SlateAfrique

mis à jour le

L'Afrique du Sud va-t-elle se laisser tenter par le gaz de schiste?

«Le gaz de schiste permettra de booster l’économie»

«le gaz de schiste résoudra la crise énergétique sud-africaine»

«le gaz de schiste créera des emplois».

Pour les entreprises pétrolières multinationales, toutes les promesses sont bonnes pour convaincre le gouvernement sud-africain de se décider à autoriser l’exploitation du gaz de schiste

Et le message semble passer d’après le média en ligne spécialisé dans le développement durable Novethic.

Lors d’un briefing média au parlement sud-africain, le 17 mai, la ministre de l’Industrie Dipuo Peters s’est prononcée en faveur de ce type d’extraction:

«S’il est prouvé que l’extraction de ce gaz peut être bénéfique, alors mettons fin à l’acte de management environnemental».

Et de rajouter:

«le gaz de schiste enfoui dans nos sols est une bénédiction de dieu».

En février 2011, le département des ressources minérales a placé un moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste dans la région semi-désertique du Karoo, au sud du pays.

Cette décision avait été prise après le coup de gueule de plusieurs associations et habitants de cette région dont la princesse Irène des Pays-Bas contre la méthode d'exploitation controversée 

Largement développée aux Etats-Unis, la fracturation hydraulique du gaz de schiste (fracking en anglais pour la contraction des mots hydraulic et fracturing) consiste à injecter de l’eau, du sable et d’autres composants chimiques à haute pression dans la roche afin de la fissurer et de libérer les hydrocarbures.

La méthode est décriée pour son impact environnemental. Le «fracking» suppose une exploitation profonde en sous-sol, les risques de pollution des nappes phréatiques à cause du rejet de déchets toxiques sont importants.

Pour la région de Karoo, semi-aride, la dimension hydraulique est aussi décisive: l’eau est une ressource rare pour les habitants et pour l’instant, personne ne sait comment les industries vont se procurer les millions de m3 nécessaires pour le forage.

Peu importe, les multinationales pétrolières et surtout le groupe Shell multiplie les appels du pied pour obtenir une autorisation de forage. Il souhaite exploiter pas moins de 90.000 km2 de sous-sol dans le Karoo.

Au début du mois de mai 2012, l’entreprise Shell a financé une étude réalisée par un institut de recherche économique Econometrix.

Les résultats? L’exploitation du gaz de schiste permettrait à l’Etat sud-africain de récolter jusqu’à 8 milliards d’euros et de créer 70.000 emplois permanents d’ici 25 ans.

Non négligeable lorsque l’on sait que le taux de chômage est de 25% dans le pays. De plus, l’état sud-africain connait depuis 2008 une crise énergétique sans précèdent que l’exploitation du gaz de schiste pourrait en partie combler.

Les conclusions de l’étude sont bien entendu contestées par les associations de défense de l’environnement:

«Cette étude a clairement été commissionnée par Shell (…) je suis sceptique par rapport à tout ce qui est publié par l’industrie pétrolière et sert ses propres intérêts, peu importe où cela se passe», s’est indigné Jonathan Deal, président du «Treasure the Karoo Action group », une association qui se mobilise contre le fracking .

L’Etat sud-africain espère aussi, s’il autorise l’exploitation des gaz de schiste, retirer quelques bénéfices de cette affaire. Le Mail and Guardian rapporte que l’entreprise nationale d’énergie Petro South Africa pourrait devenir un élément clé pour ce développement.

C’est le cabinet sud-africain, la plus haute branche du pouvoir exécutif, qui décidera in fine si l’extraction et l’exploitation du gaz de schiste est possible. Une décision qui sera rendu publique d’ici à la fin du mois de juillet.

Lu sur Novethic

A lire aussi

L’Afrique mise sur l’énergie nucléaire

Afrique du Sud: la fée électricité se fait désirer

Afrique du Sud - Shell fait la guerre des étoiles

Une bulle dans le gaz de schiste