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Algérie - Ces enfants du maquis qui n'ont pas le droit de cité

Que deviennent les enfants algériens nés dans les maquis? 

Pas d’acte de naissance, pas de nom reconnu par l’Etat. Ils n’ont aucune existence légale. En plein cœur des montagnes, ces enfants de rebelles islamistes vivent dans la clandestinité.

El Watan Weekend retrace l’histoire tourmentée de Fatima, née dans un maquis algérien en 1998. Son père meurt avant sa naissance dans les montagnes où se réfugiaient les islamistes en guerre contre l'Etat algérien.

Sa mère se remarie avec un des camarades de son défunt mari.

Profitant de la loi sur la Rahma, qui permet une réintégration des islamistes dans la société civile algérienne, le beau-père de Fatima change son prénom en Meriem et lui offre son nom. Il n’en avait pourtant pas le droit ; selon la loi algérienne, elle aurait dû porter le nom de son géniteur.

L'histoire ne s’arrête pas là. En 2004, le beau-père et la mère de Meriem-Fatima divorcent. Sa mère se remarie avec un nouvel ex-combattant islamiste, Kamel.

Le casse-tête juridique s’amorce. Le premier beau-père veut garder Fatima qui est sous son autorité —illégalement—, la mère et Kamel refusent. L’affaire ira jusqu’au ministre chargé de la Famille et des associations.

Après des analyses ADN et un pourvoi en cassation, Fatima-Meriem est confiée à son nouveau beau-père et s’appelle désormais Fatima.

Deux noms différents et trois figures masculines comme père c’est beaucoup pour une jeune fille de 14 ans. Trop peut-être, alors que l’Etat n’a toujours pas statué sur sa véritable identité.

Des enfants comme Fatima, il y en aura environ 500, et même davantage, selon la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem) repris par El Watan.

Les Etats préfèrent fermer les yeux sur ces enfants de maquisards terrés dans les montagnes qui paient, par cet abandon, les crimes des adultes.

«C’est un acte terroriste de laisser les enfants nés dans les maquis sans régularisation. Ce sont des victimes eux aussi», s’insurge Nadia Braoui, directrice du centre psychologique de la Forem de Bentalha et qui se bat pour donner un nom et une existence légale à ces enfants.

Enfants de terroristes, un héritage bien lourd à porter pour une identité évanescente.

Lu sur El Watan

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