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Sous la canicule, 300 km

Armé de ses seuls bras et de dizaines de sacs poubelle, Mohamed Oussama Houij avance sur la plage de Nabeul dans le nord tunisien, déterminé à réaliser son défi: parcourir 300 kilomètres à pied en pleine canicule et nettoyer 30 plages sur son chemin.

Ce jeune ingénieur en génie sanitaire s'est mis en route début juillet avec son sac à dos et sa guitare pour un périple de deux mois visant à sensibiliser autorités et vacanciers à l'importance de ne pas faire de la mer une poubelle.

Chapeau couvrant son maigre visage buriné et brodequins aux pieds, le jeune homme de 27 ans est parti de Mahdia (est). Il terminera son parcours sur la plage de Soliman, à 40 km de Tunis, la capitale, après avoir nettoyé des plages bondées comme celle de Dar Chaabane à Nabeul mais aussi de petites criques plus secrètes.

"Je crois à l'élan citoyen et j'ai choisi d'agir de l'extérieur et de sensibiliser les gens au problème de la pollution de nos plages", explique-t-il à l'AFP.

Les citoyens peuvent suivre son action sur la page Facebook du projet, "300 Kilomètres", qui rassemble plus de 10.000 internautes.

M. Houij refuse toute instrumentalisation politique: "Aucun parti n'est le bienvenu sous l'emblème de 300 kilomètres (...) c'est une initiative citoyenne libre qui le restera à tout jamais".

- "Goutte d'eau" -

Rêveur, l'homme est aussi réaliste: "L'action de 300 kilomètres n'est pas vraiment celle de nettoyer parce que je sais que je ne suis qu'une goutte d'eau dans l'océan. Mais je veux sensibiliser les gens à ce problème. Je veux qu'ils commencent à se dire: +Attendez! Ce n'est pas normal, toutes ces bouteilles, tous ces bouchons, tous ces sacs en plastique!"

Dans un rapport publié en juin, le Fonds mondial pour la nature (WWF) estimait que "la mer Méditerranée se transforme en un dangereux piège de plastique, avec des niveaux record de pollution qui mettent en danger les espèces marines et la santé humaine".

Après la révolution 2011, le problème de la prolifération des déchets s'est aggravé en Tunisie, dans les grandes villes comme à l'intérieur du pays ou sur les plages. Parmi les causes, l'absence durant sept ans de pouvoir locaux élus: les mairies étaient gérées jusqu'en mai 2018 par des "délégations spéciales" nommées au lendemain de la chute du régime Ben Ali, et dont la gestion a souvent été défaillante.

Mais il y a aussi un problème d'incivisme et d'absence de conscience environnementale chez les citoyens, avait expliqué le ministre de l'Environnement Riadh Moukher, lors du lancement d'une police environnementale mi-2017.

En 2017, Mohamed Oussama Houij avait déjà lancé une action citoyenne similaire, "Zabaltouna" (vous nous envahissez d'ordures) pour dénoncer la pollution des rues.

Sur la première plage qu'il a nettoyée, il estime avoir ramassé environ 100 kilos de déchets. Au fil des jours, il a arrêté de peser les ordures au vu des quantités "énormes" récupérées. 

Après 150 km de marche et une quinzaine de plages à son actif, "on peut parler de tonnes d'ordures", selon lui. "Plus tu nettoies, plus il y a des ordures, ça ne finit pas! C'est incroyable!", enrage-t-il.

- Eboueur -

Marqué par les cadavres de tortues - il en a trouvé plus d'une trentaine - et les plages jonchées de bouteilles en plastique et de couches de bébés, Mohamed Oussama répertorie "toutes les formes de pollution qu'on est en train de faire subir à la mer".

"J'ai vu le large panel de la pollution qui commence par la pollution domestique des gens qui viennent à la plage en passant par la pollution industrielle" des sociétés privées et publiques, déplore-t-il.

"Les autorités ne prennent pas comme il se doit le problème de la pollution en Tunisie, il n'y a pas vraiment de bonne volonté!", s'emporte-t-il.

Au contraire, certains gardiens privés surveillant les plages l'empêchent de passer et exigent de le fouiller -- le souvenir d'un assaillant arrivé avec un sac à dos et qui avait fait 38 morts sur une plage de Sousse en 2015 est encore vivace.

Ce défenseur de la nature à l'allure athlétique est également en colère contre la réaction de certains estivants qui n'hésitent pas à lui demander de ramasser leurs déchets, le prenant pour leur "zabel" (éboueur en dialecte tunisien).

Certaines nuits, Mohamed Oussama se voit néanmoins offrir le couvert et le confort d'un lit. Le reste du temps, il dort à la belle étoile, après s'être détendu en jouant de la guitare.

Les réactions vont "d'un extrême à l'autre", explique-t-il. "Il y a des personnes qui se montrent très actives, qui t'encouragent et t'aident à nettoyer. D'autres personnes tuent malheureusement en toi toute envie de travailler pour cette cause", confie-t-il.

"A chaque jour suffit sa peine mais la volonté y est", assure-t-il. "Il n'y a aucune raison pour que je m'arrête".

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