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Des milliers de manifestants à Montréal contre la hausse des frais de scolarité universitaires. REUTERS /Olivier Jean
Des milliers de manifestants à Montréal contre la hausse des frais de scolarité universitaires. REUTERS /Olivier Jean

Le printemps érable est un mouvement d'inspiration africaine

Les Québécois qui manifestent contre la hausse des coûts de scolarité sont-ils des enfants gâtés? Ce sont de toute façon les étudiants étrangers, et notamment africains, qui porteront le fardeau.

Jean Charest a-t-il fait de sa décision d'augmenter les frais de scolarité de 75% des frais d’université d’ici 2017 une question de principe, au point de refuser tout gel et tout moratoire?

Les droits de scolarité au Québec sont certes en moyenne les plus faibles du Canada, mais cela a-t-il vraiment constitué un motif supplémentaire de détermination pour le gouvernement du premier ministre libéral?

En tout état de cause, «le printemps érable déborde la question universitaire». Ce conflit social est surtout, selon mon ami Irénée Rutema, analyste politique canadien, le symptôme d’une «crise de leadership (...) qui va au-delà de la hausse des frais de scolarité. Il y a un désir de changement et un sentiment de lassitude à l'endroit du gouvernement de Jean Charest.»

Il y a dans cette analyse comme des accents de «y’en a marre» au Sénégal et de «Moubarak dégage», à la poutine québécoise.

«Charest, dégage»

Jean Charest est en effet au pouvoir depuis 2003, après avoir été pendant de longues années le chef de l’opposition. Quant à Pauline Marois, son antienne souverainiste, elle ne convainc pas les Québécois. La jeunesse ne veut rien entendre de l'indépendance de la première province francophone, leitmotiv de la chef du Parti Québécois, la principale force d'opposition, et de son Comité sur la souveraineté. 

A cette double crise de confiance et de leadership, répond l’émergence d’une jeunesse engagée et constituée en grande partie de gars et de filles généralement gâtés par la vie. Naître québécois, cela va sans dire, ça vous rend la vie incomparablement plus facile que de naître centrafricain. Pourtant, qu’on le croie ou non, les frais de scolarité y sont infiniment plus accessibles, voire gratuits.

Le fait est que ceux qui ont beaucoup reçu de la vie savent se montrer très exigeants vis-à-vis de cette même vie: «Interdit d’interdire» (slogan soixante-huitard) ont-ils semblé dire en réaction à la loi 78, jugée liberticide. Et c’est ainsi que s’est consacré le glissement de sens du champ «syndicaliste» ou «corporatiste» au champ politique.

Par ailleurs, l’ex-ministre de l'Education Line Beauchamp qui rechignait à rencontrer madame (il y a longtemps que l’on ne dit plus mademoiselle «icitte») Reynolds, porte-parole de la CLASSE (coalition large de l'association pour une solidarité syndicale étudiante), la ministre donc a été acculée à la démission.

Jeanne Reynolds a quant à elle été décorée (la classe!) par la reine du Canada (la même que celle d’Angleterre), représentée dans cette province par un lieutenant-gouverneur: voilà, voilà !

La révolution des bobos

La révolution érable veut se reposer sur les lauriers de la révolution tranquille qui avait voulu garantir à tous les Québécois une éducation accessible. Mais une éducation, même gratuite, améliorera-t-elle le sort des étudiants immigrants, plus particulièrement le sort des étudiants africains?

Ceux-ci paient, au-delà des frais de scolarité, des frais forfaitaires extraordinairement coûteux alors que, à l’observation, la majorité de ces étudiants finissent par servir le Canada.

Le fardeau de cette hausse, c’est d’abord eux qui le supporteront ! Mais les enjeux du mouvement ne portent pas de manière visible les intérêts des minorités visibles. Les manifestants veulent un forfait, d’où seront de fait exclus les étudiants noirs.

S’agit-il de manif. (prohibé le mot mineur de grève!), de printemps (plus que 21 jours) ou alors de défilé de la future élite québécoise?

Les «nègres blancs» d’Amérique ont mobilisé la même rhétorique que leurs cousins d’Afrique mais ils n’en ont pas malheureusement gardé la philosophie. Quand, au bout de cette manif, tout sera acquis, qu’on veuille bien regarder sous le tapis la condition des étudiants noirs. Ceux pour qui ce printemps n’aura été rien qu’une «saison blanche et sèche»!

Eric Essono Tsimi

Ecrivain camerounais

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Eric Essono Tsimi

Eric Essono Tsimi est un dramaturge camerounais. Il est l'auteur de l'ouvrage Le jeu de la Vengeance (éd.Sopecam, 2004), et publie régulièrement des tribunes dans les quotidiens Mutations et Le Messager au Cameroun.

Ses derniers articles: Opération Serval: une néocolonisation choisie  Centrafrique: Biya snobe Bozizé  Depardieu, au Cameroun, les riches sont des dieux! 

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