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Le tourisme représente 75% des ressources de Zanzibar, REUTERS/Thomas Mukoya
Le tourisme représente 75% des ressources de Zanzibar, REUTERS/Thomas Mukoya

Tanzanie: à Zanzibar, le tourisme à fleur de peau

Depuis quelques années, l'archipel surfe sur un boom touristique. Un phénomène qui a aussi sa face sombre. Au sud de l'île, les palaces de luxe construits avec démesure sonnent vide. Et les tensions politiques récentes menacent le secteur tout entier.

La piste pour Kizimkazi, poussiéreuse et caillouteuse, serpente entre les vertes cultures de clou de girofle et l'aridité d'une brousse exposée aux vents marins. Comme un signe avant-coureur des deux facettes de ce village dressé sur la pointe sud de Zanzibar.

À l'entrée de la localité, la route bifurque. D'un côté un petit bourg de pêcheurs, de l'autre une suite de somptueux hôtels avec vue imprenable sur les récifs de coraux qui se dessinent au loin sur l'océan. Destinés aux touristes occidentaux, désireux de nager avec les dauphins qui peuplent les eaux méridionales de l'archipel, ces écrins de luxe sonnent pourtant creux.

Contrairement aux complexes du nord, particulièrement courus par les Italiens, les palaces cinq étoiles de Kizimkazi sont déserts. «Notre agence de voyage nous a programmé un séjour d'une semaine ici pour profiter des plages et des dauphins après nos safaris en Tanzanie, mais il n'y a pas grand chose à faire et l'hôtel est vide», confie Karel, un riche homme d'affaires originaire de République Tchèque, en vacances avec sa famille à l'Oasis Beach Hotel .

Un paysage défiguré

Surfant sur le boom touristique de Zanzibar, qui en tire aujourd'hui 75% de ses ressources, les investisseurs ont vu trop grand, trop vite. Si les stations balnéaires du nord de l'île s'appuient sur les plages paradisiaques, les récifs de coraux et les fêtes légendaires de Kendwa, le sud n'a pas d'autres arguments que les bancs de dauphins.

À Kizimkazi, la construction de ces nombreux hôtels, à l'écart des habitations, n'a pas apporté les retombées financières attendues. Pire, ils ont défiguré le village, aujourd'hui coupé en deux.

«Nous préférons organiser des voyages au sud de l'île à la journée», explique Joe, tenancier d'un tour-opérateur installé à Stone Town. La capitale de Zanzibar est classée au patrimoine mondial de l'Unesco.  

«Nous emmenons nos clients en mini-bus et nous disposons du matériel sur place pour les emmener voir les dauphins.»

Un système qui prive les sudistes de leur part du gâteau.

La menace des séparatistes

Des nuages grondent cependant dans le ciel azur des lagons septentrionaux de Zanzibar. Un courant séparatiste islamiste a envahi le champ politique de l'île, et réclame l'indépendance de cette région semi-autonome rattachée à la Tanzanie.

Fin mai, des centaines de manifestants dont des membres du groupe islamiste Uamsho, littéralement «réveil» en Kiswahili, ont défié à plusieurs reprises les forces de l'ordre dans les rues de Stone Town, et mis le feu à deux églises.

Depuis la célébration de l'anniversaire de l'Union – fusion du Tanganyika et Zanzibar en 1964 – le 26 avril dernier, les revendications en faveur de l'indépendance se multiplient.

Ses défenseurs justifient leur position en pointant le côté inique de la Constitution, bâtie sur des idées chrétiennes et qui ne convient pas à Zanzibar, archipel à 99% musulman.

Selon plusieurs analystes, les séparatistes bénéficient du désenchantement d'une partie de la population vis-à-vis de l'historique parti d'opposition zanzibarite, le Front civique uni (CUF), qui a fait le choix de former un gouvernement d'union nationale avec le Chama Cha Mapinduzi (CCM), le parti présidentiel.

Quelles conséquences pour le tourisme?

Signe de l'importance vitale du tourisme pour l'économie de Zanzibar, le thème a occupé la majeure partie des débats lors de la réunion de crise, organisée le 30 mai, entre le Dr Emmanuel Nchimbi, ministre des Affaires intérieures de Tanzanie, et les principaux leaders politiques de l'île.

«Les troubles observés le weekend dernier [ndlr : le 27 mai], pourraient effrayer les touristes et blesser l'économie de Zanzibar qui tire d'énormes revenus du tourisme de source étrangère», a affirmé le Dr Emmanuel Nchimbi.

Même tonalité dans les propos d'Ali Khalil Mirza, directeur de la Commission de tourisme de Zanzibar:  

«Nous avons besoin de garder la paix pour sauvegarder le secteur qui contribue aux trois-quarts des revenus de l'île.»

Moins solennel, Joe estime lui, «que les violences dans les rues de Stone Town sont une très mauvaise publicité pour le business. Si les touristes ont peur, ils ne reviendront pas.»

Certes, la Tanzanie et Zanzibar sont encore des havres de paix, dans une Afrique de l'Est troublée par les conflits, et il en faudrait un peu plus pour faire fuir en masse les touristes occidentaux, en quête de plages paradisiaques et de sensations exotiques.

Mais les prochains mois, qui verront l'ouverture des débats autour de l'élaboration d'une nouvelle Constitution pour le pays, prévue pour 2014, seront sous tension.

Camille Belsoeur

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Journaliste français.

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