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Égypte - Faut-il un nouveau procès Moubarak?

Au soir de la condamnation de l'ancien président égyptien Hosni Moubarak à la prison à perpétuité, le 2 juin, il y avait comme un sentiment d'injustice qui planait dans les rues du Caire.

Le tribunal correctionnel l'a jugé coupable, avec l'un de ses hauts-responsables, Habib El-Adly, de la répression qui a sévi lors de la révolution égyptienne de 2011. 

Mais six autres chefs de la sécurité, ainsi que les deux fils de Moubarak, ont été acquittés.

Et la pilule ne passe pas, si bien que des appels à une nouvelle révolution ont rapidement émergé des pavés.

Après la rue, c'est le Parlement égyptien qui s'est emparé du débat, le 3 juin, au cours d'une séance de quatre heures pour le moins animée, comme le rapporte le quotidien Al-Ahram Online:

«Le président de l'Assemblée, Saad El-Katatni, ainsi que d'autres parlementaires sont tombés d'accord pour dire que l'acquittement de six des anciens chefs de la sécurité, qui étaient accusés d'avoir tué des manifestants non armés, a consterné le public égyptien.»

«Les gens se demandent: si ils sont innocents, alors qui a tué les manifestants?», a notamment déclaré M.El-Katatni.

Les parlementaires égyptiens se sont ensuite attaqués à différentes institutions, coupables selon eux d'avoir conduit à ce «fiasco judiciaire», comme certains n'ont pas hésité à le qualifier.

Aussi, M. El-Katatni, toujours cité par Al-Ahram, a accusé les services de renseignements et de sécurité d'avoir détruit les preuves de la culpabilité des six hauts-responsables égyptiens acquittés.

Les députés des Frères musulmans se sont particulièrement montrés véhéments, continue Al-Ahram, accusant le juge Ahmed Refaat de «censure». Un indépendant l'a même taxé de «corruption».

Un autre, encore, a attaqué les méthodes de M. Refaat:

«Il a surpris tout le monde en délivrant sa lecture des crimes du régime de Moubarak avant l'annonce du verdict. Le protocole judiciaire veut que l'on donne le verdict avant, et l'explication après.»

Hussein Ibrahim, le porte parole du parti le la liberté et de la justice (PLJ, la vitrine politique des Frères musulmans), soutenu par des parlementaires salafistes et libéraux, a pour sa part demandé à ce qu'un nouveau procès soit tenu.

Et son collègue du PLJ, Essam El-Erian, de prévenir:

«Je dis à tous ceux qui cherchent à réanimer le régime de Moubarak que vous serez défaits, et que Moubarak et son gang seront rejugés de manière bien plus juste.»

Le 2 juin, et avant, les manifestants avaient demandé la peine de mort pour l'ancien président.

La BBC rappelle pour sa part que le procureur a fait appel des six acquittements.

Pour le député libéral et consultant de Al-Ahram, Emad Gad, il faut cependant faire attention à ce que toutes ces critiques ne viennent pas interférer dans le pouvoir judiciaire, arguant qu'il ne fallait pas politiser les décisions de justice, au nom du respect de la séparation des pouvoirs.

Or si le pouvoir législatif a largement commenté la décision, les deux candidats encore en lice à la présidentielle des 16 et 17 juin se sont aussi emparés du sujet, rapporte encore la BBC.

Mohammed Morsi, le candidat du PLJ a notamment promis aux manifestants de la place Tahir, le 2 juin au soir, que s'il était élu, un nouveau procès serait tenu. Et son rival, Ahmed Chafiq, de répliquer en accusant M. Morsi de «sectarisme» et de dresser les uns contre les autres.

Moins de deux semaines avant le second tour, la société égyptienne est loin d'être apaisée, et le cas Moubarak, loin d'être définitivement réglé.

D'autant que, d'après les information d'Al-Ahram, Hosni Moubarak serait peut-être exempté du port de l'uniforme de prisonnier. De quoi mettre encore de l'huile sur le feu...

Lu sur Al-Ahram et BBC

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