pas très bien comprendre les subtilités des joutes diplomatiques autour de l’austérité à Bruxelles, mais un fait revient tout de même sur toutes les lèvres.

Il s’agit de la quasi-faillite de la Grèce, situation dont les médias maghrébins rendent compte de manière régulière tout en alertant leurs lecteurs sur les risques d’une contagion à d’autres pays européens dont l’Espagne, le Portugal voire l’Italie et même la France.

Pour Ali Chafiq, un buraliste algérois, «la Grèce est traitée comme un pays du tiers-monde par ses propres pairs européens. Au Maghreb, cela donne à réfléchir. Je croyais que l’Europe, c’était la solidarité quels que soient les événements?»

Pour lui, pour comme nombre de Maghrébins, les masques seraient tombés et le vieux continent apparaîtrait désormais tel qu’il est, c'est-à-dire une terre traversée par une ligne de fracture entre pays riches (et égoïstes) du nord et pays pauvres du sud.

La chute de l’euro n'épargnera pas le Maghreb

Mais bien plus que le sort de la Grèce, c’est le possible éclatement de la zone euro et, par conséquent, le risque d’une disparition de la monnaie unique, qui revient dans les conversations. Et pour cause. Dans les trois pays du Maghreb, nombreux sont celles et ceux qui possèdent de la devise européenne en liquide ou bien alors placée dans des banques européennes.

«Plusieurs dizaines de millions d’euros en liquide circulent au Maghreb, notamment dans le secteur informel. Tout le monde a peur de la disparition de l’euro car pour se faire rembourser, il faudra justifier l’origine de ces fonds», confie un banquier marocain à Casablanca.

Le problème est particulièrement important en Algérie, pays où existe depuis quarante ans un florissant marché parallèle des devises.

«Les gens qui changent leurs dinars au noir ont de moins en moins confiance dans l’euro. Ils préfèrent le franc suisse ou le dollar américain», explique un cambiste.

Ce dernier rappelle que la devise européenne s’était pourtant imposée ces dernières années comme valeur refuge ne serait-ce que parce que les Algériens sont persuadés qu’elle est moins contrefaite que le billet vert. Bien entendu, les détenteurs d’avoirs extérieurs sont eux aussi inquiets.

«Nos clients maghrébins détenteurs de comptes étrangers nous posent des questions. Ils veulent savoir ce qui se passerait concrètement en cas d’éclatement de la zone euro. Mais pour l’heure, nous n’assistons pas à des retraits massifs ou à des virements vers d’autres places comme Londres, Dubaï ou Singapour», explique, sous couvert de l’anonymat, un banquier parisien en charge de grands comptes étrangers.

«La fable d’une Europe unie et solidaire avec le sud»

Au-delà de l’avenir de l’euro, la crise européenne est aussi l’occasion pour nombre d’élites politiques économiques maghrébines de faire entendre un discours des plus critiques à l’égard de l’Europe. Témoin, ce diplomate marocain qui insiste sur le fait que son pays, comme ses voisins, «a toujours pris soin de privilégier les relations bilatérales avec les capitales européennes plutôt que de croire à la fable d’une Europe unie et solidaire quant à ses relations avec le sud de la Méditerranée».

Ainsi, l’apparent affaiblissement institutionnel d’une Europe dont les contours n’ont jamais été précisément saisis au Maghreb semble donner raison à celles et ceux qui ont toujours douté de la pertinence d’un dialogue régional entre le nord et le sud de la Méditerranée.

«Quand l’Europe va mal, elle se replie sur elle-même et nous prouve bien qu’elle n’a pas les moyens de mener une vraie politique régionale. Qui parle aujourd’hui de l’Union pour la Méditerranée, s’insurge-t-on dans l’entourage du Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia.

Se débarrasser d'une tutelle encombrante

Déjà critiquée par les pays du sud et de l’est de la Méditerranée et accusée de favoritisme à l’égard de l’Europe de l’Est, l’Union européenne est aujourd’hui montrée du doigt comme un ensemble menacé d’implosion.

Du coup, les discours appelant à la «diversification» des partenariats économiques et politiques se font de plus en plus entendre. En Tunisie, le parti au pouvoir Ennahda, comme son homologue marocain du Parti de la justice et du développement (PJD), évoque la nécessité de se tourner vers les «autres pôles de croissance» dont la Chine, les pays du Golfe et le Brésil.

Un discours prononcé au nom du réalisme politique et de l’efficacité économique mais qui, selon de nombreux militants démocrates laïcs, cache aussi un autre objectif. Celui de se débarrasser d’une encombrante tutelle en matière de respect des droits de l’homme et de la démocratie.

«L’Europe, malgré ses défauts et son égoïsme à l’égard du sud de la Méditerranée, c’est tout de même la promotion vaille que vaille de la démocratie, de l’Etat de droit et de valeurs positives. La grave crise qu’elle traverse aujourd’hui sert aussi à décrédibiliser son message humaniste», déplore un cadre de l’Union générale des travailleurs tunisiens (Ugtt, principal syndicat du pays).

Akram Belkaïd

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Akram Belkaïd

Akram Belkaïd, journaliste indépendant, travaille avec Le Quotidien d'Oran, Afrique Magazine, Géo et Le Monde Diplomatique. Prépare un ouvrage sur le pétrole de l'Alberta (Carnets Nord). Dernier livre paru, Etre arabe aujourd'hui (Ed Carnets Nord), 2011.

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